“Le songe d’une nuit d’été”, une pépite pour les chercheurs de rêves et de rires

 

THÉÂTRE & CO 

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Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥♥

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Il est des songes qu’on aimerait faire durer un temps infini. Ainsi la comédie fantastique de William Shakespeare (1564-1616), « Le Songe d’une nuit d’été », est-elle une pépite qui enrichit les chercheurs de rêves et de rires. Blotti dans le creux d’une histoire merveilleuse tissée d’amour fou et de vengeance, le spectateur écarquille le cœur pour accueillir cette version compactée du chef-d’œuvre du grand maître de la tragédie. Au théâtre du Ranelagh, les six comédiens endossent avec une aisance naturelle les costumes des vingt-deux personnages. Sous une direction millimétrée de Matthieu Hornuss, Patrick Blandin, Élise Noiraud (en alternance Aymeline Alix), Thomas Nucci, Lisa Spurio et Olivier Dote Doevi se démultiplient comme par magie et soutiennent avec fougue le rythme endiablé des intrigues amoureuses. Le défi est relevé haut la main. L’histoire onirique de ces deux couples à l’amour fou contrarié qui s’aiment et se haïssent à la faveur de sortilèges est très divertissante. On aimerait les suivre dans cette forêt magique où fée et lutins jouent à cache-cache avec les humains éperdus d’amour. Le songe se poursuit jusqu’à la scène finale, où tout est bien qui finit merveilleusement bien : par un spectacle dans le spectacle d’une troupe de comédiens amateurs, très mauvais, qui surjouent à en pleurer de rire. Deux heures de pur plaisir !

Véritable chassé-croisé de désirs et de rejets, « Le Songe d’une nuit d’été » est un Roméo et Juliette à quatre qui préfère les rires jusqu’aux larmes aux larmes du désespoir. Mais que font ces deux paires d’amants dans la forêt magique ? Une course poursuite, pardi ! Parce qu’Hermia (Lisa Spurio) aime Lysandre (Olivier Dote Doevi), elle désobéit à l’injonction de son père Égée (Thomas Nucci) qui la destine à Démétrius (Matthieu Hornuss). Ce dernier l’aime d’un amour vindicatif et obstiné. Thésée (Patrick Blandin), le roi d’Athènes, laisse quatre jours à la fille désobéissante pour accepter le mariage, sinon il lui prédit la mort ou le vœu de célibat. À court d’arguments pour faire valoir leur bon droit, les amants maudits s’enfuient loin d’Athènes par la forêt magique. Mais, jalouse d’Hermia, Héléna (Aymeline Alix) évente leur projet d’évasion à Démétrius qui se lance à leurs trousses, qu’elle suit de près dans l’espoir de s’en faire aimer. Mais, dans cette forêt magique, Obéron, roi des fées, est très en colère contre sa femme Titania. Pour se venger d’elle, il ordonne au lutin Puck de verser une potion sur ses paupières pour qu’elle tombe amoureuse de la première chose qu’elle verra à son réveil, puis, par jeu, sur celles de l’humain énamouré qui est venu troubler sa forêt. Mais voilà, le lutin Puck enchaîne bourde sur bourde. Et la nuit durant, c’est le règne sans partage de la confusion.

Avec la collaboration artistique d’Élise Noiraud, Matthieu Hornuss offre un spectacle féérique, sans temps mort, en misant sur le dynamisme et l’imaginaire. Le scénario resserré de la version originale porte à son paroxysme l’urgence de l’amour et les imbroglios amoureux entre tous les protagonistes, tout en faisant ressortir les caractères burlesques et outranciers des personnages. Les coulisses sont à la vue de tous. En assistant aux changements des beaux costumes d’époque de Marion Rebmann et des masques de Chloé Cassagnes – comme la très belle tête d’âne –, les spectateurs enthousiastes se font les complices de ce joyeux tohu-bohu coloré et arrangé. L’ouverture sur ce monde secret et clos est renforcée par des arbres tombant du ciel clignotant d’une multitude d’ampoules. Création astucieuse d’Idalio Guerreiro, leur intensité variable symbolise le passage d’un monde à l’autre. Le texte de Shakespeare est valorisé par la performance de tous les comédiens qui jouent leurs différentes partitions sans coup férir, justes dans leurs excès drolatiques. Mention particulière à Thomas Nucci qui campe entre autres le facétieux lutin Puck. La musique de Christophe Charrier ajoute au plaisir d’errer dans ce monde imaginaire. Petite entorse détonnante à cette farce du xvisiècle, l’intrusion d’un William Sheller parodique chantant l’amour ou la musique du film « Rocky ». Cette petite touche de modernité décalée ajoute au burlesque sans atténuer la force du propos très sérieux de Shakespeare dénonçant les conventions et les mariages arrangés.

Nathalie Gendreau

Crédits photos : Ben Dumas

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“Le songe d’une nuit d’été”

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Distribution

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Avec : Patrick Blandin, Aymeline Alix ou Elise Noiraud, Thomas Nucci, Matthieu Hornuss, Lisa Spurio, Olivier Dote Doevi.

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Créateurs

Auteurs : William Shakespeare 

Mise en scène : Matthieu Hornuss

Collaboration artistique : Elise Noiraud

Costumes : Marion Rebmann

Masques : Chloé Cassagnes

Création sonore : Christophe Charrier

Lumière : Idalio Guerreiro
 

Du mercredi au samedi à 19 heures, et le dimanche à 15 heures, jusqu’au 14 avril 2019.

Relâche le 23 mars


Au Théâtre du Ranelagh, 5 rue des vignes, Paris XVIe.


Durée : 1h20.

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