Les Éditions Michel de Maule, une maison qui a tout d’une grande

 

PORTRAIT PASSION

par Nathalie Gendreau

 

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« Suis-je prêt à acheter dix euros le texte de la pièce de théâtre à la place du programme ? » C’est la question que s’est posée Thierry de la Croix et sa réponse est assurément oui. Fondateur et dirigeant des Éditions Michel de Maule, ce dernier vient d’ouvrir sa collection « Théâtre » avec l’aide précieuse de sa collaboratrice Patricia Hostein. La signature du contrat est encore toute fraîche. La première pièce dont le texte sera disponible à la vente dans le théâtre est tirée d’une pièce de l’écrivain Alain Teulié, Le dernier baiser de Mozart”. Elle se donnera cet été au Festival d’Avignon, puis en septembre à Paris au Théâtre du Petit Montparnasse. Thierry de la Croix ne cache pas sa satisfaction. « Ce type de collection peut marcher », assure-t-il, étayant ses certitudes sur les bonnes ventes de “Je l’appelais Monsieur Cocteau”, le roman de Carole Weisweiller adapté pour le théâtre et dont la pièce se joue actuellement au Studio Hébertot. « Cet intérêt manifeste prouve que les spectateurs aimeront ramener avec eux le livre de la pièce, qui aura l’avantage d’intégrer la dernière version du texte et les noms des comédiens ». L’éditeur est persuadé qu’ils prendront plaisir à se replonger dans la pièce qu’ils auront appréciée. Un livre comme point d’ancrage au souvenir agréable d’une soirée distrayante, l’idée est très séduisante !

En homme avisé, Thierry de la Croix ne cesse de chercher à innover avec l’envie toujours aussi forte qu’à ses débuts d’inviter ses passions à la conception de ses projets. Car il n’est pas qu’un amateur de théâtre. En esthète accompli, il s’anime devant le beau et n’aime rien tant que de le partager de manière originale. « Il y a une trentaine d’années, j’ai imaginé une collection de livres de musique au format du CD », dévoile-t-il, en se remémorant avec plaisir sa trouvaille de l’époque. C’est ce qui l’amuse, c’est évident.

Serait-ce la recette miracle de la réussite ? La maison d’édition a vingt-neuf ans d’existence. « C’est rare pour une maison indépendante », souligne-t-il, la fierté pudique. Cet ancien professeur de philosophie, bardé d’un troisième cycle de linguistique et de sémiologie, également peintre et auteur de philosophie et de poésie a pu exercer son intuition dès le berceau. Nul besoin de fée, une lignée de créateurs le précédait. Son grand-père était architecte, son père était, entre autres, compositeur de musique et un de ses oncles était auteur. C’est donc un milieu qu’il connaît bien. « J’ai toujours considéré que le mécanisme fondateur et créatif de ces trois arts était le même et j’ai la prétention de savoir dans tous ces domaines ce qui est bon ou pas », dit-il avec l’assurance du flegme professionnel. Nul ne saurait le contredire. N’est-il pas le dénicheur de belles plumes comme celle de Gilles Leroy avec son roman Habibi, et qui a obtenu en 2007 le prix Goncourt avec Alabama Song ?

Mais il ne suffit pas d’avoir du nez, encore faut-il croire en ce que l’on rêve de bâtir et n’écouter que ce que dicte le cœur. Après avoir lancé sa revue de musique Silences en 1981, Thierry de la Croix s’est engagé sur le chemin escarpé de l’édition. C’était en 1987. Sa philosophie était ambitieuse : être une maison complète. Sur ce point, il était inébranlable. Il n’était pas homme à se restreindre à une seule collection pour maîtriser les risques, comme le lui recommandaient ses proches. « J’ai publié un historien, un romancier et un compositeur en même temps, déclare-t-il, presque ébahi par son culot d’alors. Je reconnais que ce n’est pas aisé au plan marketing. Mais, à l’époque et aujourd’hui encore, le marketing n’est pas mon cheval de bataille. »

en chiffre2Non, son cheval de bataille, on l’aura compris, ce sont les livres. Après s’être imposé dans la collection « Musique », l’éditeur a publié de la littérature générale, française et étrangère (traductions de quelques livres italiens et de beaucoup de livres nordiques), de l’histoire, des essais philosophiques, des livres d’art, des romans bien entendu, mais aussi – ce qui est plus rare – des nouvelles, de la poésie… Ainsi, il n’a pas hésité à offrir une seconde jeunesse à deux textes inédits de Giordano Bruno qui n’avaient jamais été publiés depuis 1600 ! Ce mois-ci, ce sera au tour des lettres de Georges Bataille à Denise Rollin (1939-1943). « Notre métier, c’est la littérature, insiste Thierry de la Croix. C’est le rôle des éditeurs de découvrir des textes et des auteurs, des jeunes et des moins jeunes, et de continuer de publier de la littérature, quoi qu’il en soit. »

Ou quoi qu’il en coûte ! La promotion des ouvrages reste difficile, même si Thierry de La Croix s’est taillé une place indéniable dans le monde de l’édition. « Je fonctionne comme une grande maison d’édition, mais je demeure un artisan sans avoir la trésorerie nécessaire, rapporte-t-il, pleinement conscient de sa figure imposée d’équilibriste financier. Les grandes maisons d’édition ont toujours un best-seller possible dans leur tiroir. Nous, nous n’en avons jamais. »

C’est pourquoi le dirigeant des Éditions Michel de Maule, dans les années 2000, a ouvert son capital à des associés, comptant sur ces nouveaux actionnaires pour lui permettre de sortir de la recherche purement intellectuelle et de s’ouvrir au monde de l’entreprise. Mais toujours dans le souci du beau. Des entreprises familiales qui transmettent leur savoir-faire, des entrepreneurs qui ont des parcours de vie atypiques. Ainsi, à la rentrée littéraire, sortira un magnifique ouvrage sur la vie professionnelle de la galeriste libanaise Kettaneh Naila.

En revanche, être une maison d’édition à taille humaine comporte nombre d’avantages. Le climat relationnel avec les auteurs est de plus grande qualité. Une sincérité fédératrice s’installe autour d’un même projet. La proximité améliore la fluidité des échanges. La confiance s’instaure, des amitiés se nouent, le plaisir est en sus. « C’est à double tranchant, confie toutefois Thierry de la Croix, en clin d’œil. Nous entourons les auteurs, nous les écoutons, nous les rassurons, nous les encourageons, nous les soutenonsParfois, je me compare à une sorte de curé laïque. »

Propos recueillis par Nathalie Gendreau – PrestaPlume.

 

À paraître en août/septembre 2016

Pierre Chareau – Un architecte moderne de Paris à New Yorkde Denis Doria, 40 €.
Le jaune et le noir – Sur les pas de Stendhal, de Nicolas Saudray, 20 €.
Lettres à la Bnf, de Georges Bataille, 14 €.
Les Roumains de Paris (album-photo), de Louis Monier et Basarab Nicolescu, 30 €.
L’ange de Dalkey Island, de Alain Teulié, 18 €.

 

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