« Tuer est un art », Philippe Grandcoing

Extrait (page 183)
« Hippolyte écoutait la conversation sans y prendre part. Il commençait à comprendre ce que le peintre avait voulu faire dans son jardin : recréer cet univers végétal où primaient l’agencement des couleurs, les juxtapositions, les dégradés, où la nature semblait en mouvement, où la main de l’homme disparaissait sous la poussée vitale des plantes et des arbres. »

« Tuer est un art », Philippe Grancoing

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

Troisième opus de Philippe Grandcoing, « Tuer est un art », paru aux éditions De Borée, vous embarque une fois de plus dans une enquête dans le milieu de l’art. Plus exactement, de l’impressionnisme. À la requête expresse de Clemenceau, l’antiquaire Hippolyte Salvignac et l’inspecteur Jules Lerouet se retrouvent à pister un tueur qui s’amuse à laisser des cadavres, là où Claude Monet a peint ses plus belles séries, de Giverny à Crozant. Nous sommes en 1908, l’année où est mystérieusement assassiné le peintre Steinhel, beau-frère de Monet et dont la femme était la fameuse maîtresse du président Félix Faure, celui-là même qui expira comme un bienheureux dans ses bras. Monet est très inquiet de tous ces décès violents autour de lui. Les deux compères et amis risqueront le tout pour le tout pour connaître le fin mot de l’histoire. Entre fiction et réalité, Philippe Grandcoing nous projette dans un début de siècle captivant, où les nouveaux artistes révolutionnent l’art et la manière de l’appréhender. Historien spécialiste des XIXe et XXe siècles, l’auteur s’y entend également en art en nous le donnant à voir et à le concevoir.

Résumé

Un cadavre a été découvert tout près de la maison de Claude Monet, à Giverny. Le vieil homme est très inquiet. Son ami Clemenceau fait appel à l’inspecteur Jules Lerouet et son ami l’antiquaire Hippolyte Salvignac pour dénouer l’écheveau de laine. Ce n’est qu’un pur hasard, sans doute un pauvre hère trucidé par un mauvais compagnon de rapines. Il leur faut quitter l’Auberge de la Vierge, récemment rachetée par la douce amante de l’inspecteur pour se rendre sur le lieu du crime. Un crime qui ne laisse pas d’intriguer les deux amis. Le caractère crapuleux n’est pas une certitude, malgré les apparences. Ce doute va se confirmer à l’annonce, les jours suivants, de l’assassinat du beau-frère de Monet dans son hôtel particulier, à Paris. C’en est trop, ce ne peut être un funeste hasard. Seulement armés de l’intime conviction d’un lien existant entre les deux affaires, les deux compères cherchent l’identité du premier cadavre, une quête qui va les emmener loin, de la Normandie en Limousin. Bientôt, Hippolyte Salvignac va faire cavalier seul, poussé par une intuition inspirée par sa rencontre avec Maurice Leblanc, le père d’Arsène Lupin !

Pour approfondir

« Tuer est un art » est d’abord un beau voyage dans la France des Impressionnistes, de la côte normande à la vallée de la Creuse. C’est un véritable tableau vivant, parsemé de morts violentes, qui retient aussi l’intérêt historique du lecteur du début à la fin. L’année 1908, où se situe l’action, est généreuse en grands événements. Outre le décès « opportun » du beau-frère de Monet, c’est aussi la panthéonisation d’Émile Zola, à laquelle assiste par hasard Hippolyte Salvignac, une cérémonie au cours de laquelle il est méchamment ballotté au milieu de militants anti-dreyfusard et un service d’ordre sur les dents. On apprend également dans ce troisième opus – si on ne le savait déjà – l’amitié entre le Tigre, qui allait créer ses brigades motorisées, et le peintre qui laissait derrière lui ses plus célèbres séries, à commencer par les Nymphéas. C’est d’ailleurs grâce à cette solide amitié que l’on peut aujourd’hui admirer ces chefs-d’œuvre à l’Orangerie, à Paris. Ce policier historique fourmille de références de l’époque qui dépeignent une Belle Époque en forts mouvements, tant politiques qu’artistiques. L’enquête en elle-même est bien ficelée et intrigante, même si les scènes d’action manquent pour donner un peu plus de nerf au récit. Elles se concentrent en une seule lors du dénouement, qui est, du reste, parfaitement maîtrisée et donne son content d’adrénaline. Quant à l’apparition d’un troisième larron enquêteur (Maurice Leblanc) qui vient éclipser l’inspecteur, elle apporte un sel indéniable à l’intrigue.

Nathalie Gendreau

Éditions De Borée, 12 mars 2020, 294 pages, à 19,90.

1 réflexion au sujet de « « Tuer est un art », Philippe Grandcoing »

  1. Hummm ! Voilà un roman qui semble bien inspiré des récits de Maurice Leblanc et des exploits d’Arsène Lupin, notre gentleman cambrioleur national. Ce qui, pour moi, est une des meilleures références pour l’initiation au roman policier. Les personnages, les décors, les références artistiques et historiques tout y est. On en viendrait presque à souhaiter un reconfinement pour avoir le loisir de suivre cette nouvelle recommandation de Nathalie Gendreau.

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