Maria Callas, quand la diva révèle la femme

 

 

 

ÉVÉNEMENT/ACTU

par Nathalie Gendreau

 

Déjà quarante ans que la divine Maria Callas s’en est allée, léguant à la postérité des morceaux d’immortalité. En cette fin d’année 2017, l’hommage est aussi vibrant que vivace au travers d’un livre de cuisine, de trois livres mémoires, une exposition et un film documentaire. Le 11 décembre dernier, l’éditeur Thierry de La Croix et le réalisateur Tom Volf ont évoqué la diva avec passion, au cours d’une soirée d’exception du Club des Millefeuilles, à l’hôtel Lancaster Paris.

 

Tom Volf raconte l’aventure du projet multiforme “Maria by Callas”

Maria Callas est toujours là, avec nous. Sa prestance, son regard, son aura, et surtout sa voix. En elle, tout était profondeur, clarté, émotions. La postérité l’a accueillie en son sein à jamais, reconnaissante et comblée, qu’on aime l’opéra ou pas, et la célèbre cette année 2017 pour les quarante ans de sa disparition. Thierry de La Croix, fondateur des éditions Michel de Maule, et Tom Volf, réalisateur, photographe et auteur, qui ont en commun leur passion pour la Diva, ont remué ciel et terre pour mener à bien leurs projets d’hommage. Le 11 décembre 2017, dans le cadre du Club des Millefeuilles, c’est au Monsieur Restaurant privatisé du prestigieux Hôtel Lancaster Paris, dans un décor chargé d’Histoire, que les magnifiques lustres en verre de Murano ont réverbéré la voix unique de la Diva. Ce soir-là, le menu s’est décliné en partitions bellissima afin d’enchanter les papilles et réenchanter la mémoire vivante de Maria Callas.

Aussi gourmande que gourmet

Sous l’œil vigilant du maître sommelier Jean-Luc Jamrozik, du chef cuisinier Sébastien Giroud et du chef pâtissier Hugo Correia, la ronde des mets salés et sucrés et des vins ronds et chaleureux faisait écho aux goûts culinaires de Maria Callas. Celle qui avait sculpté sa silhouette à coups de régimes était, paradoxalement, aussi gourmande que gourmet. Elle adorait découper des recettes de cuisine dans les magazines et journaux. Elle avait même enrichi sa bibliothèque de livres de cuisine édités dans toutes les langues. Voici presque cinq ans que Thierry de La Croix, éditeur de Michel de Maule, s’est engagé dans ce projet de livre constitué des recettes préférées de Maria Callas avec l’auteur Bruno Tosi, qui décède peu après la signature du contrat d’édition. Ce n’est qu’en février dernier que « Maria Callas, la divine en cuisine » est parue dans la collection « Dîner chez… », après le livre de recettes de Marlène Dietrich (Dîner chez Marlene, de Georg A. Weth – mars 2016). « Maria Callas, La divine en cuisine est la synthèse des éditions parues en Italie, en Allemagne et au Portugal, précise l’heureux éditeur. C’est la version la plus aboutie. »

Tel un carnet de voyage gustatif

“Maria Callas, La divine en cuisine” (34,50 €)

Le journaliste vénitien Bruno Tosi a bien connu Maria Callas. Sa passion pour la Divina a fait de lui l’un des plus grands collectionneurs d’objets lui ayant appartenu ou qui lui avaient été prêtés comme ses costumes de scène. Dans son ouvrage de recettes, tel un carnet de voyage gustatif, il raconte avec fougue une Maria Callas différente et insoupçonnée, qui se promène sur les terres de la gastronomie en Italie, à New York ou en Grèce, fréquentant les plus grands restaurants et goûtant au fin du fin. L’auteur y dévoile ses goûts au travers de recettes classiques grecques, françaises, italiennes, mais aussi américaines. Ces recettes sont ponctuées de magnifiques photos intimes de la Diva en tablier de cuisine ou attablée avec l’amour de sa vie, Aristote Onassis. On y retrouve le carpaccio avec sa sauce dite « universelle », son plat préféré lorsqu’elle était à Venise et qu’elle dégustait au Harry’s Bar. Ou le soufflé de homard « Mantua » dont elle se régalait chez Maxim’s, lorsqu’elle résidait à Paris.

