“L’homme qui voulait toucher le ciel”, Tanis Rideout

Résumé

1924. George Mallory part à la conquête de l’Everest, laissant derrière lui femme et enfants. Il entreprend alors l’ascension de la plus haute montagne du monde en compagnie des membres de l’expédition dirigée par Norton, parmi lesquels le jeune Andrew, qui lui voue une admiration sans bornes et est prêt à tout pour atteindre le sommet. Alors que George se bat contre le froid, le vent et la neige, Ruth affronte une Everest symbolique, faite de souvenirs, d’attente, de doutes. Avant de partir, George lui a promis que ce serait la dernière fois, et elle l’a cru.

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

 

Tanis Rideout souffle à son héros, George Mallory, les mots de Dante, alors qu’il retrouve sa montagne, le mont Everest, enfin : « Avant moi, rien n’a jamais été créé qui ne soit éternel, et moi je dure éternellement ». Tout est dit de la passion que porte l’alpiniste pour la plus haute et encore vierge cime de l’Himalaya. L’auteure signe avec « L’homme qui voulait toucher le ciel » une épopée à cisailler le souffle, menée avec finesse jusqu’à l’acmé du suspense.

George Mallory, homme de stature imposante, au regard aussi profond qu’un ciel pur, est un personnage de légende qui n’a cessé de vouloir grimper jusqu’à la plus mystérieuse des cimes, lui vouant un amour inconditionnel qui l’a poussé à trois reprises à quitter femme et enfants pour risquer sa vie à la conquérir. Après deux échecs, il fait partie de la troisième expédition en 1924. C’est un immense bonheur pour lui et une déchirure béante dans le cœur de Ruth qui voulait croire aux promesses de son mari de rester pour toujours à ses côtés. Qu’y peut-il ? La montagne le démange, l’écho de l’Everest le hante, le happe par les sentiments de gloire et de renommée, telle une maîtresse exigeante et implacable.

Selon le principe d’alors, « grimper haut, dormir bas », on s’immerge dans les stratégies de l’ascension, lente et fastidieuse, dans un quotidien où chaque geste est économisé, calculé, périlleux. On tutoie les dangers de l’altitude qui comprime le cervelet, du froid qui glace les poumons, du vent qui asphyxie, du soleil qui brûle, de cette montagne mangée par le glacier qui vit et la rend méconnaissable d’une expédition à l’autre, un endroit magique et terrifiant où le moindre oubli sème des morts sur des pentes verglacées ou enneigées.

Tanis Rideout nous décrit deux histoires qui cheminent en parallèle par pensées interposées. Celle de George qui se hisse, luttant chaque jour pour sa vie et celle de ses compagnons d’expédition, dans des conditions extrêmes à des hauteurs jamais atteintes. Puis celle de Ruth qui sombre doucement, jour après jour, dans un quotidien qui s’étire dans l’attente, les doutes, puis le chagrin et les remords de ne pas avoir dit à son mari qu’elle l’aimait au moment de la séparation.

Le style de l’auteure est à l’image des paysages abrupts, escarpés, aux décrochés soudains, aux crevasses vertigineuses. À mesure de l’oppressante ascension, la lecture devient instable, inconfortable, chaotique, déconcertante. Sous une plume saccadée, George et Ruth se remémorent leur famille, leur rencontre, les naissances, leur vie dans l’amour et le rire. L’air de rien, le réel et le souvenir finissent par se superposer, s’emmêler, se tricoter. On cherche son chemin dans ce brouillard épais, l’altitude y est pour beaucoup, le froid aussi. Le froid de l’Everest et le froid d’un lit vide. Plus on se rapproche du nirvana ou de l’enfer, plus les héros se perdent dans leurs délires. Seul leur amour va réussir à les ramener l’un vers l’autre.

L’écriture, lente à se mettre en place, désarçonne, mais prend tout son sens au fil des épreuves du couple. Elle est intelligente, puissante, sans esbroufe, et fait si bien résonner la pureté des êtres avec celle de l’Himalaya. Accrochez-vous à cette histoire, inspirée de faits réels, fortement documentée, qui fait frissonner au sens propre du terme. Alors peut-être toucherez-vous du doigt la vérité de George sur les raisons de cette attirance mystique et impérieuse. « Parce qu’il est là-haut », répondait-il à ceux qui ne comprenaient pas.

 

Ed. Milady, mars 2016, 478 pages, 7,90 €.

SP

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.