« Stella Finzi », Alain Teulié

Extrait (page 120-121)
« À midi, j’étais dans la rue, devant ma porte. Je vis bientôt surgir la fameuse Chrevrolet Corvette cabriolet rouge vif dont elle m’avait parlé. Elle était précédée pa la voix puissante de Cecilia Bartoli chantant le Sposa son disprezzata, de Vivaldi.
Stella portait une robe jaune et plutôt courte, et elle avait noué autour de sa tête l’un de ces foulards d’autrefois, dans le style des années soixante, jaune lui aussi. Ses jambes étaient très bronzées, elle était très maquillée, et toute la maladie s’était éloignée. Elle était plus en forme que jamais.
Elle se pencha pour m’ouvrir la portière.
– Montez !« 

« Stella Finzi », d’Alain Teulié

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

Du nouveau roman d’Alain Teulié, « Stella Finzi », s’élèvent toute la gravité et la mélancolie de l’air de Vivaldi « Sposa son disprezzata » (Epousée, mais méprisée). Cette aria envoûtante accompagne le lecteur dans un huis clos émotionnel intrigant, où s’installe un jeu de séduction inhabituel entre la pétillante Stella Finzi et le sombre Vincent. Stella Finzi est une riche romaine, cultivée, intelligente, mais étonnamment laide. Elle s’entiche de Vincent, un écrivain français à la dérive, qui ne croit plus en rien ni en lui. Il attend d’avoir dilapidé la fortune de son père à Rome pour s’offrir la mort. S’il ne sait pas encore de quelle manière, il sait où. La Ville éternelle n’est-telle pas un théâtre magnifique pour soigner sa sortie ? Mais sa rencontre avec Stella Finzi, qui l’accoste et s’impose, bouleverse le funeste dessein qu’il s’était si paresseusement tracé. Comédien, journaliste, romancier et dramaturge, Alain Teulié se livre avec ce huitième roman à un exercice de style poétique riche et épuré, où s’entrelacent le beau et le laid, le désir et le dégoût, la vie et la mort. Il parvient à une harmonie narrative, où la mélancolie le dispute au baroque, le romantisme à l’équivoque.

Résumé

Vincent est un dandy romantique, comme on en fait peu au XXIe siècle. Il est perdu sentimentalement, et ne peut que constater sa panne d’inspiration chronique pour cette vie moderne dans laquelle il erre sans foi au cœur ni étincelles dans les yeux. C’est peut-être pour cela qu’il se laisse approcher, dans sa solitude revendiquée, par cette riche romaine, avec des manières aussi belles que son visage est ingrat. En soi, les traits ne sont pas laids, mais c’est l’ensemble qui est inharmonieux. À ceux qui osent la regarder franchement, l’étincelle semble bien accrochée à son regard engageant, à ses yeux rieurs et à son sourire énigmatique. Vincent refuse d’être importuné. Il a une mort à préparer ! S’il n’est pas parvenu à vivre, au moins veut-il réussir son départ ! Mais Stella Finzi, qui l’a jugé au premier regard, se fait entreprenante, insistante, distillant sa présence et ses absences, parvenant à susciter la curiosité, puis le manque. Pourquoi tous ces efforts ? Stella a une idée en tête. Pour la mener à bien, elle ira jusqu’à séquestrer Vincent dans une luxueuse villa de Toscane.

Pour approfondir

« Stella Finzi » est une danse langoureuse évoquant les circonvolutions d’un serpent, qui ne cherche pas à étouffer, mais à contrôler pour mieux libérer. Malgré sa laideur repoussante, la riche héritière romaine fascine Vincent par son esprit brillant et ses connaissances. Elle éveille sa curiosité et intrigue si bien que le dilettante semble être un jouet entre ses mains. Pourtant, il se débat, même s’il est plus pressé à dépenser l’argent qu’elle lui offre qu’à mourir pour de bon. Et l’amour dans tout cela ? Il est là, bien tapi. Il attend son heure, lui aussi ; il entend bien gagner son bras de fer avec la mort. Il faut juste laisser du temps au regard de Vincent si prompt à condamner toute relation avant de sonder l’âme de l’autre. Malgré ses gesticulations de défense, il finira par se laisser happer par la personnalité de cette femme marquée par le destin, qui parviendra à ensemencer la vie en lui. Malgré lui. « Stella Finzi » est un roman de contrastes, aussi sombre que lumineux, aussi troublant que limpide. Sur un thème original et profond, Alain Teulié poétise la beauté de la vie à travers la quête de la mort. Du beau intemporel qui imprègne les mots et les sentiments dans l’épure absolue.

Nathalie Gendreau

Éditions Robert Laffont, 20 août 2020, 216 pages, à 18 euros en version papier et 11,99 euros en version numérique.

1 réflexion au sujet de « « Stella Finzi », Alain Teulié »

  1. A peine lu la critique de Nathalie Gendreau, je me suis précipité sur You Tube pour écouter « Sposa son disprezzata » de Vivaldi (un de mes compositeurs préférés que Nathalie évoque dès les premières liges de sa chronique.

    Je connaissais mais j’avais un peu oublié. Merci Nathalie. Merci aussi à You tube qui permet quasi instantanément d’avoir accès gratuitement à autant de chef d’œuvres. Il semble bien que l’inculture soit devenue un choix plutôt que la fatalité dont certains nous abreuvent pour nous culpabiliser.

    Pour revenir à l’essentiel, le livre et la critique, je dirais que Nathalie a réussi l’exploit de nous intriguer et de nous donner envie de plonger dans ce roman qui peu sembler sombre à première vue mais le suspense est bien maintenu: qui gagnera à la fin ? La mort ou la vie ?

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