« La dégustation », un grand cru pour le bonheur

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Dans une cave à vin pour écrin, deux solitudes vont apprendre à s’aimer, pour le grand plaisir des comédiens et du public. « La dégustation » est un ravissement de l’esprit qui subtilise à l’heure trente qui passe, au théâtre de la Renaissance, un temps immobile de grande intensité. L’écriture et la mise en scène d’Ivan Calbérac ainsi que le jeu complice d’Isabelle Carré et de Bernard Campan émeuvent bellement, puissamment. Le troisième personnage (Steve), joué par Mounir Amamra, est un adolescent en liberté conditionnelle pétillant de malice qui veut se racheter une conduite. Avec toute la spontanéité d’un révolté de la vie, il surgit dans la solitude d’Hortense et de Jacques tel un miracle qui va susciter la connexion entre ces deux âmes esseulées. Mais ce sont bien les blessures de ces trois protagonistes qui conduisent à ce rapprochement inespéré. Oser écouter l’autre, l’accueillir dans sa différence et lui ouvrir son cœur transforme l’être, le transcende jusqu’à l’audace de vivre pleinement.

« Le chaos de la séduction moderne », de Nathalia L. Brignoli

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Un titre choc pour un sujet chaud. L’auteure et journaliste Nathalia L. Brignoli ne s’embarrasse pas de circonvolutions pour décrire une réalité qui fait froid dans le cœur. Tout est suggéré dans le titre de cet ouvrage, « Le chaos de la séduction moderne », où elle évoque la « survie au désenchantement du couple et aux nouveaux codes de la drague, réflexions et témoignages ». Elle explique ce qu’est devenu ce féminisme des années 70 qui ne pensaient qu’à se libérer de tous les carcans pour finalement, aujourd’hui, s’enchaîner à la société de marché où la femme s’élève d’elle-même en produit de consommation. Elle décortique, non sans provocation, le bouleversement des échanges amoureux après avoir analysé nombre de témoignages d’hommes et de femmes de toutes conditions, de tous âges, éperdus de solitude, sans plus de repères dans leurs relations de couple. Au chaos occasionné par cette perte de repère s’ajoute le chaos généré par la modernité. Ainsi, le progrès nuirait à la relation amoureuse, faussant les règles de l’amour. Qui les reconnaît encore dans le comportement de ces êtres qui cherchent, non plus leur moitié, mais une moitié interchangeable une fois consommée ?

« Ça reste entre nous », un cœur à cœur irrésistible !

Temps de lecture : 4 minTHÉÂTRE & CO
Voici un binôme d’une valeur sûre, pour nous, spectateurs en quête de rires et de bonne humeur. Deuxième mise en scène d’Olivier Macé sur les textes de Brigitte Massiot, « Ça reste entre nous ! », au théâtre du Gymnase Marie-Bell, est bien parti pour faire durer le plaisir au-delà de la date fatidique de fin prévue le 28 avril 2019. Pour parfaire cette comédie échevelée se greffent à cette amitié de treize ans quatre trépidants comédiens habitués du boulevard. Michèle Garcia/Pierre Douglas et Isabelle de Botton/Bruno Chapelle forment deux couples proches de la cinquantaine qui marient leurs enfants respectifs. Mais il y a comme un hic au soir du mariage. Une révélation explosive fait chavirer l’existence de chacun, mais surtout leur façon de penser la vie. Les répliques sont autant de missiles de l’humour qui font mouche à chaque tir. Pas de répit entre les dialogues, c’est la tension qui grandit à mesure que l’impossible vérité se pare d’une réalité implacable pour les deux épouses : Jacques (Pierre Douglas) fait éclater au grand jour son amour pour André (Bruno Chapelle), amoureux et amants depuis deux ans. Loin de n’être qu’un vaudeville désopilant, ce texte n’a pas oublié d’être intelligent et de parler droit au cœur. « Ça reste entre nous » interroge les sentiments et leur durée, leurs faux-semblants et les petits arrangements avec soi pour ne pas voir. Un excellent pied de nez à la bien-pensance !

