« Ciel, ma belle-mère ! », à l’abordage d’un Feydeau oublié

 

THÉÂTRE & CO 

Avis de PrestaPlume ♥♥

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Forfanterie et poltronnerie, amours et frustrations, quiproquos et mensonges, coups du sort et d’éclats… Il y a tout ce qu’il faut dans ce Feydeau-là pour renverser les situations et les têtes de rire. Jusqu’en janvier 2020, le théâtre Edgar est l’écrin de ce vaudeville musclé et désopilant. Joué pour la première fois en 1890 sous le titre « Le mariage de Barillon », ce texte en trois actes a été adapté par Emmanuelle Hamet qui propose un « Ciel, ma belle-mère ! » moderne et jubilatoire. L’histoire est la même : Barillon, un quadragénaire bedonnant un peu pleutre mais sympathique, s’apprête à épouser une jeune fille de 18 ans qui en aime un autre… Mais, lors du mariage, une erreur de transcription de l’officier de l’état civil – gaiement aviné – acte officiellement que Barillon est marié à sa future ex-belle-mère, l’extravagante Madame Jambart, une femme aux sens échauffés par deux années de veuvage… Un simple rectificatif réparerait facilement l’étourderie, mais l’affaire se complique avec l’arrivée impromptue du défunt mari, plus vivant que jamais, un pêcheur taillé dans un bloc de granit qui ferait peur même aux plus audacieux… Barillon en est retourné au point d’accepter le ménage à trois. Entre les altercations, les faux-espoirs et les rebondissements, les comédiens complices et investis à 200 % hissent haut les voiles de leur potentiel comique !

Propriétaire du théâtre d’Edgar, Luq Hamett se plaît à monter dans son antre des classiques du rire oubliés, ou en tout cas peu joués. Astucieusement dépoussiéré par Emmanuelle Hamet, le texte original de Feydeau a conservé tout son mordant et l’énergie caractérisant les vaudevilles, alors même que le nombre initial de comédiens a été réduit à sept et l’action condensée. Ainsi Luq Hamett tient-il plusieurs rôles, comme l’officier de mairie et le préposé à la Poste, les deux étant tout aussi étourdis. Toujours l’air ravi, gaffeur invétéré, n’hésitant pas à pousser la chansonnette à la moindre occasion, les personnages sont caricaturés tendrement et accentuent le trait du comique. Pariant sur une mise en scène nerveuse, Luq Hamett réussit à maintenir une cadence effrénée, entre portes qui claquent et dialogues haut perchés qui tombent toujours à pic.

Dans la peau de Barillon, David Martin campe un superbe spécimen de vieux garçon concupiscent et jaloux, délicieusement maltraité par l’affriolante Madame Jambart (Gwénola De Luze), la belle-mère croqueuse d’hommes, puis chahuté par le mari de sa nouvelle femme qui n’entend pas se laisser déposséder. On en viendrait presque à son secours, même si l’on se délecte de le voir bousculé par ses déboires. En marin expérimenté, tanguant entre la furie et le compromis, Jean-Marie Lhomme mène parfaitement sa barque pour reconquérir sa femme légitime. Dans le rôle du maire empêtré dans les imbroglios, Sylvain Katan vogue d’une situation abracadabrante à l’autre sans se départir de son sérieux (enfin presque !). Quant au joli couple, formé de Nadège Lacroix et Thomas Vernant, il se laisse bercer par les événements qui finiront par les mener là où ils le souhaitent si ardemment : le mariage ! La dérision joyeuse et le gros grain de folie de cette pièce sont le parfait antidote à la morosité !

Nathalie Gendreau
Photos ©Jacques Brachet



« Ciel, ma belle-mère ! »

Distribution
Avec : David Martin, Gwénola De Luze, Nadège Lacroix, Luq Hamett, en alternance avec Éric Massot, Jean-Marie Lhomme, Thomas Vernant, Sylvain Katan.ll

Créateurs
D’après « Le mariage de Barillon » de Georges Feydeau et Maurice Desvallières

Adaptation : Emmanuelle Hamet
Mise en scène : Luq Hamett
Décors : Claude Pierson
Construction : Les Ateliers décors
Musique originale : Christian Germain

Du mardi au samedi à 19 heures ou 21 heures en alternance, jusqu’au 31 janvier 2020.
Séances supplémentaires le samedi à 17 heures et le dimanche à  17 h 30.
Au Théâtre Edgar, 58 Boulevard Edgar Quinet, Paris XIVe.

Durée : 1h20.

1 réflexion au sujet de “« Ciel, ma belle-mère ! », à l’abordage d’un Feydeau oublié”

  1. Bel hommage de Nathalie Gendreau à Feydeau qui, manifestement, ne prend pas une ride… sans avoir recours au botox si souvent utilisé aujourd’hui.

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