“Meurtres en haut lieu”, Hubert Letiers

 

Extrait

“De son côté, Azani avait passé une nuit calamiteuse à patauger dans les dossiers déjà classés des trois premières victimes. Il stagnait toujours au point mort. À un détail près. Les trois défunts – un secrétaire d’État, un haut fonctionnaire de Bercy, et un président de Conseil régional – avaient bien trouvé la mort à une dizaine de jours d’intervalle, chacun dans des circonstances à l’évidence accidentelles. Pour le premier, une collision avec un chauffard récidiviste, ivre et “cocaïné”. Pour le second, arrêt cardiaque au cours d’un match de tennis amical. Et pour le dernier, suralimenté au Viagra, un AVC pendant ses ébats torrides avec une escort-premium.

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

 

La jeune maison d’édition ReadMyBook frappe juste avec son premier thriller “Meutres en haut lieu“, d’Hubert Letiers. Ce roman policier plonge le lecteur dans les arcanes du pouvoir et de ses abus. EOS, un justicier informatique, entend faire un ménage anticorruption radical dans les hautes sphères de l’État. Il a dans son viseur pas moins de trente-deux personnages publics dont il a prédit la mort dans un manuscrit. Pour nous raconter l’enquête, Hubert Letiers brise les codes et en réinvente d’autres, façon 3.0. Il donne le pouvoir absolu au tueur en série, un don d’ubiquité informatique qui lui permet de mener le jeu, d’inciter celui de ses adversaires, de parer tous leurs mauvais coups et de leur infliger un “échec et mat” retentissant… et définitif. Un récit original dans sa conception, avec un style narratif direct et nerveux, qui sait susciter la curiosité et maintenir la tension. Une réussite de bout en bout, jusqu’à une fin qu’on aimerait temporaire.

En février 2017, un étrange manuscrit tombe entre les mains d’un commandant de police, Mattéo Azani. Apocalypse Now est un roman rondement écrit, mais étonnamment prédictif. Il met en scène la fin de vie de personnalités publiques, en citant clairement le lieu, la manière et la date du trépas. Tout d’abord circonspect, Azani se lance sur la piste de ce qu’il croit être un déséquilibré. Très vite, une relation virtuelle s’installe entre EOS et lui, le premier ayant un plan pour le second. Peu à peu, son enquête dérange. Ses supérieurs hiérarchiques entendent étouffer les scandales qui menacent de les éclabousser. On veut sa tête. Nulle part en sécurité, le commandant de police disparaît dans la nature pour mieux torpiller les accusations tandis qu’il cherche toujours les véritables intentions d’EOS.

L’auteur maîtrise son sujet. Après 25 ans passés à restructurer des entreprises, en 2012, il s’éloigne de cette industrie financière qu’il juge délétère et se met à écrire. Dénoncer est plus approprié. En filigrane de ce thriller bien ficelé, au verbe-choc et à la verve cynique, c’est l’écœurement d’un système qui ressort. Un système de trafic d’influence, de fraude fiscale, de corruption qui est de moins en moins toléré par la société. La France serait classée 23e par une ONG spécialisée sur la lutte contre la corruption. Aussi, un tel livre qui expose les manigances, les collusions au sommet de l’État, par intérêt personnel et non pour le bien commun, ne peut que trouver son public ! Surtout quand un génie de la physique quantique sème ses petits cailloux, non pas pour retrouver son chemin, mais pour enrayer la mécanique. EOS, dont la psychologie complexe émeut, s’invite dans le monde réel en évoquant ces héros des temps modernes si mal reconnus et protégés par la loi : les lanceurs d’alerte. Ce thriller à résonance prémonitoire publié en pleine tempête médiatique de la campagne présentielle de 2017 ne pouvait pas rêver meilleure rampe de lancement !

 

Éditions ReadMyBook, juin 2017, 256 pages, 19 euros.



 

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