Romeo Cirone, des chiffres et de l’art

 

PORTRAIT PASSION 

 

Enfant, Romeo Cirone s’imaginait artiste, il sera expert-comptable. Mais à l’orée de la retraite, il entreprend de ressusciter ses rêves. Happé par le monde du spectacle, il cède son cabinet florissant pour se lancer dans la création d’une société de production et racheter le Théâtre de Dix Heures. Après des allers-retours à Avignon à la découverte d’artistes et de spectacles inédits pour la rentrée théâtrale, il revient sur son parcours fait de travail et d’audace, sur ses envies et ses projets.

 

 

Le mois de juillet est une période incontournable pour les artistes, les producteurs et les dirigeants de théâtre. Avignon est le plus important marché aux spectacles avec plus de 1 480 spectacles par jour cette année ! Romeo Cirone, producteur et patron de théâtre, y a fait son marché, écumant les théâtres pour découvrir des spectacles qui n’ont pas encore été joués à Paris. Deux l’ont enthousiasmé, une pièce de théâtre et un one-man-show. Sous réserve de confirmation, ils seront programmés début 2018. Pour la rentrée 2017, le théâtre de Dix Heures propose entre sept et huit spectacles par semaine. Il y en a qui poursuivent leur ascension comme Ben Hur ou Adopte un mentaliste. D’autres sont inédits comme Les gens amoureux (à partir du 3 octobre 2017).

Romeo Cirone a de l’intuition dans la recherche de pépites promises au succès. C’est indéniable. Pourtant il n’est pas du métier. Pendant trente ans, il a dirigé le cabinet Orcom Euraudit International qui comptait cinquante salariés. « J’étais spécialisé dans les relations franco-italiennes, j’aidais les entreprises italiennes à s’installer en France, précise-t-il. Mais j’étais aussi le commissaire aux comptes de plusieurs sociétés de production de Marin Karmitz, le patron des cinémas MK2. » Puis le stress, le décès de deux de ses amis, l’envie de renouer avec ses rêves enfouis, et la rencontre avec une comédienne qui le poussait vers la production ont précipité sa décision. « J’ai cédé mon cabinet en 2012, explique-t-il sans regret. Je voulais me diriger vers la création, rencontrer des artistes et les promouvoir ».

Romeo Cirone peut être qualifié de jeune producteur, mais certes pas d’homme d’affaires inexpérimenté. Après avoir créé Spicy Productions en avril 2013, il co-produit son premier spectacle en mars 2014. Un essai transformé de façon exemplaire puisque la pièce Les Coquelicots des tranchées, écrite par Georges-Marie Jolidon et mise en scène par Xavier Lemaire, a reçu le Prix du public au festival d’Avignon 2014 et le Molière du Théâtre Public en mai 2015. En fait, celui qui “ne veut plus être un faiseur de chèques” met à profit ses parfaites connaissances financière, juridique et contractuelle et relationnelle pour diriger sa nouvelle entreprise, en donnant libre cours à sa fibre créatrice. “Mon objectif n’est pas d’avoir une rentabilité immédiate, souligne-t-il, en se déclarant serein. Je suis intéressé par produire ce qui me plaît avec, à terme, une rentabilité, sachant que le retour sur investissement se fait sur deux à trois ans. Mais la rentabilité est nécessaire si l’on veut investir dans d’autres projets.

De fait, les projets s’enchaînent. Romeo Cirone co-produit huit pièces et produit quatre spectacles, dont deux (Ben Hur et Maxime Poivre et sel) étaient à Avignon. Bonjour Ivresse se joue au théâtre Daunou et Zigzag sera joué au Petit Montparnasse en janvier 2018. Il investit aussi dans la production de films, courts et longs métrages. « Je commence à freiner sur les productions nouvelles, indique-t-il, non sans avouer une certaine frustration à se limiter. Je suis enthousiaste, curieux et très éclectique dans mes choix. J’ai pu commettre des erreurs dans la programmation ou dans les rencontres, mais l’important est de les corriger. En fait, il y a une certaine urgence dans ma démarche, je ne suis plus un trentenaire ! Mon souci aujourd’hui est d’arriver à déléguer le plus possible pour toucher à plusieurs projets ».

Tout à son envie de « jongler entre plusieurs mondes », cet entrepreneur insatiable a racheté en octobre 2015 le Théâtre de Dix Heures, un haut lieu du rire depuis 1890. Il est associé majoritaire avec l’humoriste Yassine Belattaret le producteur Roman Skopicki. « Pour un producteur, c’est un rêve d’avoir un théâtre, car il peut y loger ses spectacles », fait-il remarquer. Après 100 000 euros de rénovation, le théâtre a rouvert ses portes le 13 novembre 2015. Une date qui aurait dû être frappée du sceau de la joie et du rire, et non celui de la terreur. Après les attentats perpétrés au Bataclan, les propriétaires du théâtre ont renforcé la sécurité des accès et installé des caméras de surveillance.

Romeo Cirone nourrit de l’ambition pour le Théâtre de Dix Heures, il désire y réintroduire de la musique, comme du jazz. L’un des projets de la rentrée est un spectacle qui marie la musique et le théâtre en langue anglaise, American wednesdays. À découvrir dès le 20 septembre ! Le producteur est un convaincu : « Il y a un intérêt fort en France pour des spectacles en anglais. Il y a peut-être même plus de public qu’il n’y a de pièces. » Autre date inédite, le 24 septembre, à 20 heures, pour la projection de Blinder, court-métrage de Jean-Luc Ayach, sur un scénario de Benjamin Zeitoun, avec en première partie Giorgio, “Adopte un mentaliste”. Romeo Cirone travaille ainsi sur tous les fronts. Les idées ne manquent pas, et il ne ménage pas son temps ni son énergie pour les concrétiser. Passionné par son nouveau métier de producteur et de directeur de théâtre, il n’est pas question pour lui de cesser de sitôt une activité si épanouissante. « Je comprends ces artistes qui ne veulent pas s’arrêter, confie-t-il, en évoquant une retraite qu’il repousse avec énergie. Je ne me vois pas passer mon temps à jouer au golf. J’ai besoin d’avoir une activité intellectuelle et d’entreprendre. » À croire que le temps n’a pas d’emprise sur ceux qui vont de l’avant !

Site théâtre de Dix Heures 



 

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