« Le switch », un trio gagnant

THÉÂTRE & CO 

Avis de PrestaPlume  ♥♥♥

Critique éclair

Au théâtre d’Edgar se joue jusqu’au 15 janvier 2022 une comédie légère, malicieusement machiste, sur les rôles attribués à l’épouse et à la maîtresse. Que se passerait-il s’ils étaient intervertis ? C’est la question posée par Marc Fayet, l’auteur de la pièce « Le switch ». Sur un ton badin, irrévérencieux, le texte aux cent pulsations minutes entraîne les comédiens dans une course survoltée qui décoiffe ou ébouriffe. C’est selon qui Philippe (Alexandre Pesle) honore de sa présence. Chez sa femme (Emmanuelle Boidron), il est le mari prévenant, empressé à complaire ses quatre volontés, supportant ses humeurs. Chez sa maîtresse (Capucine Anav), il se transforme en mâle dominant, flattant « sa canassonne »… beaucoup plus jeune et un tantinet inculte, mais à l’encolure si affriolante ! Le rythme tantôt pépère, tantôt endiablé, est accentué par une mise en scène de Luq Hamett précise qui privilégie l’énergie en tout lieu par des entrées et sorties en coulisses incessantes. Dans la même veine, les décors « switchent » entre le domicile de l’épouse et celui de la favorite. Drôle par le renversement de la situation et le comportement inattendu des deux femmes, « Le switch » fait passer un bon moment de détente… sans essoufflement !

Résumé

Pour assurer une double vie, il faut avoir une vitalité de recordman. Depuis dix ans, Philippe conjugue à merveille son rôle de mari et d’amant. Comme souvent, l’épouse et la maîtresse ignorent l’existence de l’autre. Mais un jour, se découvrant une rivale, la légitime la convoque dans un parc. Si Lise est une femme mûre, Line montre une jeunesse insolente. De la génération « open-bar », celle-ci se doutait bien qu’il y avait un loup quelque part, et là on ne parle pas de marin-pêcheur, ce que Philippe est censé être. Gobant tous les mensonges de son Philou, elle ne jure que par le jeu sado-maso équestre auquel le couple adultérin se livre avec fougue. Décidées à quitter ce dissimulateur invétéré, Line et Lise préfèrent cependant le ménager en changeant de comportement. Elles espèrent ainsi l’inciter à rompre avec les deux. En vain. À force de déployer des trésors de persuasion, Philippe use les bonnes résolutions des deux femmes qui optent pour une tactique… moins conventionnelle. Et si elles permutaient leurs rôles ? Lise aimerait bien expérimenter les courses hippiques coquines et connaître le plaisir d’être l’impétueuse monture de son cavalier. Quant à Lise, elle serait bien tentée de gouter aux joies d’un week-end en amoureux, au bord de la mer, à écouter son Philou lui déclamer du Baudelaire. Mais voilà, ce n’est pas si simple de prétendre être une autre !

Pour approfondir

Avec « Le switch », Marc Fayet lâche la bride en faisant le pari d’une pièce loufoque aux réparties qui fouettent le rythme sans discontinuer. Être à cheval entre deux foyers est chose assez courante, mais imaginer une entente cordiale des deux femmes bafouées pour échanger leur place l’est un peu moins. Même si le sexe jadis réputé « faible » conforte sa « faiblesse » à l’arrivée des courses, le galop d’essai est assez concluant tant la dérision est une compagne de route amicale et les mœurs allégrement débridées. Dans le trio gagnant de cette histoire, il y a Philippe, le mari volage, qui manie la mauvaise foi comme on saute de monture, lestement et joyeusement. Et Alexandre Pesle excelle dans ce va-et-vient périlleux où il est tour à tour vendeur de tuyaux et marin-pêcheur de… sardines à l’huile. Leste et joyeux dans son jeu, il offre à son personnage toute la candeur infernale de sa duperie. Il est aussi soumis avec l’une qu’il est dompteur avec l’autre. Quant à Emmanuelle Boidron et Capucine Anav, elles endossent une casaque si typée qu’on ne peut les confondre. Deux tempéraments différents qui se jalousent un peu avant de s’affirmer dans ce qu’elles sont réellement. « Souvent femme varie, bien fol qui s’y fie », aurait dit François 1er, un des plus grands rois séducteurs, après une déconvenue amoureuse. Dans « Le switch », le proverbe sied comme un étrier à ce Philippe-là ! Un parcours sans faute !

Nathalie Gendreau
©Léonard


Distribution
Avec : Alexandre PESLE, Capucine ANAV, Emmanuelle BOIDRON

Créateurs
Auteur : Marc FAYET
Metteur en scène : Luq HAMETT

Décors : Claude Pierson
Construction : Les ateliers décors
Musique originale : Christian Germain

Du mardi au dimanche à 19 h ou 21 h (en alternance 1 semaine sur 2) et 1 dimanche sur 2 à 17 h 30 jusqu’au 15 janvier 2022. des horaires différents sont proposés les samedis et les dimanches.

Au théâtre Edgar, 58 boulevard Edgar Quinet, Paris XIVe.

Durée : 1 h 20

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