« Le Petit Coiffeur », plongée délicate dans les affres de la Libération

THÉÂTRE & CO 

Avis de PrestaPlume  ♥♥

Critique éclair

Avec « Le Petit Coiffeur », au théâtre Rive Gauche, Jean-Philippe Daguerre poursuit son immersion dans la Seconde Guerre mondiale entamée avec « Adieu Monsieur Haffmann » (4 Molières 2018, dont Meilleur Spectacle de Théâtre Privé et Meilleur Auteur). On se souvient avec grande émotion de cette pièce dont l’histoire se situe en 1942, au moment de l’obligation faite aux Juifs de porter l’étoile jaune. « Le Petit Coiffeur » évoque l’épuration, juste après la Libération, qui vient en contrepoint de la grandeur d’âme. Dès l’ouverture du rideau, l’atmosphère rétro téléporte la salle dans un temps encore sombre, impression renforcée par le mobilier et les costumes aux couleurs froides. Côté cour, la chambre de Pierre ; côté jardin, le salon de coiffure. Tels les recto/verso d’un livre grandeur nature dont les personnages tournent les pages. Ce livre joué relate un drame ordinaire de cette époque où délation et règlements de compte formaient le quotidien des villes libérées. Il se focalise sur un coiffeur également peintre qui tombe amoureux de son modèle, Lise, une veuve au lourd secret sur la conscience. Entre lyrisme et tension, les comédiens évoluent avec aisance. On est facilement projeté dans le drame intime de cette famille, partagée entre amour et devoir, qui voit un dénouement inattendu, tout en intelligence scénique.

Résumé

Nous sommes à l’été 1944. Chartres vient d’être libérée. La chasse aux collaborateurs est ouverte. La famille Giraud a payé son écot au tableau de l’honneur. Marie, la mère, figure de la résistance, gère le salon de coiffure pour femmes. Il y a un an, son mari a été dénoncé puis arrêté. Il ne reviendra jamais. Pierre a pris la suite, même s’il préfère peindre des femmes dont il imagine la nudité à travers les vêtements. On dit de lui qu’il a un certain talent. Un jour, Marie adresse une cliente à son fils, une institutrice, pour lui servir de modèle. Lise a un petit quelque chose en plus : elle est à la fois volontaire et fragile, sérieuse et légère, cultivée et troublante. Avec elle, c’est la vie qui est entrée dans le cœur de Pierre. Il la défendra jusqu’au bout des accusations de Léon et de son comité d’épuration. Bien qu’amant de Marie, Léon est-il prêt à fermer les yeux sur la prétendue culpabilité de Lise ? Le laissera-t-on l’arracher des griffes des bourreaux aveugles et revanchards, parmi lesquels il comptait jusque-là ?

Pour approfondir

La pièce de Jean-Philippe Daguerre, « Le Petit Coiffeur », montre avec acuité toute l’horreur et la tension de cette époque de liesse nationale ternie par la violence des rancœurs. Elle met en exergue les cas de conscience d’une famille prise dans la tourmente de la délation, où la raison et la déraison s’affrontent dans un combat aux armes inégales. Les passions, les privations et la haine de l’ennemi pèsent de tout leur poids dans la balance de l’injustice. Si des scènes emportent l’émotion, le drame qui se noue tout en dignité manque peut-être d’un peu d’audace et de piquant dans sa narration. On aurait aimé davantage de moments transcendants, comme celui où Marie déploie toute sa verve étincelante, évocatrice, séductrice pour convaincre son amant de l’aider à sauver sa future belle-fille. Au départ, les deux histoires de cœur qui cheminent en parallèle semblent atténuer l’unité de la pièce. Mais la rencontre entre les deux n’en sera que plus forte. En tendant l’une vers l’autre pour se fondre, elles rendent plus poreuses les frontières entre les morts et les vivants, les coupables et les innocents, la lâcheté et la vertu, la hargne et l’amour.

Ces nuances sont marquées avec justesse par chacun des comédiens, dont le rôle évolue au cours des événements. Félix Beaupérin revêt le costume d’un coiffeur effacé qui transcende sa timidité pour sauver la femme qu’il aime ; il attribue à son héros malgré lui une attendrissante fougue héroïque. Charlotte Matzneff est une Lise sensible et pétillante, éprouvée par nombre de malheurs qui la conduiront vers la faute ultime. Elle parvient à offrir à la coupable le visage de l’innocence. Brigitte Faure joue une mère aussi véhémente qu’aimante. Elle fait corps avec cette maîtresse femme charismatique qui entend préserver sa famille coûte que coûte. Son jeu est d’un réalisme saisissant et porteur d’émotions. Léon ne lui résiste pas. Qui le pourrait ? Romain Lagarde est parfait dans sa peau de résistant bourru et sanguin, qui se laisse attendrir. Arnaud Dupont tient le rôle de Jean, le fils aîné de Marie, un être différent. Il incarne la pureté de l’enfance. Il semble être tombé du Ciel pour protéger sa famille… avec le fusil de chasse de son père. Loin d’être accessoire, son personnage élève la pièce par sa candeur et sa joie de vivre inoxydable. Il sème autour de lui une légèreté et un grain de folie, essentiels à la respiration du cœur.

Nathalie Gendreau
©Fabienne Rappeneau


Distribution
Avec : Felix BEAUPERIN en alternance avec Eric PUCHEU, Thibault PINSON, Arnaud DUPONT en alternance avec Julien RATEL en alternance avec Thierry SAUZÉ, Brigitte FAURE en alternance avec Raphaëlle CAMBRAY, Romain LAGARDE en alternance avec Pierre BENOIST, Charlotte MATZNEFF en alternance avec Sandra PARRA

Créateurs
Auteur : Jean-Philippe DAGUERRE
Metteur en scène :  J
ean-Philippe DAGUERRE
Assistant mise en scène :  Hervé HAINE

Création lumières : Moïse HILL
Musiques :  Hervé HAINE
Décors :  Juliette AZZOPARDI
Costumes :  Alain BLANCHOT
Chorégraphie : Florentine HOUDINIERE

Du mardi au samedi à 19 h et le dimanche à 19 h jusqu’au 17 décembre 2021.

Au théâtre Rive gauche, 6 rue de la Gaîté, 75014 Paris.

Durée : 1 h 20

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