“Les chemins de Garwolin”, Evelyne Dress

 

EXTRAIT

“À l’est rien de nouveau.” Je n’avais rien appris que je ne sache déjà : mes grands-parents habitaient Zelechow, et non Garwolin comme je l’avais lu sur la carte d’identité de mon père ; mes oncles et mes tantes avaient des noms yiddish et Cywia ne s’appelait pas Sylvia. Toutefois, je commençais à éprouver de l’angoisse, une incapacité grandissante à comprendre la folie des hommes. Une question m’obsédait : c’est quoi être juif ? Une race, un peuple, une culture, une nationalité, une ethnie, une pensée unique, une secte, une religion ?

 

Avis de PrestaPlume “Coup de cœur”

Avec son cinquième roman “Les chemins de Garwolin”, Évelyne Dress entraîne son héroïne dans une magnifique et passionnante aventure à la fois familiale et personnelle. À la mort de son père, Sylvia Gutmanster s’interroge sur ses ancêtres qui ont fui la Pologne en 1921, sur ses racines juives et son “impossibilité à faire correspondre le dedans et le dehors” de son être. Elle renie sa judéité et tente de la cacher, même si elle n’est juive que par son père qu’elle adorait. Malgré elle, une rivalité entre le respect des traditions et une propension à vouloir s’en libérer la tourmente sous la forme d’une voix intérieure qui ne cesse de la harceler à coups de “non” autoritaires, s’opposant à tout désir et décision.

La disparition du père, et avec lui de l’histoire familiale, donne la force à Sylvia de partir en Pologne. Elle ne connaît pas la langue ? Peu importe, Dieu y pourvoira ! Confiante, elle se lance dans l’expédition, armée de courage, d’un vélo comme moyen de locomotion et du seul indice connu : le lieu et la date de naissance de Samuel, son grand-père. Arrivée à Garwolin, Sylvia est prise dans un tourbillon de démarches, de révélations, d’expéditions et d’événements singuliers qui va la propulser hors du temps, un temps où la croix gammée projetait son ombre funeste sur la communauté juive.

La quête de Sylvia sur ses origines, qui se transforme peu à peu en enquête policière, va la transporter dans un espace-temps autre, mêlant histoire, religion et surnaturel. Quand les personnages du passé ressurgissent pour la guider, quand le voile sur ses véritables origines se soulève, Sylvia se dépouille progressivement de ses freins, peurs et croyances, pour s’ouvrir à la vérité qui chemine vers elle depuis le début de son pèlerinage à Garwolin. C’est à ce moment précis de sa vie que l’amour choisit de venir à sa rencontre, mais sous une forme inattendue. Elle qui se croyait “vaccinée des hommes juifs” se voit foudroyée d’amour lors d’un de ses voyages mystérieux hors du temps. Et cette formidable quête de ses racines va coïncider avec cette quête du bonheur à laquelle elle avait fini par renoncer.

Évelyne Dress puise dans son roman familial tous les ingrédients d’un excellent récit de reconstitution et de décodage d’une histoire personnelle tragique, non dite, reléguée au passé, mais transgénéalogiquement léguée, qu’on le veuille ou non. L’auteur a su créer un univers irréaliste auquel on croit, dur comme fer, repoussant les limites de la logique, ce qui vient en soutien du cheminement psychologique de l’héroïne. L’écriture, intense et fluide, aux références religieuses foisonnantes, tient en haleine. Un superbe moment de lecture qui vaut un coup de cœur retentissant et reconnaissant.

Éditions Glyphe, septembre 2016, 280 pages, 18 €.

 

[wysija_form id=”2″]

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.