« Monsieur Nounou », une fanfaronnade endiablée !

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

 

Imaginez-vous au fin fond de la campagne… à Courbevoie, à l’ère naissant du téléphone, dans une maison bourgeoise avec maître et domestiques aux mœurs coquines. « Monsieur Nounou !« , une pochade signée par Georges Feydeau et Maurice Desvallières, revient en fanfaronnade sur les planches du théâtre Rive Gauche. Comédie délirante en un acte, Luq Hamett a opté pour une mise en scène respectueuse d’un XIXe siècle finissant en jouant avec les inconvénients de la modernité, comme les pannes d’électricité ou l’installation d’une baignoire sans eau courante et placée sous le téléphone. L’adaptation d’Emmanuelle Hamet confère à un texte déjà drôle et enlevé une dimension moderne. Les artistes, quatre hommes déjantés face à une femme survoltée, s’amusent follement. L’humeur est à la gaudriole, à la démoralisation des mœurs… et ça fait un bien fou !

Madame Veauluisant (qu’on entendra seulement vitupérer au téléphone) est très à cheval sur la bienséance dans sa maison. Elle a décidé de renvoyer Justine, la femme de chambre et nourrice de leur fils Nestor, en raison de son libertinage. Elle somme son mari, un député non moins volage, de lui donner son congé et de la remplacer par Blanquette Mitouflet, une Bourguignonne au lait et aux mœurs irréprochables. Pendant ce temps, Balivet, un jeune clerc de notaire, transi d’amour pour Justine, la poursuit d’une cour assidue, n’hésitant pas à s’infiltrer en secret chez les Veauluisant. Mais la chasse est gardée. Médard le domestique entend sauvegarder son pré carré. Aussi, lorsqu’il surprend son rival dans la maison, c’est tout naturellement qu’il cherche à le tuer. Le clerc de notaire se réfugie dans la chambre de sa dulcinée. Au moment où son sort semble en être jeté, il en ressort habillé en nourrice, sous les regards concupiscents du député, du majordome et du neveu un peu dérangé qui la prennent pour la nouvelle nounou !

Si l’histoire met un peu de temps à s’installer, dès l’entrée de Tex, le rythme s’accélère, s’endiable et se nourrit des interactions électriques des quatre autres comédiens. Une même énergie les unit, l’une étant le marchepied de l’autre. Et la tension monte d’une marche, à mesure que les personnages se découvrent et s’affrontent. L’animateur des Z’amours montre une jubilation évidente d’être sur scène et la partage avec un public ravi. Seule femme de la pièce, Belen Lorenzo, auteure et comédienne de boulevards, déambule et se contorsionne avec aisance, tenant son énergique partition avec panache. Éric Massot, co-créateur de la troupe Les Robins des Bois, offre à Médard l’image du cocu illégitime revanchard, prêt à tout, aussi bien à imiter le coq qu’à tuer. Jacques Bouanich campe un M. Veauluisant convaincant, le baladant entre courage et lâcheté selon les forces en opposition. Quant à Lionel Laget, il incarne avec malice Catulle, le neveu obnubilé par le sexe opposé, attardé… mais ô combien futé !

Des personnages hauts en couleur, des situations cocasses, un décor et des costumes d’époque… avec des allusions contemporaines. Tous les ingrédients sont là pour un vaudeville loufoque revisité. Les spectateurs rient de bon cœur et sourient, complices, lorsqu’ils se font surprendre par une connexion au présent ! Les références musicales viennent souligner le burlesque des situations comme avec « Le téléphone pleure » de Claude François. Les références à l’actualité sont légion comme le député Veauluisant qui se déclare « en marche » ou qui insiste sur l’importance d’être présent à la « Chambre ». Cette idée de dépoussiérer un texte peu joué et de lui appliquer un vernis luisant de modernité, outre de déclencher un décalage humoristique, met en relief la répétition de l’Histoire. Les époques changent, mais l’impuissance du néophyte face aux nouvelles techniques est une donnée générationnelle avérée. Quant à la vie dissolue ou amorale des politiques, elle a traversé les siècles et en traversera bien d’autres…, mais ça, c’est une autre histoire !

 



« Monsieur Nounou ! »
 
Auteurs : Georges Faydeau et Maurice Desvallières

Adaptation : Emmanuelle Hamet

Metteur en scène : Luq Hamett

Avec Tex, Belen Lorenzo, Eric Massot, Jacques Bouanich et Lionel Laget.

 

Musique originale : Christian Germain

Décors : Claude Pierson

Construction : Les ateliers décors

Direction Bruno Metzer en accord avec « Ca se joue ».

 

Au Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaîté, Paris XIVe

Du 20 mai au 30 juillet 2017, du mardi au samedi 21 heures. Matinées les samedis à 17 heures jusqu’au 1er juillet inclus et les dimanches à 15h30. Relâches exceptionnelles les 24 et 25 juin 2017.

 

Durée : 1h30

 

 




 

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