« La consolation de l’ange » de Frédéric Lenoir

Extrait (page 176)
 » – Nous sommes tous des monstres en puissance, Hugo. Comme nous sommes tous des saints en puissance. Nous sommes tous capables, dans certaines conditions, de commettre le mal, de dominer les autres, de les tuer. Des pulsions destructrices habitent notre inconscient et peuvent agir à notre insu contre nos plus belles valeurs. Certains y résistent, d’autres pas. De même, nous avons tous des capacités insoupçonnées à faire le bien, à donner notre vie pour autrui. »

« La consolation de l’ange », Frédéric Lenoir

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

« L’obstacle au bonheur n’est pas la réalité, mais la représentation que nous en avons », nous explique Frédéric Lenoir, dans son dernier roman « La consolation de l’ange », paru aux éditions Albin Michel. Avec une cinquantaine de livres tirée de l’inépuisable veine de la philosophie initiatique, l’auteur prolixe sonde encore les profondeurs des âmes… et des morts. Usant de la conversation comme moyen narratif, il fait avancer ses deux personnages par la pensée, échangeant des réflexions sur la fin de vie, les expériences de mort imminente, mais aussi sur l’élan de vie et la quête de cette joie intérieure qui devrait être innée et sans fond. Il fait se rencontrer dans une chambre d’hôpital une octogénaire mourante (Blanche) et un jeune homme (Hugo), rescapé d’une tentative de suicide. La première respire la vie, le second n’y voit aucun sens. Astucieux – néanmoins convenu – stratagème qui permet de confronter des avis divergents, l’un cherchant à convaincre l’autre de sa vérité, lui ouvrant le chemin de la consolation pour entrevoir un lendemain en promesses. Même si ce roman est très agréable à lire et l’histoire émouvante, il pèche néanmoins par son manque d’originalité. Sinon, rien de nouveau de l’au-delà.

Résumé

Blanche est une sémillante octogénaire dont les années n’ont pas entamé le plaisir de vivre, de partager, d’aimer. Elle est en fin de vie, refusant les dialyses qu’elle ne peut plus supporter. Elle a assez vécu et bien vécu, sans regret puisqu’elle a goûté pleinement chaque instant, même les plus difficiles. Sa vie intérieure était si riche qu’elle les a transformés en expérience, une résilience nourrit par un drame qui l’a fait entrevoir l’après dont peu reviennent alors qu’elle n’avait que dix-sept ans. Hugo, vingt ans, est en observation après une tentative de suicide. Un acte qui ne lasse pas de surprendre Blanche. Comment un être en devenir peut-il accélérer sa fin, se privant ainsi de vivre les moments que l’existence lui réserve ? C’est un mystère pour elle. Aussi cherchera-t-elle à le connaître davantage pour comprendre son geste et ce qu’il cache de si terrible. Une amitié naîtra entre ces deux êtres de générations aussi éloignées. La proximité aidant, leur curiosité l’un pour l’autre provoquera une vraie et belle amitié, faisant éclore dans le cœur de Hugo une graine de vie propre à transformer la peur en amour, et l’inconscience en conscience.

Pour approfondir

Simple, tendre et efficace, la plume de Frédéric Lenoir s’efface devant son propos qui aborde des sujets aussi essentiels que la vie et la mort, la résilience, l’attachement, l’espoir, les épreuves et les secrets de famille, et la consolation. Une consolation d’un ange qui n’est pas forcément celui qu’on imagine. Relevant du conte philosophique et du récit initiatique, la rencontre de ces deux êtres qui dialoguent sur le sens de la vie semble irréelle, bien qu’attachante. On aimerait tant qu’un être comme Blanche puisse exister, la consolation de vivre dans un monde cruel serait alors plus concrète. La conviction et la ferveur intactes de l’auteur, dont on sent le désir de convaincre, sont inoxydables. Pour leur donner une dimension supérieure, il en appelle aux Belles lettres en citant de longs extraits de poésie, notamment tirés des Contemplations de Victor Hugo que Blanche récite par cœur. Ces longueurs pourtant assumées sont aussi incongrues que gratuites. Dommage, le duel entre l’optimisme et le pessimisme suffisait à lui seul, ce qui aurait évité cette impression de déjà-lu.

Nathalie Gendreau

Éditions Albin Michel, 6 novembre 2019, 208 pages, à 17,90 euros en version papier et 12,99 euros en version numérique.

1 réflexion au sujet de « « La consolation de l’ange » de Frédéric Lenoir »

  1. Belle chronique, toute en retenue, de Nathalie Gendreau. Du style dans la simplicité, cette critique est pour moi une des plus agréables à lire depuis longtemps, tous auteurs confondus. Et pourtant, je ne cache pas mon estime pour Frédéric Lenoir que Nathalie égratigne d’une griffe légère. Donc je lirais « La Consolation de l’Ange » … mais revenons à la chronique de Nathalie puisque c’est l’objet de ce commentaire.
    On devine son agacement face aux longueurs des citations de Victor Hugo même si ce choix, peut-être éclairant, est une référence de qualité. Et cela m’a donné envie de lire aussi « Les Contemplations ». Deux livres attirants dans une même chronique ! Merci Nathalie ! Un beau cadeau en cette période de confinement.
    Mais ce que je retiens particulièrement dans ce que Nathalie nous révèle sur « La Consolation de l’Ange » c’est le choix d’une octogénaire, Blanche, pour nous donner une leçon d’espoir. « On aimerait tant qu’un être comme Blanche puisse exister… » Il n’est pas si loin le temps où les Anciens étaient les garants de la sagesse des peuples avant que la science et ses zélateurs ne caricaturent la foi en superstition malsaine. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait déjà Rabelais au 16ème siècle. Il serait temps de réviser nos humanistes et d’en faire nos modèles.

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