“La Porte du secret”, Christel Noir

 

Résumé

Marie, libraire à Montmartre, partage le quotidien d’une adolescente précoce et d’un vieil homme passionné de lecture. Sa rencontre avec Josh, scénariste non dénué de charme, ressemble à une promesse d’amour. Elle coïncidera avec l’apparition d’un improbable confident. Ange gardien, double, ou intuition, il est là, posé au bout de son lit. Mais que penser de cet esprit qui disparaît et réapparaît à sa guise, prétendant l’aider à rattraper ses rêves. Marie doit-elle appeler la police, consulter un psychiatre ou, tout simplement, se laisser entraîner dans une extravagante aventure ?

 

PrestaPlume ♥♥♥

Que diriez-vous d’être épaulé par un ange gardien ? D’aucuns m’objecteraient que c’est déjà le cas avec les intuitions, les prémonitions, le déjà-vu. Certes. Mais un ange gardien qui se montre à vous pour vous guider et débloquer la situation ? Hum… Pas original me diriez-vous ? Et c’est là que « La Porte du secret », de Christel Noir, surprend. Ce qui sent le déjà-lu tire son originalité d’un échange de connaissances entre l’ange et son humaine. « L’apprentissage d’âme à âme fonctionne ainsi : en binôme. » Un apprentissage de plusieurs mois s’instaure alors sur ce chemin ardu qui va les mener vers leur porte du secret.

Hardie, Éloïse, bel ange aux traits asiatiques, s’impatiente d‘apprendre de son incarnée et contrevient à la divine loi pour se matérialiser devant elle. Marie aux rêves déchus, libraire par hérédité, sans homme dans sa vie et pour qui « l’amour est une page blanche » se désespère d’en écrire le commencement. En l’attendant, elle aime ses proches. Noémie d’abord, l’adolescente aux réparties abruptes, qui squatte l’appartement de Marie pour faire ses devoirs en paix, échappant ainsi à des parents qui confondent les assiettes avec un Frisbee. Émile ensuite, un rescapé de la Seconde Guerre mondiale, ami d’évasion de Samuel, le grand-père de Marie, qui l’attend tous les matins devant la librairie avec un mocha blanc. Il s’assied dans un coin, lit, écoute, se tait par nécessité, et repart à la fermeture. Bien que décédé, Samuel est bien présent, par les souvenirs évoqués, mais aussi par le refus de Marie de pénétrer dans son bureau depuis sa mort. Un autre personnage capital apparaît, Josh, scénariste franco-américain réputé, veuf éploré depuis trois ans, qui devra solder son passé pour accepter l’amour qui lui tombe dans les bras… presque par hasard.

En fait, la rencontre n’est pas fortuite, elle est un peu arrangée par Margaux la meilleure amie de Marie qui tient une maison d’hôte dans le pays d’Auge. Elle fête son anniversaire et réunit pour l’occasion ses parents, un couple d’amis et ces deux célibataires. À la première rencontre, Cupidon touche dans le mille. Marie et Josh sont irrésistiblement attirés l’un par l’autre, sans toutefois oser trop se rapprocher, faire ce premier pas qui coûte toujours un peu quand on pense ne pas être prêt à l’assumer. Il faudra l’intervention de l’ange Éloïse qui souhaite que Marie « ne survole plus sa vie » et quelques coups d’aile pour qu’elle parvienne à réparer ses liens familiaux, des parents qui l’ont (dé)laissée à son grand-père sans regret. Marie devra finir par admettre qu’elle n’est pas « venue sur terre pour réparer les liens des autres ».

Cette belle histoire de rencontre est double. Naissent ainsi deux couples qui se cherchent et se forment. L’amour pour Josh et Marie qui nettoient leur passé pour mieux accueillir le présent. L’amitié pour Noémie et Émile, tous les deux malmenés à un âge où l’innocence aurait dû être préservée. L’évolution de ces personnages se fait dans la douleur, certes, mais dans une douleur nécessaire, car moteur de la compréhension et instigatrice d’un meilleur être. Cahin-caha, sous l’approbation vigilante des anges gardiens (car Éloïse n’est pas venue seule !), les personnages grandissent, transforment leur histoire et réécrivent ainsi leur futur à la lumière du courage et de la sincérité.

Après son premier roman, « La Confession des anges », qui a remporté le prix Montalembert 2012, Christel Noir signe là un nouvel opus enchanteur qui mêle réalisme et spiritualité. « La Porte du secret » délivre tous ses secrets dans une écriture joueuse et intense, à la description minutieuse, mariant la candeur aux souffrances dans une ronde en spirale, tantôt espiègle, tantôt grave, jusqu’à la porte finale. En fermant le livre, c’est une bouffée d’optimisme qui monte en soi, éclairant la journée d’une aura spéciale, comme si un ange gardien avait posé une main gracile sur son épaule. On se prend même à l’espérer !

 

Éd. Héloïse d’Ormesson, avril 2015,  320 pages, 19 €.

 

 

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