« Edmond », où comment Rostand donne vie à Cyrano

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume « Inclassable »

 

La troupe au complet ! ©Lisa Lesourd

Guillaume Sentou
©Lisa Lesourd

Voilà, c’est fait ! L’appréciation « Inclassable » est entérinée avec « Edmond ». La pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik au Théâtre du Palais-Royal propose un scénario subtil et joyeux qui s’insère avec bonheur dans l’œuvre d’Edmond Rostand. Quelle merveilleuse idée de nous raconter les événements (réels et fantasmés) qui ont présidé à l’acte de naissance de Cyrano de Bergerac ! Pourtant, il est bien périlleux de réunir une œuvre et son auteur, surtout quand il s’agit d’un texte aussi puissant et joué jusqu’à la corde sans l’user. Alexis Michalik relève le défi avec classe en revêtant Cyrano d’une aura originale et en donnant de la chair à Rostand, alors jeune poète inconnu de 29 ans, moqué par ses pairs, qui passe de l’ombre impécunieuse à la lumière argentée à l’issue de la première triomphale de son Cyrano de Bergerac en décembre 1897. Avec « Edmond », c’est l’assurance de passer deux heures inouïes qui bercent nos émotions au rythme du vertige et de l’exultation, et les poussent du rire aux larmes.

Mais faisons connaissance avec ce cher Edmond Rostand, dont on apprend l’embarras. Il est en panne d’inspiration. Sa muse, qui autrefois se paraît du visage de sa chère épouse, est aux abonnés absents. Il a deux enfants à nourrir, et il est aux abois financiers. Toute idée d’écriture est bonne à prendre, pourvu qu’elle crée en lui un torrent de vers propres à émouvoir. Constant Coquelin, immense comédien, apparaît comme un sauveur. Mais il lui commande pour les fêtes, c’est-à-dire demain !, une comédie héroïque en vers. Edmond Rostand a à peine le temps d’écrire le premier chapitre que les répétitions commencent dans un chaos jubilatoire, entre le manque de financement, les caprices d’une Roxane insupportable et le peu d’enthousiasme des comédiens qui se voient déjà hués sur scène. Le temps passe, l’inspiration manque, alors Edmond Rostand se compromet dans le jeu d’une nouvelle muse qui adore sa plume et qui le pousse sans le savoir à lui écrire des lettres d’amour. Cyrano de Bergerac est en train de naître sous ses yeux, au fil des jours et de ces lettres dont il s’inspire… jusqu’au jour où…

Cyrano de Bergerac est l’une des pièces préférées d’Alexis Michalik, l’auteur aux trois Molières du Porteur d’histoire et du Cercle des illusionnistes. Son scénario bâti autour de l’écriture de l’œuvre d’Edmond Rostand, qu’il imagine comme une course contre la montre, est d’une ambition folle. Les deux textes égaux en fulgurance et en puissance émotionnelle s’imbriquent en miroir et reflètent un équilibre, une harmonie, une musique narrative qui subjuguent. L’écriture est magnifiée par une mise en scène inventive et énergique.

©Lisa Lesourd

À l’appui de cette prouesse, une troupe de douze comédiens époustouflants qu’il serait bien injuste de ne pas tous les citer ! Il y a Edmond Rostand (Guillaume Sentou) qui navigue dans les eaux troubles de l’inspiration, Constant Coquelin (Pierre Forest), comédien qui rêve d’un triomphe, deux Corses mafieux (Pierre Bénézit et Christian Mulot) qui acceptent de financer Cyrano… sous conditions, Monsieur Honoré (Jean-Michel Martial), un patron de brasserie cultivé qui se pique de philosophie, Jeanne/Roxane (Stéphanie Caillol) habilleuse de son état et muse de Rostand à son insu, Rosemonde (Anna Mihalcea) la femme fidèle du poète que la jalousie gagne au fil de l’écriture, Léo (Kevin Garnichat), son meilleur ami qui se sert de ses vers pour séduire la belle… Jeanne. Mais aussi une grandiloquente Sarah Bernhardt (Valérie Vogt) qui joue la bonne fée auprès d’Edmond en qui elle croit, un délicieux Jean (Régis Vallée) qui se rêve boulanger au lieu de comédien pour faire plaisir à papa, le grand Coquelin. Et il y a encore Feydeau (Nicolas Lumbresas) et la comédienne caractérielle Maria (Christine Bonnard), censée jouer Roxane, mais qui passera à la trappe !

Alors, en scène ! Et que surgissent les comédiens incarnant tour à tour trente et un personnages, valsant de tableau en tableau avec l’énergie joyeuse, déplaçant les décors, tout en contant une belle histoire qui se déroule dans plus d’une vingtaine de lieux différents (mais faut-il vraiment compter ?), sous nos yeux ébahis par le ballet des déplacements. Une orchestration sans fausse note. La complicité entre les comédiens éclate et nourrit la pièce de leur plaisir partagé. Et quand la fin approche, c’est l’ivresse qui gagne. L’ivresse des mots arrimés aux émotions. L’ivresse de la vie ! Merci Monsieur Edmond !


« Edmond », de Alexis Michalik, publié aux éditions Albin Michel.
Mise en scène de Alexis Michalik
Avec Guillaume Sentou, Stéphanie Caillol, Pierre Forest, Pierre Bénézit, Christian Mulot, Jean-Michel Martial, Anna Mihalcea, Kevin Garnichat, Valérie Vogt, Régis Vallée, Nicolas Lumbresas et Christine Bonnard.

Tous les jours à 21 heures, jusqu’au 30 juin 2017 .
Au Théâtre du Palais-Royal, 38 rue de Montpensier, 75001 Paris

Durée : 2 h



 

1 thought on “« Edmond », où comment Rostand donne vie à Cyrano

  1. Une fois de plus Presta Plume me donne envie de m’aérer l’esprit avec sa recommandation. J’en profite pour rendre hommage à l’épouse d’Edmond Rostand, la poétesse Rosemonde Gérard dont les deux vers les plus connus pourraient s’adresser à Presta Plume: « Car vois tu chaque jour je t’aime davantage, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain ». Encore merci …

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