“Pour le meilleur et pour le dire”, du verbe en plein cœur

 

THÉÂTRE & CO 

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Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

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À la Manufacture des Abbesses, à Paris, la comédie psychologique et sentimentale « Pour le meilleur et pour le dire » revient pour un mois de consultation supplémentaire, jusqu’au 17 février 2019. Une aubaine qu’il serait inconséquent de laisser passer tant l’écriture de David Basant et Mélanie Reumaux sonne juste et émeut, du rire à la joie finale du happy end. Pour une fois qu’une histoire d’amour se termine bien, il serait bien dommage de s’en priver ! La pièce déploie son fil narratif tendu au cordeau sur le malentendu, les non-dits, la difficulté de communiquer et les lapsus signifiants. Le sujet est fort simple, mais d’une actualité impérissable. C’est l’histoire d’un couple très amoureux et en crise. Audrey approchant de la quarantaine veut un bébé, Julien repousse ce désir aux calendes grecques sans lui en avouer les raisons. La peur de perdre celle qu’il aime par cet aveu le conduit à rompre par anticipation. Un non-sens que vont s’ingénier à réparer leur entourage et surtout leur analyste… qui se trouve être la même personne. Du bel ouvrage d’écriture intelligent et enjoué qui, par les mots dits, dédramatise les maux tus.

Audrey (Céline Perra) est heureuse avec Julien (Roger Contebardo). Voici déjà un an qu’ils s’aiment. Que le temps passe vite, trop vite à son goût d’ailleurs. Elle atteint l’âge où être mère devient problématique. Mais Julien esquive la discussion. Lui a déjà un petit garçon, il ne tient pas à renouveler l’expérience. Mais pourquoi ? Un simple pourquoi qui bute sur un mutisme opiniâtre. Si Audrey en vient à douter de l’amour de son Julien, ce dernier ne sait comment s’extirper de son secret qui le fige. Pourtant, il est heureux avec Audrey. Que faut-il comprendre ? En larmes et en plein doute, Audrey tente d’y voir clair chez sa psy, Mona (Tessa Volkine). Elle y rencontre Sasha, un jeune homme en révolte contre sa mère Mona. Pendant ce temps, Coralie (Caroline Brésard) tente d’aider son meilleur ami Julien en lui conseillant sa psy, qui se trouve être Mona. Par un hasard heureux, Coralie et Sasha se rencontrent, se désirent follement malgré leur « grande » différence d’âge. Ce couple improbable sera les meilleurs alliés d’Audrey et de Julien pour accélérer… leur désunion. Mais, heureusement, Mona veille et tire les fils de l’inconscient de ses deux patients en souffrance, pour le meilleur et surtout pour le dire.

« La parole est au centre de tout », a l’habitude de dire à ses patients Mona, la psychologue lacaniste. Comme pour mieux l’illustrer, le scénographe Alain Lagarde fait trôner au milieu de la scène le cabinet en murs transparents, tel un îlot psychologique qui recueille les silences et les paroles blessées, les âmes à fleur de peau. En dehors de cette oasis de verre cubique, où « tout peut se dire, tout peut s’entendre », c’est la vie qui virevolte autour. Des hommes et des femmes qui se rencontrent, s’aiment et s’affrontent ; ce sont les paroles qui blessent, les faux-semblants, les faux-fuyants, mais aussi des amours vraies qui s’entredéchirent. La mise en scène offre un bel espace de résonance à l’écriture des mots qui ne cessent de ricocher sur les situations. Les traits d’esprit fusent, tranchants et décomplexés, portant le comique de situation à la haute marche du rire.

Cette comédie pourrait tomber dans l’excès ou les clichés de la thématique. Il n’en est rien. Plusieurs raisons à cela, à commencer par les auteurs. L’une, Mélanie Reumaux, est psychologue et coach. L’autre, David Basant, est auteur de théâtre et coach en communication. Cette union de compétences pointues donne l’illusion du vrai, de l’authentiquement ressemblant, au point de ramener le public à son propre vécu, à sa façon de communiquer, à ses raisons de se taire, à ses réticences d’avancer. D’emblée, les mots et les situations touchent juste, sans effets de manches. C’est peut-être aussi grâce au parti pris d’avoir privilégié l’écriture « au plateau ». Ainsi, sur la base du script déjà écrit par les deux auteurs, les comédiens ont improvisé en jouant les scènes, enrichissant le dialogue de leur ressenti et de leur vécu. L’illusion du vrai et de la spontanéité en prime. Une belle réussite !

Une double réussite même, puisque les cinq comédiens n’incarnent pas seulement leur personnage, ils leur donnent un supplément d’âme, une épaisseur indispensable à la dramaturgie. Leur complicité crève les yeux, leur jeu est épuré de tout artifice et provoque l’enthousiasme sans condition. Céline Perra et Roger Contebardo sont émouvants. On aimerait être le meilleur ami de ce couple craquant. Édouard Giard dans le rôle de Sasha et Caroline Brésard dans celui de Coralie impriment le rythme et le grain de folie de la pièce. Ils transgressent les interdits avec bonheur, tels des enfants qui se savent d’avance pardonnés. Quant à Tessa Volkine, elle joue le point d’ancrage des quatre autres personnages avec une jubilation communicative. Elle représente le verbe, le centre de tout, mais donne à sa posture obligée de professionnelle une chaleur humaine réconfortante. Derrière la volubilité naturelle de Mona, Tessa fait apparaître des blessures, ce qui la rend émouvante… Si j’osais, je finirai cette critique, comme Mona ses séances avec ses patients, par un « On reste là-dessus ? » Peut-on mieux dire ?

Nathalie Gendreau

© John Bersi



« Pour le meilleur et pour le dire »
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Distribution


Avec : Caroline Brésard, Roger Contebardo, Edouard Giard, Céline Perra et Tessa Volkine
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Créateurs


Auteur : David Basant et Mélanie Reumaux
Mise en scène : David Basant
Assistante de mise en scène : Clara Leduc


Scénographie : Alain Lagarde
Eclairagiste : Pierre Peyronnet


Du lundi au mercredi à 21 heures et le dimanche à 17 heures, du 17 janvier au 17 février 2019.


A la Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris 75018.

Durée : 1 h 20.

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