« Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins », la maladie d’amour sublimée

 

THÉÂTRE & CO 

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Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

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Le petit théâtre Le Bout est l’écrin parfait pour sanctifier l’intimité du texte de Matéi Visniec. L’éloge de la maladie d’amour du dramaturge et poète roumain, sous le titre aussi curieux qu’amusant « Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins », peut s’y répandre avec la lenteur de l’agonie d’amour et le fracas intérieur des sentiments. Sans préambule, ce seul-en-scène nous fait entrer dans un univers surréaliste où la poésie voisine avec l’absurde. Le monologue du personnage nous entraîne dans une auscultation in vivo de son cœur mis à nu pour une femme fatale, une Muse dont il ne peut se passer. Il l’a dans la peau, elle palpite dans ses organes jusque dans ses moindres cellules. Accueillie seulement pour un jour, elle squatte son corps et le malmène par ses caprices et ses incartades. Sous une direction créative de Rémi Cotta, pour jouer cette étonnante fable moderne, le comédien Miguel-Ange Sarmiento enfile le costume sur mesure de ce dresseur d’escargot qui en bave pour se faire aimer sans y perdre le cœur. Il incarne avec une intensité douloureuse cette maladie d’amour incurable qui distille son venin tout en gangrenant toutes les parties du corps. Faisant sienne la folie imaginaire de Matéi Visniec, le comédien cueille l’attention jusqu’à la métamorphose finale. Belle, car irréversible. Légère, car poétique.

L’homme surgit dans les bruits de la nuit. Il porte le barda d’un aventurier arrivé au bout de son aventure. Il dépose ses sacs et déploie sa table et sa chaise pliantes. Ce ne sont pas les papillons de nuit qu’il chasse, mais l’obsession charnelle de cette femme qu’il appelle respectueusement Madame et pour qui il a posé son cœur sur la table. Les blessures que Madame y faisait, avec le temps, se sont ouvertes davantage au lieu de cicatriser. Ne s’étaient-ils pas entendus, pourtant, pour un hébergement d’une seule nuit à l’intérieur de son corps ? Mais c’est que Madame s’y est sentie bien ! Non heureuse de s’installer dans ce corps à l’amour fébrile, elle s’y est étalée et incrustée, abusant de l’amour inconditionnel de l’homme soudain trop à l’étroit dans sa propre peau. À la fois asphyxié et résigné, l’aventurier raconte comment il a enduré cet amour manipulé qui consumait sa dignité. Il dit avoir dressé un escargot à sillonner le corps de cette femme avec la patience et la lenteur propres à un gastéropode. Basile préfère prendre d’assaut le vallon des seins que celui des genoux, tout en laissant dans son sillage la trace brûlante de cet amour bafoué. N’était-ce pas de ses seins que l’aventurier écrivain tirait toute sa verve créatrice ? Sans Madame et ces deux sources d’inspiration, il est vidé de sa substance, ramené à l’état d’un animal soumis car rampant.

Auteur dramatique vivant le plus joué depuis la chute du communisme, Matéi Visniec crée pour dénoncer la manipulation des gens par les « grandes idées ». Avec « Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins », il est question de l’attachement amoureux, de la séduction et de la dépendance. Touché par l’imaginaire poétique et engagé de l’auteur, le comédien Miguel-Ange Sarmiento se glisse avec bonheur et talent dans le costume de cet aventurier qui persiste dans l’amour addictif pour une dame sans cœur. Il happe du premier au dernier mot, grâce à la musique poétique des sons mis en sens insensés, détournés, retournés, transformés. La métaphore d’un gastéropode personnifié – renforcé par un jeu le plus souvent au sol, assis ou couché – évoque la perte des attributs virils dans la bataille de l’amour passionné. La mise en scène créative de Rémi Cotta conduit l’homme dédoublé en escargot à se recroqueviller en lui jusqu’à la métamorphose finale, inéluctable. Titubant entre légèreté et gravité, le personnage en devient touchant, créant l’empathie indispensable à l’émotion. Qui a souffert d’amour se projette à cœur éperdu dans cette histoire absurde et si universelle.

Texte et photos Nathalie Gendreau

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« Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins »

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Distribution

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Avec : Miguel-Ange Sarmiento.

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Créateurs

Auteur : Matéi Visniec

Mise en scène : Rémi Cotta 


Tous les vendredis à 19 h 30 jusqu’au 28 juin 2019.


Au Théâtre Le Bout, 6 rue Frochot, Paris IXe.


Durée : 1 heure.

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3 réflexions au sujet de “« Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins », la maladie d’amour sublimée”

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