« Bérets noirs, Bérets rouges », Michel Zink

Temps de lecture : 2 minCHRONIQUE
Avec son roman « Bérets noirs Bérets rouges », l’auteur Michel Zink, professeur honoraire au Collège de France et élu en décembre 2017 à l’Académie française, noue son intrigue autour des temps troublés de la Libération et de la guerre l’Algérie. Par une succession de flash-back épistolaires, Bruno Wolf, un professeur parisien septuagénaire, relate ses souvenirs d’enfance à M. Chavasson, un notable sexagénaire expert-comptable qui ne comprend pas sa démarche. Il évoque ses amis d’enfance, Félix et Zoé, ses premiers émois avec Zoé, la violence sociale et politique dans laquelle ils baignaient alors. Une sorte de dialogue de sourds s’instaure pendant que la vie des deux orphelins se déroule, prenant ses racines à la Libération et s’achevant avec la guerre d’Algérie. Détenteur d’une partie de leur secret, Bruno Wolf s’entête à le restituer coûte que coûte, mais à sa manière, lente et ampoulée, faisant fi de la condescendance de son interlocuteur qui le surnomme « le petit vieux monsieur » : il attend de ce dernier le fin mot de l’histoire. Mme Chavasson, séduite par ses bonnes manières, l’y aidera.

« I Love Piaf », le tourbillon des cœurs talentueux

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Une chanteuse au timbre de velours écorché (MTatiana), un accordéoniste aux doigts endiablés (Aurélien Noël) et un conteur à la voix enflammée (Patrice Maktav). Au travers du nouveau spectacle de Jacques Pessis, « I love Piaf », trois jeunes artistes ressuscitent magnifiquement « La Môme ». Ils la vivent et la font vibrer autour de dix-sept airs entraînants que le public fredonne en lui et hors lui jusqu’au tableau final. En reprenant sa dernière biographie musicale consacrée à l’icône de Belleville, « Piaf, une vie en rose et noir », l’auteur la revêt d’un rythme plus jazzy qui ajoute en profondeur et en émotion. Ce soupçon de modernité suave offert à ce monument immortel de la chanson française satisfait les amoureux d’Édith Piaf et leur curiosité. Car cette nouvelle version inclut des chansons plus rarement diffusées, mais aussi, entre deux couplets, des anecdotes contées aussi tragiques que gaies, pour certaines inédites. Jacques Pessis, le maître ès artistes, s’amuse à dévoiler avec une pointe d’humour des contre-vérités que la légende a inscrites dans le marbre rose de la vie de Piaf.

« Mon frère », Daniel Pennac

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Avec « Mon frère », Daniel Pennac revient à réminiscence feutrée sur l’homme qui lui a prodigué un amour discret, serein et attentionné. Un grand frère de cinq ans son aîné et un guide aussi qui l’a entraîné à sa suite à la cueillette des mots sur le chemin de la connaissance. Ce grand frère, le préféré de sa famille, lui a appris à parler et à écouter ses silences entrecoupés de bonnes tranches d’humour décalé, mais aussi et surtout à aimer lire, à commenter les livres, et donc à en écrire. Bernard le mélancolique est parti pour un ailleurs il y a dix ans, trop tôt, fatalité d’une erreur médicale, mais l’écho de sa présence continue de faire raisonner la vie et l’écriture de Daniel. Cet ouvrage réécrit la complicité des deux frères, rejouant à coups de répliques saillantes des fragments de souvenirs aussi fugaces que démonstratifs dans cette évidence d’amour. Un amour non déclamé, mais murmuré entre les lignes, que la petite brise de la reconnaissance fait bruisser pudiquement.

