Olivier Macé, la force de l’optimisme

 

PORTRAIT PASSION

par Nathalie Gendreau

 

Le metteur en scène Olivier Macé revient sur une carrière aux cent et quelques pièces de théâtre, et sur une trajectoire aux expériences aussi diverses qu’inattendues, pour en arriver au métier de l’art du spectacle vivant. Quand le disparate s’ordonne, c’est l’histoire d’une vie qui prend sens.

 

Dans les yeux noirs magnétiques d’Olivier Macé brille une lumière captivante et bien étrange. Celle d’un homme qui se déclare comblé. Le verbe alerte, le sourire large, il embrasse la vie avec enthousiasme et une bienveillance communicative. Depuis plus d’une quinzaine d’années, il jongle avec les métiers d’acteur, de metteur en scène, d’auteur et de coach individuel, s’impliquant dans des projets avec fougue, instinct et dans l’urgence de s’accomplir dans sa relation à l’autre. Une relation dans le vrai, sans chaîne.

AfficheNelsonHeureux ? On le serait à moins. À commencer par le succès phénoménal de Nelson, la pièce de Jean Robert-Charrier qu’il a mise en scène avec Jean-Pierre Dravel. Bientôt deux ans que Chantal Ladesou et ses partenaires provoquent l’hilarité avec cette comédie qui dénonce les dérives du végétalisme. « Chantal Ladesou est une véritable chef de troupe talentueuse et généreuse qui tient à la fois de Louis de Funès et de Jacqueline Maillan », confie Olivier Macé, encore émerveillé par le succès populaire. Remplir un théâtre de mille places pendant un an est rarissime ! » Tel un bouquet final, après les 400 représentations et les plus de 150 000 spectateurs, la troupe revient à Paris, au théâtre de la Porte Saint-Martin, pour les « 10 dernières irrévocables », du 21 juin au 3 juillet 2016, avec une captation télévisuelle par D8.

Après avoir laissé vivre la pièce en province pendant plusieurs mois, Olivier Macé va de nouveau goûter au plaisir de s’assoir dans les escaliers du théâtre, faute de places, pour savourer ce moment délicieux où la salle comble s’emplit de rires et de frissons. Ne serait-ce que pour cette enivrante émotion, il ne regrette rien. Ni sa première orientation ni son parcours atypique. Car rien ne le prédestinait au théâtre. Son père voulait qu’il fasse l’ENA. Une projection paternelle qu’il n’était pas prêt à consentir. Mais, pour lui faire plaisir, il poursuit ses études et obtient un doctorat en physique optique, et se spécialise dans l’infrarouge. Il se rappelle avec amusement qu’il était déjà intrigué par tout ce que l’on ne voit pas.

Olivier s’imaginait aventurier. Un rêve sans doute influencé par les déménagements fréquents de la famille en raison des mutations professionnelles du père. Il retirera de cette enfance nomade une grande facilité d’adaptation. C’est le sac au dos que l’adolescent parcourt ensuite l’Europe, l’Inde et bien d’autres pays. Doctorat en poche, il travaille sur les avions furtifs dans un laboratoire de recherche aérospatiale (future EADS) qu’il dirige. Au bout de quatre années passionnantes, il ressent le besoin de troquer les chiffres contre les relations humaines. Un an de formation plus tard, faute de poste, il est licencié. L’optimisme chevillé à sa bonne étoile, Olivier Macé y voit une chance d’ouvrir son horizon professionnel. Il répond à une annonce qui recherche des consultants dans le management des risques. Son parcours original plaira, il restera dix ans à DNV (Det Norske Veritas), pour laquelle il audite les grandes entreprises pour analyser les risques sur les personnes, les machines et l’environnement. Dix ans plus tard, las de voyager, il propose de créer le département des ressources humaines qui n’existait pas, et en devient le directeur.Actu revisité

Le théâtre est entré un peu par hasard dans la vie de ce directeur des ressources humaines. Poussé par une de ses amies de lycée, il suit des cours, il est doué et se pique au jeu des planches. Au cours d’une représentation, il est remarqué par Jean-Pierre Dravel, un grand metteur en scène qui cherchait un comédien pour sa pièce « L’homme à tiroirs » qui allait se jouer au théâtre de Nesle. Olivier est pris par l’ambiance, il s’y voit déjà… pas en haut de l’affiche, mais à la direction des comédiens. Il a besoin de diriger, son passé de meneur d’hommes l’y incline, son caractère affirmé le lui impose. Il fait alors une offre à Jean-Pierre Dravel : être son assistant tout en étant acteur. Le metteur en scène accepte de lui apprendre toutes les ficelles du métier. Alors, pour Olivier, commence une belle aventure.