“J’ai passé mes 28 premières années sans connaître Maria Callas”

Un autre amoureux de la Diva fait grand bruit cette année. Il s’appelle Tom Volf, il est jeune et tout aussi passionné que Bruno Tosi. Il n’a pas connu la cantatrice, et ne la connaissait pas jusqu’à la révélation, il y a cinq ans, lorsqu’il entend sa voix dans Lucia di Lammermoor (Donizetti) sur YouTube, en janvier 2013. Ce fut le coup de foudre, une rencontre rare, de celle dont on se sent grandi, qui pousse à se dépasser, à sublimer les difficultés, à combattre le découragement. « J’ai passé mes 28 premières années sans connaître Maria Callas, confie le réalisateur. Alors j’ai voulu tout connaître d’elle. J’ai tout lu, tout écouté, tout visionné. Mais je gardais une frustration, je ne parvenais pas à discerner qu’elle femme elle était, comment elle avait vécu ce destin hors du commun, quel était sa vision de son monde et de son art. J’ai réalisé très vite que cela n’existait pas. » Alors il s’est lancé dans l’aventure de créer un film où Callas raconterait Maria, où il tiendrait le rôle du messager, avec l’envie de transmettre ce qu’il avait collationné et appris.

Une collection foisonnante à laquelle il restait à insuffler la vie

Affiche du film documentaire “Maria by Callas”

La voix de la cantatrice l’a accompagné tout au long de ce pèlerinage qui devait le conduire vers la femme qui se cachait derrière la diva, récoltant des témoignages uniques et inédits, comme ceux de ses proches que la pudeur et la fidélité avaient jusque-là bâillonnés. Mais la pureté de l’intention de Tom Volf a convaincu, et sa curiosité et son ardeur ont fait le reste. Il a parcouru les quatre coins du monde, consultant les archives des journaux, des radios et des télévisions, rassemblant une mine de photographies et d’images, publiques et privées, une collection foisonnante à laquelle il restait à insuffler la vie. Peu à peu, l’idée du projet Maria by Callas prenait forme, et notamment celui d’un film documentaire (sorti dans les salles de cinéma le 13 décembre 2017). Mais encore fallait-il trouver un producteur ! Tom Volf a essuyé beaucoup de refus jusqu’au jour où une productrice a perçu l’originalité du projet et surtout son authenticité. Car dans ce film le vrai visage de la femme est dévoilé par la voix même de la Callas, hormis celle de la sublime Fanny Ardant qui lit quelques lettres écrites par Maria. Ainsi, la diva se raconte, invitant le spectateur ébahi dans les coulisses de sa vie de femme au destin hors norme.

Plus vivante que jamais

Mais ce n’est pas tout ! Dans son périple, Tom Volf a rassemblé une telle masse de documents, les uns plus précieux et inédits que les autres, que le film documentaire s’est vite révélé un canal de transmission insuffisant. Alors, il a mis sur pied une exposition à La Seine Musicale de Boulogne qui a ouvert ses portes le 16 septembre dernier, jour du décès de la Diva, et qui vient de les fermer. Puis deux livres sont parus (Maria by Callas, In Her Own Words, éditions Assouline, et Callas Confidential, aux éditions de La Martinière). Le troisième ouvrage Lettres et mémoires inachevés à paraître chez Fayard est prévu pour Noël. Il réunit les mémoires inachevées de la cantatrice, ainsi que des lettres adressées aux personnes les plus chères à son cœur. Par ailleurs, une collection d’enregistrements a été publiée en collaboration avec Warner Classics, soit 42 CD couvrant la période de 1949 à 1964. C’est ainsi que de néophyte curieux, Tom Volf est devenu un passionné de l’une des plus grandes icônes de l’art lyrique qui, loin de la démythifier, la rend plus vivante que jamais. « Il y a deux personnes en moi, Maria et La Callas », disait la Diva. Tom Volf aura réussi la prouesse de réunifier les deux personnes en un destin commun, fabuleux et exigeant, réconciliant la vie privée et la vie publique.



 

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