“Dommages”, du vaudeville extatique

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

 

L’union fait la force, dit l’adage. Dans le cas d’espèce, l’union crée la folie. Non pas la folie douce, joliment ourlée d’un zeste d’extravagance, mais ce genre de folie délirante, contagieuse… qui démultiplie l’énergie déjantée et emporte toutes les résistances sur son passage. C’est un tsunami d’interprétations qui submerge l’Apollo Théâtre avec « Dommages », une pièce de théâtre à tiroirs qui donne le tournis. Cette loufoquerie hautement sympathique, mise en scène par Michel Frenna, réunit Céline Groussard, Julie Villiers et Élodie Poux. Ce vaudeville moderne, dépoussiéré du mari volage auquel on épargne une présence superfétatoire, propose à ces trois trublions au féminin d’incarner des comédiennes à l’ego surdimensionné. Dans un rythme infernal, les dommages ne se font pas attendre…

Le scénario est une mise en abyme du théâtre dans le théâtre. Trois comédiennes à la personnalité bien affirmée se retrouvent sur les planches pour jouer leur première pièce ensemble. Souffrant d’un manque patent de reconnaissance, elles canalisent toute leur énergie pour épater le public, et – l’espèrent-elles – un éventuel chercheur de talent, voire un producteur. C’est à celle qui se fera le plus remarquée, quand soudain l’une d’elles avise un spectateur qu’elle reconnaît comme étant « Fifou2016 », un critique qui aurait déblatéré sur sa précédente prestation. À partir de cet instant, le public non averti hésite entre le lard ou le cochon, avant de se détendre complètement : cette vindicte fait partie du show !

Ce flottement dans l’œil du cyclone que déclenchent sur la scène les trois comédiennes n’a donc guère le temps de s’installer. Comme si de rien n’était, elles reprennent leur rôle respectif : la bourgeoise maniérée (Julie Villiers) qui a chipé le mari de sa meilleure amie, laquelle ne se doute de rien (Céline Groussard), et la bonne portugaise (Élodie Poux) qui n’a pas son accent dans sa poche. Seulement, elles reprennent là où elles ne se sont pas arrêtées – une fois, deux fois, trois fois –, ajoutant des dialogues, manquant la réplique qui devait faire mouche ou accomplissant le geste définitif à contretemps. Les règlements de comptes et les vacheries vont bon train. Parviendront-elles jusqu’à la fin de la pièce sans menacer leur intégrité physique ? Rien n’est moins sûr. Car au-delà d’être des comédiennes jouant le rôle de comédiennes, elles se risquent aux cascades sans doublure ! Pour leur bonheur, la mise en scène de Michel Frenna – que l’on peut voir également dans Michel Frenna est Salvadore Vrogen – est calée aux petits oignons, à la dimension de ces pros de l’hystérie artistique.

Mais qui sont ces belles comiques amphitaminées au plaisir de la scène ? La sémillante Céline Groussard joue en alternance une autre pièce déjantée, « Duels à Davidéjonatown avec Artus», au théâtre de la Tour Eiffel ; Julie Villers propose en tournée son one-woman-show : « Je buterais bien ma mère un dimanche ». Tout un programme ! Et Élodie Poux et son inénarrable rire, à la signature vocale qui fait foi, endosse son costume d’ex-animatrice petite enfance avec l’excellent « Le Syndrome du Playmobil ». Leurs points communs crèvent les yeux. Elles ont une pêche stupéfiante qui les fait courir, déclamer, sauter, crier, tomber et rire. Entre crêpages de chignon sémantiques et envolées classiques, elles étonnent par le spectre étendu de leurs talents sur les planches… et également sur la planche de travail. Leur scénario écrit à huit mains, avec Michel Frenna, est raboté jusqu’à obtenir ce velours des mots qui assomment juste et décapsulent le rire.

Nathalie Gendreau

©Christine Coquilleau 


Pour accéder à la chronique de PrestaPlume sur “Le syndrome du Playmobil”, d’Elodie Poux,  suivez le lien.


 

« Dommages »
 

 

Distribution

Avec : Elodie Poux, Julie Villers, Céline Groussard.

 

Créateurs

Auteurs : Elodie Poux, Julie Villers,Céline Groussard, Michel Frenna
Mise en scène : Michel Frenna

 

Productions : Kalmia Productions et Cadral 
 

 

Les Dimanches à 18 heures jusqu’à fin décembre 2018 et tous les mardis à 20 heures à partir de janvier 2019.

 

A l’Apollo Théâtre, 18 rue de Faubourg du Temple, Paris 75011.

Durée :1 h 15.

 

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