“Mécaniques du chaos”, Daniel Rondeau

CHRONIQUE
Le 26 octobre 2017, “Mécaniques du chaos”, de Daniel Rondeau, se voit décerner le Grand prix du roman de l’Académie française. L’ouvrage est lourd, le contenu terrifiant. Trafics d’armes, de stupéfiants et d’arts, terrorisme, extrémisme religieux, querelles politiques, exodes de migrants, prostitution de luxe, pédophilie… C’est comme si l’engeance humaine s’était donné rendez-vous dans ces 464 pages. Ce thriller d’un réalisme édifiant donne à découvrir une fresque géopolitique enfiévrée, où chaque fragment de la mosaïque est consubstantiel de l’ensemble cacophonique du monde. À travers onze personnages principaux, vivant, agissant et se débattant dans les heures les plus sombres de l’Histoire en marche, l’auteur démonte et remonte en prose journalistique cette mécanique déréglée. En cause, les rancœurs franco-algériennes des massacres de Sétif en 1945 et la radicalisation des banlieues françaises due à la politique occidentale en Libye ou en Irak.

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“Le Déjeuner des barricades”, Pauline Dreyfus

CHRONIQUE
C’est toute une époque que ressuscite la plume mordante de Pauline Dreyfus en nous plongeant dans les coulisses de l’hôtel Meurice. Le Déjeuner des barricades décrit la journée du 22 mai 1968 dans ce palace, où doit se tenir la remise du prix littéraire Roger-Nimier à Patrick Modiano, pour son premier roman La place de l’Étoile. Du moins, c’est ce qui était prévu bien avant la colère contagieuse des étudiants que l’Histoire baptisera Mai 68. À travers une variété de regards, tous attachants dans leur pertinence, l’auteure invite à partager avec précision les étapes de cette journée de tensions et de paradoxes, où l’anarchie prétend à la légitimité, où l’autogestion se décrète à l’unanimité des salariés. Le Meurice, témoin du faste d’un temps manifestement révolu, résistera-t-il aux pressions extérieures ?

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“Les Peaux rouges”, Emmanuel Brault

CHRONIQUE
Pour un premier roman, Emmanuel Brault marque les esprits. Il rue dans les brancards du politiquement correct en s’attaquant à un fléau antédiluvien, la haine de l’étranger ! Le gros mot est lâché. Pourtant, c’est sans jugement que l’auteur prête sa plume à un raciste décomplexé, un être mal dégrossi et analphabète. Pour laisser s’épanouir tous les ressorts de ce personnage, il crée une société imaginaire où vivent les blancs et les rouges, les rouges représentant l’union symbolique de tous les peuples stigmatisés par leur couleur de peau. Dans ce monde de fiction, le racisme est puni tel un assassinat. Amédée Gourd va vivre les accusations, la mise à l’index, la honte, la prison, la cure de désintoxication, l’espoir de guérison. Grâce à une narration sans filtre, sans pudeur de langage, sans autocensure, la fable parvient à toucher le lecteur avec sa musique ensorcelante qui, par un dosage équilibré, déploie la palette des nuances entre l’abjection et la compassion.

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