“Vive Bouchon !”, une réjouissante satire

Temps de lecture : 3 min

 

THÉÂTRE & CO 

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Avis de PrestaPlume ♥♥♥

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Il fallait y penser, ou plutôt l’anticiper ! « Vive Bouchon ! », au théâtre du Spendid est une loufoquerie de Jean Dell et Gérald Sibleyras, créée en 2004, où tout est énorme tout en étant fidèle à la triste actualité, ici amplifiée, de ces minuscules communes enclavées, vouées à mourir faute d’habitants, d’emplois, de touristes. À l’heure du Brexit et des revendications nationalistes de certaines régions (françaises ou étrangères), « Vive Bouchon » laisse apparaître, derrière sa pochade gentillette et invraisemblable, un noyau de réalités qui donne à penser… et à en rire sans vergogne. Pour le maire de Bouchon, tout est permis, quitte à détourner des subventions européennes, pour tenir à bout de bras un village oublié des cartes et vivant ses derniers instants. Et qui, poussé dans ses derniers retranchements, ira jusqu’à prononcer le Bouchonxit et réclamer l’indépendance de Bouchon ! Dans cette satire qui pulse à deux cents à l’heure, les quatre comédiens jouent leurs répliques outrancières avec conviction et bonne humeur. La joie communicative fait oublier l’espace d’une heure trente les énormités qui se jouent, elles, sur le terrain de la politique réalité !

Intransigeant et orgueilleux, Jacques (Yvan Le Bolloc’h) est un maire investi jusqu’auboutiste pour insuffler un peu de vie à son village sous perfusion européenne. Pour cela, il embrasse tous les moyens, les plus inventifs et contrevenants à la loi possible. Son frère Nicolas (Sébastien Pierre), sceptique et plus raisonnable, le suit malgré tout dans tous ses délires, au point de réintégrer l’école primaire pour empêcher sa fermeture. Sa secrétaire Odette (Nathalie Corré), sensible et volubile, est la plus aveugle des administrés du maire. Elle commettrait les pires infractions pour lui. N’est-elle pas déjà propriétaire d’un millier de têtes de bétails et d’une bananeraie, bien entendu imaginaires, dans le but d’escroquer des subventions à l’Europe ? Mais les deux dernières demandes du maire poussent le bouchon un peu loin ! Il réclame une sortie d’autoroute et des subventions pour la construction d’un port, à plus de 250 km de la côte la plus proche. Ce qui devait arriver arriva, un fonctionnaire-inspecteur de la Commission européenne (Julien Cafaro) se déplace à Bouchon pour vérifier la véracité des comptes. Heureusement pour eux, ce dernier a le brusque désir de se laisser corrompre ! Mais voilà, le maire a distribué tout le butin à ses administrés pour qu’ils restent à Bouchon ! De mauvaise réflexion en mauvaise décision, pour éviter la prison, le maire finira par entraîner son village dans la résistance jusqu’à l’impensable : la sortie de l’Europe.

Les auteurs de cette réjouissante satire, Jean Dell et Gérald Sibleyras, se sont laissé prendre par une exaltation prémonitoire flirtant à gros traits avec l’actualité brûlante qui prêterait également à rire si ce n’en était pas si affligeant. Par l’excès des situations burlesques, ils réussissent à grimer cette réalité grand-guignolesque et à faire rire franchement. Dans sa direction de comédiens, Éric Laugérias mise sur l’énergie narrative, la vivacité des répliques et les déplacements rapides. Même les (rares) temps de pause semblent animés de véhémence. Cette constance dans l’énergie est un tour de force compte tenu des ruptures de rythme dues aux nombreuses scènes. Yvan Le Bolloch est parfait dans son rôle de maire, sympathique et pathétique à la fois, qui se rêve président. Nathalie Corré est renversante dans sa gestuelle poussée à l’extrême. Sébastien Pierre et Julien Cafaro donnent à leur personnage assez de caractère et d’étoffe pour qu’on y croie sans se poser de questions : l’amour fraternel au mépris des conséquences judiciaires pour l’un et la corruption opportuniste d’un haut fonctionnaire pour l’autre. Toute ressemblance avec la réalité n’est pas fortuite, bien entendu !

Nathalie Gendreau

©Photos Charlotte Spillemaecker

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Vive Bouchon affiche“Vive Bouchon”

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Distribution

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Avec : Yvan Le Bolloc’h, Julien Cafaro, Nathalie Corré et Sébastien Pierre.

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Créateurs

Auteurs : Jean Dell et Gérald Sibleyras

Mise en scène : Eric Laugérias

Décors : Stef & Co

Costumes : Noémie Reymond

Lumières : Mathieu Le Cuffec 


Du mardi au samedi à 21 h, matinée le samedi à 16 h 30, jusqu’au 16 novembre 2019.


Au théâtre du Splendid, 48 rue du Faubourg Saint-Martin, Paris Xe.


Durée : 1 h 30.

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