« Le songe d’une nuit d’été », une pépite pour les chercheurs de rêves et de rires

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Il est des songes qu’on aimerait faire durer un temps infini. Ainsi la comédie fantastique de William Shakespeare (1564-1616), « Le Songe d’une nuit d’été », est-elle une pépite qui enrichit les chercheurs de rêves et de rires. Blotti dans le creux d’une histoire merveilleuse tissée d’amour fou et de vengeance, le spectateur écarquille le cœur pour accueillir cette version compactée du chef-d’œuvre du grand maître de la tragédie. Au théâtre du Ranelagh, les six comédiens endossent avec une aisance naturelle les costumes des vingt-deux personnages. Sous une direction millimétrée de Matthieu Hornuss, Patrick Blandin, Élise Noiraud (en alternance Aymeline Alix), Thomas Nucci, Lisa Spurio et Olivier Dote Doevi se démultiplient comme par magie et soutiennent avec fougue le rythme endiablé des intrigues amoureuses. Le défi est relevé haut la main. L’histoire onirique de ces deux couples à l’amour fou contrarié qui s’aiment et se haïssent à la faveur de sortilèges est très divertissante. On aimerait les suivre dans cette forêt magique où fée et lutins jouent à cache-cache avec les humains éperdus d’amour. Le songe se poursuit jusqu’à la scène finale, où tout est bien qui finit merveilleusement bien : par un spectacle dans le spectacle d’une troupe de comédiens amateurs, très mauvais, qui surjouent à en pleurer de rire. Deux heures de pur plaisir !

« La vie est plus belle en musique », Claire-Marie Le Guay

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Claire-Marie Le Guay en est convaincue : la vie est plus belle en musique ! La volée de notes sur la couverture illustre l’enthousiasme qui se répand au fil des pages en une variation de rythmes sous la baguette passionnée d’une virtuose du piano et des sensations. Balayés les a priori ou la retenue, ce livre brillant n’est pas fait que pour les initiés ! « La vie est plus belle en musique » est un ouvrage didactique à la portée de toutes les émotions, qui réussit à concilier tous les publics et à captiver tant le mélomane averti que le profane complexé. La musique classique parle à tous, mais son universalité n’embrasse que ceux qui lui prêtent l’oreille. C’est ce que propose humblement la pianiste concertiste. À travers les œuvres citées, Claire-Marie dévoile aussi la femme passionnée et engagée, au gré des notes de musique qui égrènent les siècles sans perdre de leur force ni de leur poésie. C’est un livre précieux à garder toujours près de soi, tel un remède aux maux de l’âme, dans lequel puiser sans fin selon les humeurs et les envies.

« Discours d’investiture de la Présidente des États-Unis », un plaidoyer ardent pour la survie de l’Homme

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Les politiques sont-ils des êtres adaptés à l’empathie, à l’élévation de la pensée qui dépasse l’asservissement au pouvoir, à la promotion d’une société harmonieuse ? C’est la question fondamentalement altruiste qui se meut dans cet espace de liberté d’expression intimiste qu’est le Théâtre La Croisée des chemins. Un théâtre confidentiel au nom prédestiné où se rencontrent les courants de pensée à l’ouverture infinie sur le monde. Le spectacle « Discours d’investiture de la Présidente des États-Unis », qui s’y installe jusqu’au 6 mars, est un texte engagé de Roger Lombardot. L’auteur y exhorte l’homme à se responsabiliser pour sortir de la violence et trouver la paix qui est « une nécessité biologique ». Le monde n’est-il pas un tout constitué de milliards d’êtres interdépendants ? Ce monologue magnifique et profond qui parle au cœur et remue les tripes est servi par une solennité empreinte de délicatesse de la comédienne Claudine Guittet. En donnant à voir l’intimité de cette présidente se préparant à un moment d’une gravité exaltante, la metteuse en scène Chantal Péninon parvient à créer une distorsion du temps et de l’espace qui ranime les horreurs du siècle passé pour conjurer leur répétition historique. Et ouvrir un nouveau chapitre de la conscience universelle.

« Avec toutes mes sympathies », Olivia de Lamberterie

Temps de lecture : 9 minCHRONIQUE PLUS
« Où es-tu ? » s’interroge Olivia de Lamberterie, tout au long de son récit « Avec toutes mes sympathies », primé Prix Renaudot de l’essai 2018. Cette interrogation est un cri silencieux, digne et terriblement vivant qui vient souffler sur les braises de l’amour fraternel. Son frère adoré, qu’elle qualifie de flamboyant et de mélancolique, s’est jeté du pont Jacques-Cartier à Montréal le 14 octobre 2015. Enfant, il était choyé au milieu de ses trois sœurs. Adulte, il avait tout pour être heureux : une femme et des enfants merveilleux, un métier de directeur artistique chez Ubisoft à Montréal qui comblait sa créativité exubérante. Alors d’où lui venait ce mal-être qu’il combattait à mots nus, s’écorchant la vie jusqu’au sang ? Serait-il possible que l’hérédité y ait mis son grain sable ? Car, dans la famille de Lamberterie, le suicide est une fatalité qui touche les hommes, telle une maladie rare incurable ? Il se passera bien des consultations avant qu’un médecin pose un diagnostic irréfutable qui, sans expliquer son mal, lui donne une raison d’exister : la dysthymie, une forme de dépression chronique. En filigrane, ce récit pose la question des difficultés de prise en charge de ces maladies et les traitements appropriés.

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