“Hard”, du porno pour de rire

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥♥

 

Librement inspirée de la série de Cathy Verney, diffusée sur Canal+, « Hard », au théâtre Renaissance, est une comédie sur l’univers du porno qui fait exploser tous les verrous de la pudeur. Avec une adaptation à l’humour décapant de Bruno Gaccio – l’auteur des savoureux Guignols de l’info – et une mise en scène dévergondée au millimètre près, de Nicolas Briançon, le divertissement est à la hauteur des espérances. Que dis-je ! Il n’est pas seulement à la hauteur, il défonce… l’applaudimètre à coups de situations ubuesques, où Cupidon – sûrement en état d’ébriété – arrangera une rencontre entre Roy Lapoutre, héros du slip au cœur tendre, et Sophie, une veuve éplorée légèrement coincée du… bénitier. Et la morale dans tout ça, me direz-vous ? Mais elle est là, elle transpire de partout puisque le scénario décrit, dans ce champ lexical très coloré du métier du porno, la victoire de l’amour envers et contre tous les préjugés !

La pièce s’ouvre sur la cérémonie funèbre d’Alexandre. L’assemblée est composée de Sophie, sa veuve, de sa mère, d’une amie avocate et de ses salariés qui présentent leurs condoléances à celle qui va devenir leur future patronne, dans des accoutrements pour le moins inattendus. Mais Sophie (Claire Borotra) n’est pas au bout de ses surprises. À peine son mari enterré, elle croise le regard de Roy Lapoutre (François Vincentelli) et c’est le coup de foudre mutuel. De retour chez elle, sa belle-mère (Nicole Croisille), une femme d’affaires de 70 ans qui s’affranchit de sa peine quand il s’agit de préserver son capital, lui révèle que son mari était un producteur de films X, et non un transporteur. Et qu’elle héritait, de fait, de cette entreprise. C’est la catastrophe pour cette femme au foyer qui élève ses deux enfants dans le droit chemin de Dieu. Que faire ? La liquider ou la transformer ?

Elle interroge sa meilleure amie avocate (Isabelle Vitari), qui la jalouse et la trahit dès le dos tourné. Bien des bâtons seront mis dans ses roues pour l’empêcher de redresser l’entreprise qui périclite. Et si elle créait du film porno de qualité, avec un scénario qui ne se limite pas à des ébats vulgaires ? Le réalisateur (Stéfan Wojtowicz) s’y voit déjà, lui qui se rêve le Lelouch du X. Mais il faudra compter sans Roy Lapoutre qui rend son tablier de sexe-symbole pour enfiler celui, non moins seyant, d’homme au foyer, champion de la qui-quiche aux lardons ! Son ami et collègue (le désopilant Charlie Dupont), à l’accent ibérique fleuri, ne fournit pas entre le four et le moulin. Il n’en peut plus de satisfaire tous les fantasmes les plus incongrus de ses clientes en « mâle » d’excitation.

« Hard » est une heureuse gaudriole sur les dessous du porno, mise en valeur par des personnages délurés qui usent et abusent avec naturel de leur jargon professionnel. Rien de choquant à cela, puisque c’est pour rire ! Sans cette enfilade de termes techniques qui s’énumèrent sans rougir, ni cette profusion de costumes froufroutants de rose bonbon, suggestifs à affrioler les plus endurci(e)s, « Hard » s’appellerait « Hard-soft », dit crûment : « bander mou ». Or, il n’y a rien de mou dans l’affaire qui nous occupe ! Les saillies fusent sans discontinuer, avec de l’humour doublé d’esprit ! Les situations tout aussi loquaces que cocasses déclenchent l’hilarité. Le tout mené à une cadence effrénée, savamment dosée de rares instants où les personnages vident leur trop-plein de tendresse. La mise en scène vous empoigne par les coudes et vous embarque dans une danse endiablée, où la trivialité et la vertu font un excellent duo.

Les codes du porno sont saufs, avec ses accessoires « too much », tel ce téléphone rose aux lèvres pulpeuses, que tient la fabuleuse Nicole Croisille… « Téléphonez-moi », retentit alors à nos oreilles, comme une chanson d’un autre temps. En belle-mère froide, déterminée, désinhibée, proférant les pires insanités sur le ton d’humbles civilités, elle entonne des réparties qui font mouche. Claire Borotra n’est pas en reste avec son air de sainte-nitouche, qui y tâte quand même un peu, beaucoup, passionnément. La bascule – sur le canapé – est criante de réalisme, et on se prend à rêver que tout est possible dans l’amour, même l’amour impossible. Quant à François Vincentelli qui endosse le costume « une pièce » de Roy Lapoutre, il réveille les fantasmes les plus endormis en chef de la Gaule. Chargé de testostérone, il fait l’unanimité dans un rire aux éclats non graveleux, mais libérateurs.

Non content d’être drôle à tomber à la renverse, Charlie Dupont donne à son personnage une note attendrissante, qui ne tient pas qu’à son accent hispanisant tarabiscoté, mais à sa façon de faire son métier avec application. Moulé de cuir, Stéfan Wojtowicz est un réalisateur de films X convaincant dans cette guerre de la survie. À deux ans de la retraite, il est prêt à tout pour ne pas rengainer sa caméra. De la persuasion au désespoir, il balaye tous les sentiments avec justesse et énergie. Et, au milieu, évolue la trahison bon chic bon genre sur (é)talons perchés, la perfide avocate et pourfendeuse de l’amitié sincère, qui ne peut s’empêcher de coucher avec tous les petits amis de Sophie. Roy Lapoutre s’y laissera-t-il prendre ? Isabelle Vitari joue la duplicité avec un plaisir évident, renversant même ! Bref, une comédie généreuse, pétillante et gaillarde à souhait, qui sème la bonne humeur !

Nathalie Gendreau

©Charlotte Spillemaecker


« Hard »
 

 

Distribution

 

Avec : François Vincentelli, Claire Borotra, Nicole Croisille, Isabelle Vitari, Charlie Dupont et Stéphan Wojtowicz.

 

Création

 

D’après la série de Cathy Verney
Adaptation de Bruno Gaccio

Mise en scène : Nicolas Briançon
Assistant de mise en scène : Pierre-Alain Leleu 

Lumière : Franck Brillet
Décor : Juliette Azzopardi
Costume : Michel Dussarat

 

Du mardi au samedi à 21 heures et matinée le samedi et dimanche à 16 heures, jusqu’au 6 janvier 2019.

 

Au Théâtre de la Renaissance, 20 Boulevard Saint-Martin, Paris 75010.

 

Durée : 1 h 30.

 

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