Avec « Ladies Night », il remporte en 2001 son premier Molière du spectacle comique. Les propositions s’enchaînent, le rythme aussi. En 2004, il finit par démissionner de DNV pour se consacrer entièrement au théâtre. L’entente et la complémentarité des deux metteurs en scène les incitent à former un binôme, « L’aigle à deux têtes » comme on les surnomme dans la profession. En 2000, lorsque ce duo s’est mis en place, les directeurs de théâtre et les comédiens étaient dubitatifs. « C’était inédit à l’époque, explique Olivier Macé, ponctuant sa phrase par un rire amusé. En fait, Jean-Pierre et moi, nous nous complétons. Lui a une vision globale de la mise en scène, moi j’orchestre l’organisation, je coache les comédiens. » Formule gagnante, puisque le binôme compte une soixantaine de pièces depuis quinze ans, sans heurts et avec bien des réussites qui le confortent d’avoir choisi la voie royale, même difficile et hasardeuse, de cet art pour lequel il s’est découvert une ferveur insatiable. Ce qu’il préfère, c’est mettre en scène des auteurs vivants, avec lesquels les échanges sont passionnants, et défendre leurs pièces. « De nos jours, quoi qu’on en dise, il y a encore de bons auteurs et de bons sujets qui parlent aux gens et qui dénoncent avec le rire, sans méchanceté, les dérives sociétales. »

Mais ce grand boulimique de travail en demande plus à la vie. Il  crée une société de coaching avec l’idée d’aider son prochain et lui faire profiter de sa longue expérience dans les relations humaines et dans la direction de comédiens. En parallèle, il co-écrit deux livres avec Sonia Dubois dont « Coachez vos vies », publié chez Flammarion. Sa curiosité boulimique ne s’arrête pas là. Toujours aussi intrigué par le non visible, le scientifique de formation s’initie à l’astrologie et assimile cette « science » des astres pour améliorer sa pratique dans le management et la direction des comédiens. Avec leur signe zodiacal, il sent d’emblée comment gérer au mieux les personnalités dans un groupe où la cohésion est capitale. Il a d’ailleurs dans ses tiroirs un manuscrit co-écrit avec Laura Jarnon, « Astro-boulot ». « Lors de ces dernières années de coaching en entreprise, j’ai pu mesurer combien la souffrance au travail était réelle. Avec l’astrologue Laura Jarnon nous avons disséqué les douze signes et dégagé les 244 combinaisons possibles. » Il ne manque rien à cet ouvrage vulgarisé, pédagogique et nourri d’exemples vécus, si ce n’est un éditeur intéressé par ce thème porteur dans une société qui a si mal au travail.

Que peut souhaiter ce Bélier, ascendant Sagittaire, lune en Lion de 53 ans ? La protection céleste est acquise, puisque posséder les trois éléments (feu en l’occurrence) est une rareté en soi. « C’est un luxe de pouvoir faire ce que l’on désire, au moment où on le veut, et que cela marche », reconnaît-il, conscient de sa chance. Alors, que lui souhaiter ? D’autres mises en scène ? Son carnet d’actualité est déjà rempli de pièces qui se jouent en ce moment et à venir (voir encadré). Ah, mais si, il y a un rêve qui reste à accomplir, qui relève de la pure logique d’un tel parcours. Posséder un théâtre, en être le directeur et décider de tout. « J’en ai un peu assez de jouer le rôle de VRP pour proposer mes pièces auprès des théâtres, souffle-t-il, la fibre du manager émoustillée. Toutes mes expériences tant dans le management que dans la mise en scène me conduisent naturellement vers la direction d’un théâtre et la transmission de mes connaissances. » Est-il nécessaire de croiser les doigts pour lui ? Un magnifique trigone sur sa roue astrale, une bonne dose de talents et d’envie, avec une grande ouverture à tous les possibles… Bref, des atouts de poids dans un jeu de hasard et de rencontre qui ne peuvent que dérouler le tapis rouge devant Olivier Macé pour que ses aspirations deviennent douce réalité.

 

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