« La Riposte », Jean-François Hardy

Extrait (page 95)
« Un ronflement sonore monte de la réception. Kross a dû s’endormir en travers du comptoir. Assis au bord du lit, je repense à Khadija et à notre dispute de cette nuit. Après quelques jours d’errements dans la grisaille de l’ordinaire, je ne pouvais plus repousser. Alors, j’ai pris soin d’employer les bons mots, sans me laisser déborder par l’émotion. C’est fini, je quitte Paris, je ne serai jamais dans le rang des révoltés. Pour aller où, quand, faire quoi ? Je ne pouvais lui donner de détails, ce n’était pas encore fixé. Comment ça ? J’avais une dernière chose à faire avant de partir, mais j’avais besoin d’être seul pour ça. Quoi ? Quelque chose, elle ne comprenait pas. Ce n’était pas le sujet. Mais donc, on allait se revoir ? Non sûrement pas. C’était un adieu. »

« La Riposte », Jean-François Hardy

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

Dans « La Riposte », de Jean-François Hardy (Éditions Plon), la tragédie humaine s’exprime à travers le sombre quotidien de 2030. Une fois le roman reposé, son réalisme glaçant poursuit le lecteur. À lui seul, le titre apparaît comme une intrigante invitation à découvrir l’histoire, loin de s’imaginer la noirceur ambiante que le récit exsude à chaque page. En effet, qu’est-ce qu’une riposte, si ce n’est une réaction vive et immédiate à une attaque ? Celle de Jean-François Hardy est tout autre chose. C’est un embrasement, une émeute, un soulèvement… une répression ! Que des termes qui parlent fortement à l’imaginaire. Jean-François Hardy nous dresse un tableau terrifiant d’un monde en fusion, nourri par les pénuries et les violences. Dans cet enfer ordinaire, un couple s’aime et se déchire. Jonas prépare sa fuite dans un pays du Nord pour y gagner un avenir meilleur. Khadija, jeune révoltée prête à tout pour sauver le monde, refuse cet exil et veut l’enrôler. Choix cornélien pour Jonas balancé entre fuir et rester. Ce thriller d’anticipation se dévore avant de murir en soi. Le contexte happe, bouleverse, inquiète. L’histoire emporte, passionne, interroge. L’écriture claque, empoigne, captive. À lire de toute urgence, avant que l’actualité ne rattrape la fiction !

Résumé

La France de 2030 présente un visage décati, suintant de pauvreté et de morbidités ; une jungle urbaine en surchauffe où s’applique la loi martiale des plus puissants ; un foyer infectieux où l’espoir d’une victoire pour les uns le dispute à l’espoir de l’exil pour les autres. Jonas vit à Paris. Il fait partie des chanceux, il a un travail  : il est infirmier à domicile. Il visite les malades, soigne les moribonds, jonglant avec les médicaments en perpétuelle rupture de stock et rationnés ; parfois, il les accompagne dans la mort ; parfois, il les aide à mourir quand la souffrance est insupportable. Son rêve est de fuir la France devenue invivable, pour un pays du Nord, là où il trouvera la clémence du climat et la paix sociale. Divorcé, il entretient une relation charnelle avec Khadija, une révoltée qui offre sa jeunesse sur l’autel de la révolte. Elle soutient activement le mouvement illicite Absolum, qui gagne de plus en plus de sympathisants. Son slogan  : « Révolution pour la Terre ». Le grand jour de cette révolution est pour bientôt ! Désabusé, Jonas y voit un combat inutile qui ne peut conduire qu’à une mort inutile. Il aimerait convaincre Khadija de le suivre, mais il sait que c’est peine perdue. Alors, un jour, une fois la somme réunie pour le passeur, il fait ses bagages.

Pour approfondir

Plume au cabinet de la ministre de l’Écologie de 2019 à 2021, l’auteur était aux premières loges pour échafauder un monde au futur proche – si proche qu’on pourrait le qualifier de banlieue temporelle – qui serait le résultat logique et inéluctable de la lâcheté politique, économique, environnementale, sanitaire… Dans « La Riposte », aucune catastrophe ne nous est épargnée ; c’est un florilège du pire, et plus encore puisque l’espoir est vain, dessaisi de son sens. Que reste-t-il alors ? La survie, pour les plus courageux, les plus instinctifs. Mais survivre pour quoi, quand la dépouille mortelle n’est plus vue que comme un déchet à mettre à la benne à ordures ? Ce récit de l’effondrement pourrait-il faire écho dans l’esprit des décideurs ? Telle Cassandre qu’on n’écoute jamais, les alertes du pire pourraient rester lettre morte. Cette vision du monde cauchemardesque n’augure pas une fin heureuse, mais au plus profond de cette noirceur l’humanité se débat, les consciences se réveillent. Jonas saura-t-il regagner cette dignité que beaucoup ont abandonnée au profit de la survie ? Telle est la question qui se pose dans « La Riposte », l’horrible dilemme qui ne peut être résolu avec le mental. Dans un style direct, décomplexé, dépouillé, l’auteur nous montre en réponse possible une voie immuable, celle de l’amour qui pousse à devenir ce que l’on est  : un être libre de ses choix. Un être pensant et agissant pour les autres, et donc pour soi.

Nathalie Gendreau

Éditions Plon, 26 août 2021, 208 pages, à 18 euros en version papier et 12,99 euros en version électronique.

1 réflexion au sujet de « « La Riposte », Jean-François Hardy »

  1. 2030 ! Une date glaçante qui faisait déjà son chemin sur certains réseaux sociaux et dans le programme transhumaniste du forum de Davos. Cette fois, la qualité de l’auteur pourrait authentifier les interprétations pessimistes que certains font de la troisième révélation faite par l’apparition de la Sainte Vierge aux trois enfants du village de Fatima : la fin de notre Monde.
    Reconnue en 1930 par le Vatican, cette apparition aurait-elle inspiré l’auteur, talentueux semble t-il, qui situe son roman l’année du centenaire ? Collaborateur du Ministère de l’écologie il sait de quoi il parle, et si ce thriller d’anticipation est qualifié de roman, certains pourraient y voir une prophétie cachée à l’instar de celles trouvées dans les romans de Jules Verne ou George Orwell. Glaçant !
    Heureusement, Nathalie Gendreau nous rassure en semant des mots magiques dans sa découverte de l’ouvrage : « amour » bien sûr, mais aussi « Riposte » comme le titre choisi par l’auteur, et surtout « Révolution » le slogan de « Absolum » le mouvement auquel adhère la jeune Khadija qui choisit de se battre plutôt que de fuir pour suivre un amour semble t-il décevant.
    Alors, finalement, « glaçant » ou « chaud bouillant » ? Nous serons peut-être fixés avant 2030…surtout si « Riposte » nous inspire un mode de comportement. Merci Jean-François Hardy et Nathalie Gendreau pour nous indiquer cette fiction dont je sens déjà comme un parfum de réalité.

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