« Cache-cash mortel », Hubert Letiers

CHRONIQUE
Avec son deuxième roman « Cache-Cash Mortel », Hubert Letiers lâche le filet de son inspiration dans les eaux fangeuses du blanchiment d’argent issu du trafic de drogue, un trafic qu’il imagine institutionnalisé par la sphère politique au plus haut de l’État pour colmater le trou de la Sécurité sociale. Ambitieux scénario pas si élucubrant qu’il n’y paraît, quand on connaît les démangeaisons de certains politiques à vouloir légaliser le cannabis. L’idée est intéressante et a l’avantage de faire s’interroger sur cette miraculeuse manne qui viendrait renflouer le navire France qui croule sous des dettes abyssales. Dans ce nouvel opus, l’auteur de « Meurtre en haut lieu » poursuit son autopsie des comportements déviants des gouvernants, de ceux qui les conseillent, des différents services de police et du renseignement qui agissent dans l’intérêt de l’État. Il nous offre un roman de haute tenue, solide, convaincant et éclairant. Le tout tendu au cordeau par une écriture irréprochablement littéraire. Peut-être un peu trop pour le confort de lecture d’un polar aux ramifications de personnages étendues.

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“Un tout petit caillou”, Cendrine Varet

CHRONIQUE
Une plume alerte pour “Un tout petit caillou” qui dévale avec légèreté le versant cœur du lecteur. Avec son premier roman, audacieux par son sujet, Cendrine Varet pénètre le monde de la vieillesse et de la fin de vie à pas déterminés, mais sans voyeurisme. Elle pousse pour nous la porte du quotidien d’une maison de retraite où le Petit Vieux vient d’être intégré. Il ne peut plus vivre seul, là-haut dans ses montagnes avec Alibi, son fidèle compagnon à quatre pattes. Mais il est bien connu que les animaux ne sont pas acceptés dans une MDR – entendre mort de rire pour maison de retraite –, comme l’appelle le Petit Vieux qui entremêle le plaisir de l’ironie et l’humeur bougonne avec l’acharnement de la survie. Comme pour retenir le fil de son existence solitaire qui s’effiloche malgré lui, décidé qu’il est à mener une lutte sans merci contre sa “tu meurs” au cerveau… au moins jusqu’à l’heure de sa mort, qu’il entend choisir, loin, là-haut, dans ses montagnes, avec son chien. Mais la partie est loin d’être gagnée : les cerbères veillent !

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“1789 L’été de sang”, Frédéric Michelet

CHRONIQUE
Frédéric Michelet est un écrivain prolixe passionné d’Histoire. 1789, L’été de sang est son dernier roman inspiré de sa pièce 1789 secondes, portant sur la Révolution française. Comme dans sa création théâtrale de rue qui dure 1789 secondes précisément, son roman interroge les droits de l’homme et de la femme, l’abolition des privilèges, l’esprit de résistance. Mais il l’a construit autour d’une assertion peu commune sur l’événement qui a mis le feu aux poudres dans un Paris surchauffé un certain 14 juillet 1789. Et si les États généraux n’étaient pour rien dans l’histoire ? Et si la Révolution était le résultat d’un mouvement populaire en réaction au massacre du Faubourg-Saint-Antoine ? Et si, après tout, ce n’était qu’un complot visant à précipiter de vie à trépas une monarchie arrivée à bout de souffle ? C’est ce que se propose de nous narrer l’auteur, au rythme d’une enquête policière qui se déroule du 19 avril à la nuit du 4 août 1789, égrenant les 1789 secondes de la pièce en presque quatre cents pages intenses qui ne lâchent ni l’intensité ni le suspense.

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“Là-haut les anges”, Chris Roy

CHRONIQUE
Là-haut, les anges sont des bienheureux. Ici-bas, ces anges en devenir sont confrontés à la tentation, la dérive, l’impudeur, la superficialité. En tout cas, le prédateur imaginé par Chris Roy dans son thriller “Là-haut les anges”, aux éditions Inspire, y croit et entend y remédier en aidant les jeunes filles, victimes de leur insouciance, à rejoindre le ciel pour les laver de leurs péchés… devenus mortels. Pour parvenir à ses fins, le pédophile utilisera les réseaux sociaux. Pour son premier roman, l’auteure a mis les moyens de son ambition : un récit psychologique prenant, une intrigue policière bien construite, une écriture simple, un rythme mitraillette, une focalisation multiple, un tueur en série qui relate dans un journal ses “missions divines” avec une froide précision et un lyrisme dément. La construction de ce policier n’est pas sans rappeler le troublant roman La mésange et l’ogresse, d’Harold Cobert, sur l’affaire Fourniret, où le lecteur découvre la personnalité de l’épouse du tueur à travers ses pensées.

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