« Berlin Kabarett », ébouissante décadence

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Sur l’impulsion du journaliste Philippe Tesson, Stéphan Druet a écrit et mis en scène le spectacle dansé et chanté « Berlin Kabarett », au théâtre de Poche-Montparnasse. Son texte était une évidence pour lui, la magie et l’intensité qui s’en dégagent sont une évidence pour le public. Un public spectateur mais aussi acteur qui se retrouve dans un théâtre de poche, agencé en cabaret avec des guéridons et des consommations. La scène ? Trois niches bien identifiées qui s’étirent en longueur. Côté droit, le bureau de la tenancière Kirsten (Marisa Berenson), ancienne prostituée aigrie ; en face, la loge de son fils non désiré Viktor (Sebastiàn Galeota) qu’elle exploite et dont l’homosexualité l’encombre et l’insupporte. Côté gauche, un piano, des percussions, un cornet accompagnés de leurs musiciens aux paupières charbonneuses qui voisinent avec une table riquiqui où planche Karl, le poète contestataire. Et entre ces trois niches et le public, l’étroit espace de liberté où évoluent les personnages en manque de tendresse et de repère moral. L’ambiance est là, elle se plante dans le cœur, net et sans bavure : une musique lumineuse et sombre, des danses langoureuses et acrobatiques, des costumes affriolants qui magnifient les émotions. Quant à l’histoire, elle se déploie en saynètes où l’impossible amour d’une mère pour son fils s’entremêle au témoignage d’une époque marquée par la dépression économique et sociale, et la menace du totalitarisme nazi.

« La Vallée des oranges », Béatrice Courtot

Temps de lecture : 2 minCHRONIQUE
Depuis cinq ans, les éditions Charleston organisent le Prix du Livre romantique qui offre la publication à un manuscrit sélectionné par un jury présidé par Marie Vareille. Cette année 2018 voit la distinction de « La Vallée des oranges », premier roman de Béatrice Courtot. Pour être retenu, le récit doit se couler dans la ligne éditoriale de l’éditeur, c’est-à-dire une histoire mettant en scène une héroïne fière, forte et libre. Pour ce cru-là, elles seront deux, unies par les liens du sang et la passion de la pâtisserie. Cette romance à deux voix est la rencontre d’Anaïs et de Magdalena que deux générations séparent. Une rencontre qui va mener la première sur les traces de la seconde, une courageuse arrière-grand-mère, résistante durant la guerre civile à Majorque, en 1936.

« Les crapauds fous », la justesse de l’émotion, la force d’évocation

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Après son succès au Ciné XIII, la comédie d’aventure Les crapauds fous se joue au Théâtre des Béliers parisiens. Servie par un texte qui allie la force d’évocation à celle de l’émotion juste, cette pièce est née de l’idée formidable de l’auteure et metteure en scène Mélody Mourey de restituer une histoire vraie et extraordinaire, jamais encore évoquée au théâtre. Celle de deux médecins polonais, Eugène Lazowski et Stanislaw Matulewicz, qui ont sauvé 8 000 Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, en faisant croire à une épidémie de typhus, un virus hautement contagieux. La mise en scène imbrique deux époques (1942-45 et 1990) et les fait interagir avec une vivacité étourdissante. Cette astuce captive l’intérêt tout en mettant en relief de façon exemplaire le courage de ces deux « crapauds fous » qui ont osé dire « non ». Aujourd’hui, on les nommerait les « Insoumis », comme le rappelle la pièce qui ne manque pas de distiller une bonne dose d’humour. Ces clins d’œil à l’actualité sont autant de bulles d’air qui autorisent le spectateur en apnée du suspense à respirer… et à rire de bon cœur !

Anne de Caumont La Force : des racines, des livres et une pièce

Temps de lecture : 5 minPORTRAIT PASSION
Comblée au berceau par le legs culturel de deux familles prestigieuses, Anne de Caumont La Force s’est distinguée grâce à sa fascination pour les destinées d’entreprises et de femmes. En s’intéressant à l’intimité de parcours hors norme, elle a su tracer pour elle-même un chemin singulier et enrichissant. Éditrice, auteure, journaliste pour la presse écrite et la télévision, et Secrétaire générale du prix Femina, celle qui a consacré sa carrière à valoriser la femme signe et publie aux Éditions Dacres sa première pièce, Madame Fouquet, qu’elle dédie à la si mal connue épouse de l’infortuné Surintendant. Pièce qui va paraître ce mois de juin aux éditions Dacres et qui sera créée au Festival d’Avignon en juillet 2018.

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