« Zarzavatdjian, un nom à coucher dehors ! », une comédie vibrante sur l’identité

Un nom à coucher dehors Corinne Zarzavatdjian

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Quelle belle idée de consacrer un spectacle à ces noms imprononçables ou portant à rire ! Corinne Zarzavatdjian, auteure et comédienne d’origine arménienne, consacre un spectacle ciselé, drôle et émouvant sur ce nom qui lui a valu bien des déboires et a provoqué des situations cocasses tout au long de son existence. « Zarzavatdjian, un nom à coucher dehors », au théâtre Le Mélo d’Amélie, est un hommage à sa famille miraculée d’Arménie qui a façonné son avenir avec honneur et courage. C’est un nom que Corinne Zarzavatdjian élève comme un héritage inaliénable dans ce spectacle d’une force et d’une pureté bouleversante. La comédienne prend toute sa place dans cette vie riche de différences et d’anecdotes qu’elle revisite en comédie sous la direction attentive de l’animateur et auteur Thierry Beccaro qui signe là, avec la justesse du cœur, sa première mise en scène.

« Belle-fille », Tatiana Vialle

Temps de lecture : 2 minCHRONIQUE
Pour se lancer dans l’écriture de soi, il faut une bonne dose de courage mêlé au désir ardent pour éclipser l’appréhension de ce voyage au long court sur le film de sa vie. Tatiana Vialle, d’abord actrice, puis directrice de casting et metteur en scène, a saisi au vol la proposition des éditions du Nil de nourrir avec son histoire personnelle la collection « Les affranchis ». Une requête qui a dû tomber à point nommé tant l’auteure a su imprimer sa voix tendre et profonde à son récit autobiographique dit « romancé », « Belle-fille » aux éditions Nil. L’héroïne se nomme Natacha et non Tatiana. Un dernier bastion de la pudeur sans doute qui l’autorise à écrire cette fameuse lettre à son beau-père, Jean Carmet : un être aussi attendrissant dans ses films que tyrannique dans son foyer. Avec ce livre touchant, c’est le silence que rompt Tatiana Vialle. Un silence sur sa position inconfortable et détestée de belle-fille, qui la pousse à se taire. Avec application, entêtement… et timidité.

« Vive Bouchon ! », une réjouissante satire

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Il fallait y penser, ou plutôt l’anticiper ! « Vive Bouchon ! », au théâtre du Spendid est une loufoquerie de Jean Dell et Gérald Sibleyras, créée en 2004, où tout est énorme tout en étant fidèle à la triste actualité, ici amplifiée, de ces minuscules communes enclavées, vouées à mourir faute d’habitants, d’emplois, de touristes. À l’heure du Brexit et des revendications nationalistes de certaines régions (françaises ou étrangères), « Vive Bouchon » laisse apparaître, derrière sa pochade gentillette et invraisemblable, un noyau de réalités qui donne à penser… et à en rire sans vergogne. Pour le maire de Bouchon, tout est permis, quitte à détourner des subventions européennes, pour tenir à bout de bras un village oublié des cartes et vivant ses derniers instants. Et qui, poussé dans ses derniers retranchements, ira jusqu’à prononcer le Bouchonxit et réclamer l’indépendance de Bouchon !

« Marx dans le jardin de Darwin », Ilona Jerger

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Premier roman de la journaliste allemande, Ilona Jerger, « Marx dans le jardin de Darwin » est un petit bijou. Ancienne rédactrice en chef d’une revue de vulgarisation scientifique à Munich, l’auteure nous livre corps et biens deux sommités libres penseurs sur un plateau d’airain. Scrutées à la loupe de l’histoire et décortiquées avec méthode, les théories de Charles Darwin et Karl Marx s’opposent et se rejoignent dans une narration enlevée (traduite par Bernard Lortholary), qui donne à ce roman une facture biographique riche et intéressante. Contemporains, ces deux êtres d’exception habitaient dans la région londonienne, non loin l’un de l’autre, peut-être sans le savoir ; ils auraient pu entreprendre un échange épistolaire, et même se rencontrer. Ilona Jerger leur a offert cette occasion en créant le personnage de Beckett, un médecin également libre penseur et confident, qui fait le lien entre les deux hommes vieillissants et souffrants. Ainsi parvient-elle à rendre fluide et éminemment passionnante la pensée des deux intellectuels, quelque peu âpre à comprendre d’ordinaire, traçant dans leur parcours, là des parallèles, là des lignes divergentes. C’est alors que ces deux êtres et leurs proches, leurs pensées et caractères, leur vie et habitudes se colorent et s’animent sous nos yeux curieux et ravis.

« L’Exception », la force vitale de la mémoire

Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Dans le cadre des rendez-vous L.A.D (1 Livre, 1 Adaptation, 1 Débat), dès le mois d’octobre reprendra, au théâtre de la Contrescarpe, « L’exception », un seul en scène interprété avec force et sensibilité par Sandra Duca. Inspirée du livre de Ruth Klüger « Refus de témoigner », la pièce adaptée et mise en scène par Jacky Katu est un bouleversant hommage à toutes les victimes de la barbarie nazie. La comédienne en pyjama rayé propose une interprétation physique et émotionnelle magistrale, donnant aux scènes une brûlante réalité qui fait mal à entendre. Même ses cris les plus sourds transpercent le cœur, mettant à nu l’âpre combat. L’innocence de l’âge face à l’horreur des camps de concentration, le refus de se laisser aller face à la volonté d’exterminer, la force vitale face à l’acharnement à avilir. Sandra Duca campe dans le dénuement scénique absolu le rôle d’une petite fille juive de huit ans, enfermée à Auschwitz avec sa mère. Elle raconte au public leur parcours de prisonnières, depuis leur déportation jusqu’à leur fuite, pendant cette si longue marche de la mort. À travers l’histoire de cette petite fille qui grandit malgré tout et le pire, c’est le triomphe de la vie qui est proclamé. Quand le déjà lu rencontre le jamais vu, c’est l’exception qui jaillit des entrailles de l’oubli.

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