« Toutes ces choses à te dire », Frédérique Volot

 

Extrait

« Depuis peu les conditions d’accueil avaient changé. La Ligue cherchait à limiter l’afflux de nouveaux arrivants, lançait même des avertissements aux allures de menaces à tous les étrangers tentés par l’installation en France. Elle leur recommandait de ne pas se rendre à Paris où ils seraient condamnés à mourir de faim. Les rares emplois restant à pourvoir se trouvaient encore en province, notamment en Meurthe-et-Moselle et en Moselle, dans les mines, la sidérurgie, le textile. De leur côté, les politiques expliquaient que la France n’était plus la terre d’asile rêvée, que le nombre de chômeurs y était trop élevé, que l’on devait d’abord se préoccuper du sort des nationaux. »

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

L’immersion est profonde et émouvante. Frédérique Volot trempe une plume légère et romanesque dans l’encre réaliste de la vie douloureuse et mouvementée d’Ettore et de Lucie. L’auteure retrace avec une verve saisissante leur trajectoire différente qui va les réunir en 1930, puisant dans leurs origines, leur enfance, leur apprentissage de la vie, entre débrouillardises et audace. Elle leur fait traverser en parallèle des moments personnels éprouvants et des événements historiques tragiques qui vont édifier leur coup de foudre en un amour puissant, indestructible.

2003. Ettore se meurt. Toute sa famille se presse autour de lui, sa femme Lucie et ses trois filles. Seule Ange manque, sa petite-fille adorée qui vit désormais en Russie, à Moscou. L’appel dans un dernier soupir est impérieux. « Ange… violon… toutes ces choses à lui dire… » Dans l’attente de ce retour espéré, Ettore se souvient. De sa mère et de son frère en Slovénie, d’un père effacé de la mémoire familiale, de cette guerre qui les pousse en exil à Trieste qui finira par devenir italienne. De sa mère qui décide qu’il sera italien. Un Italien qui fuira Mussolini et l’embrigadement et qui se retrouvera grâce à des connivences amies et opportunes, à la fin d’un long et dangereux périple, en France, dans les Vosges.

Son violon le suit, il en joue merveilleusement. Ces deux inséparables vont gagner l’amour de la jeune et resplendissante Julie. Julie qui, à force de courage et de volonté, s’est sortie de la violence d’un géniteur ivrogne qui est revenu de la Grande Guerre, et avec lui son alcoolisme. Battue aussi souvent qu’il levait le coude, sa pauvre femme n’avait trouvé répit que pendant cette guerre, où elle formait l’espoir qu’il n’en revienne pas, comme tant d’autres. Mais la mort n’en a pas voulu. À son retour, tout ce dont il a été capable, c’est de reprendre là où il avait laissé sa vie et de refaire des enfants à la chaîne qu’il frappait copieusement, sauf l’aîné qui s’engageait avec ferveur dans la même veine que le père.

Ce récit teinté de biographie est frappé du sceau des émotions justes qui attachent davantage à cette saga familiale. Avec « Toutes ces choses à te dire« , le temps est aboli, des souvenirs fraternisent avec la mémoire collective, venant en miroir de sa propre histoire familiale. Et la plongée dans les guerres de territoires du début du siècle dernier entre l’Autriche et l’Italie donne vie à ce pan de l’histoire parfois méconnu. En ces temps troublés, l’exil forcé d’Ettore et les empreintes indélébiles qu’il laisse dans les cœurs résonnent encore plus fortement avec la réalité de 2016. Un roman qui captive et éclaire sa propre zone d’ombre laissant entrevoir que les destins mènent souvent, pour ne pas dire toujours, vers des rencontres qui rassurent et réparent.

 

Éditions Presses de la Cité « Collection Terres de France », mai 2016, 352 pages, 21€ version papier et 14,99€ version e-book.

[wysija_form id= »2″]

 

Laisser un commentaire

Pin It on Pinterest