« Les Affranchis », Jean Monville

 

Extrait

« Je suis parti à toute allure dans ce roman, mais maintenant je patine lamentablement« , songea-t-il, dépité. Depuis une heure il tapotait sur son ordinateur avec un manque d’enthousiasme qui le navrait. Il était pourtant merveilleusement bien installé en plein air sur une table de bois, à l’écart des cris des enfants et protégé de l’ardeur du soleil par une casquette de base-ball. Devant lui, au-delà des buissons et des grandes herbes du rivage, son regard balayait la baste étendue du lac dont la surface lisse et brillante était à peine troublée par de légers souffles de vent.

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

 

Une fois à la retraite, l’ex-président de SPIE (*) Jean Monville écrit l’histoire de son entreprise, puis « Puzzle », un roman qui relate des tranches de vies qui se croisent. Dans la même lignée, « Les Affranchis » est une chronique qui raconte l’histoire de trois amis d’enfance. En convoquant leurs souvenirs, Édouard, Henri et Jean-Charles vont raviver un réel révolu mais qui va ressurgir avec plus d’acuité. À la fin de leurs études d’ingénieur, ces hommes qui rêvaient de réussite professionnelle se sont affranchis d’une vie conventionnelle. Refusant toute attache, ils préféraient l’aventure et les grands espaces à une vie amoureuse et familiale routinière. Ils y gagneront des émotions fortes, des amours trahies et des regrets secrets. À l’image du film de Marc Esposito, « Le cœur des hommes », le roman de Jean Monville guide le lecteur avec justesse jusqu’au cœur de ces hommes qui s’interrogent et se livrent en toute honnêteté sur la façon dont ils ont vécu les événements marquants de leur vie, leur rapport aux femmes et leurs erreurs.

Assagis par les épreuves et le temps, après une carrière bien remplie, Édouard, Henri et Jean-Charles mènent une existence sereine. Alors que tout paraît joué, le hasard va venir bouleverser leur quotidien. En cause, des nouvelles que la femme d’Henri retrouve dans une boîte d’archives. Elles avaient été écrites il y a plusieurs années par les anciens de l’école d’ingénieur, dont celles d’Édouard, Henri et Jean-Charles, pour le concours organisé par leur cercle littéraire. Au même moment, Édouard rencontre Henri sur la Croisette, à Cannes. C’est un hasard inouï, car il vit au Canada où il est devenu un auteur réputé. Dans l’effervescence des retrouvailles, ses amis le persuadent de reprendre l’écriture des nouvelles, en prévision d’une publication. Ce projet est l’occasion pour Édouard, Henri et Jean-Charles de se pencher sur leur parcours professionnel et leur vie affective. Mais les souvenirs enfouis n’aiment pas être réveillés…

Avec « Les Affranchis », Jean Monville souligne l’impermanence des situations. Raviver les fantômes de l’oubli n’est pas sans risque pour l’équilibre individuel et, par ricochet, pour la solidité du couple. Au fil des chapitres, de façon non linéaire, les confidences et les souvenirs permettent de reconstruire le passé. L’alternance entre la narration chorale et les nouvelles qui s’insèrent dans le roman est une construction originale, bien que parfois déstabilisante.  Les pièces du puzzle finissent par se mélanger. D’autant que le roman est traversé par l’apparition fugace de nombreux personnages secondaires. Le lecteur se doit d’être assidu et concentré pour ne pas s’égarer. Mais, une fois la structure du roman identifiée, la persévérance est récompensée par un dénouement inattendu.

 (*) SPIE est une société spécialisée dans les domaines du génie électrique, mécanique et climatique, de l’énergie, des réseaux de communication.

Editions Michel de Maule, mai 2017, 228 pages, à 20 euros.



 

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