Didier Gustin, comme un air de renouveau

 

PORTRAIT PASSION 

 

Trente ans déjà que Didier Gustin fait de l’imitation sa passion, son art, son métier. Comment mieux fêter cet anniversaire qu’en compagnie des chansons de Claude Nougaro ? « Ah tu verras ! », son nouveau spectacle musical enchante par son originalité et les dernières dates à Paris ont affiché complet. Mais ce n’est que le début d’une belle aventure avec le public, puisque l’artiste se produit au Off d’Avignon en juillet. Et, dès septembre, il se partagera entre une tournée en France et la scène à Paris. Après une traversée du désert médiatique, l’homme à la voix caméléon évoque ses rêves, son univers poétique et les coulisses de « Ah tu verras ! » 

 

 

« Ah tu verras ! » est une expression qui renferme bien des promesses. Claude Nougaro nous les chantait avec du soleil poétique dans la voix, Didier Gustin les tient avec son nouveau spectacle musical éponyme qui s’abreuve à la source du talent pour ressusciter les chansons du célèbre Toulousain. Plus que joyeux, l’hommage dédié au poète qui fait swinguer les mots est tendre et émouvant. « Pour écrire un spectacle de plus d’une heure sur un artiste, il faut l’aimer », s’embrase Didier Gustin, en évoquant celui qu’il admire et dont il regrette le peu d’hommage à sa disparition en 2004. J’aime l’homme, le personnage, le poète et ce qu’il a exprimé à travers la chanson. J’aime « Ah tu verras ! » comme tous ses autres titres. Je ne suis pas fétichiste en la matière, je suis comme un enfant qui a des jouets et qui s’amuse. »

Car Didier Gustin est mené par la passion. Cette passion qui vous fait travailler des heures dans la joie et qui remplit une vie. L’imitateur se dit comblé, heureux de pouvoir encore créer. Au départ, il a fallu le rêve d’un collégien de monter sur les planches, le désir d’imiter et de chanter, une voix qu’il a fallu ciseler et perfectionner pendant des années. « J’ai une bonne voix et une bonne oreille. J’apprends vite les textes et j’intègre tout aussi vite les voix, énumère l’artiste. Mais la voix ne suffit pas, il faut observer, écouter et beaucoup travailler pour y arriver. Et surtout rester fidèle à soi-même. Plus on essaye de plaire à tous, plus on devient commun. » Quant à l’aspect financier ? Il n’entre pas forcément en ligne de compte, Didier Gustin fait les choses tant que cela m’amuse.

Il a suffi d’un curieux songe.

C’est dans cet esprit pétri de passion et de plaisir que la surprenante aventure de « Ah tu verras ! » a pu commencer. Depuis longtemps, Didier Gustin avait envie de créer un spectacle sur Claude Nougaro, qu’il a rencontré deux fois et qui l’a encouragé à ses débuts. Il a suffi d’un curieux songe. « J’ai rêvé d’un spectacle qui s’appellerait Ah tu verras», raconte-t-il, encore émerveillé par la genèse de l’idée qui allait concilier son retour sur scène et son admiration pour le poète. C’était il y a un an et demi. L’idée a fait son chemin, elle a plu à son ami et metteur en scène Hubert Drac, qui l’a poussé à la creuser, ainsi qu’à son producteur Hubert Gentelet. L’imitateur imagine alors un scénario : cinquante artistes qui se rassemblent dans la maison de vacances de Claude Nougaro pour chanter ses tubes mais aussi, espèrent-ils, boire à sa fontaine miraculeuse pour y puiser l’inspiration.

Le prétexte tout trouvé, Didier Gustin travaille à la sélection des morceaux et à l’écriture des transitions avec Jacques Pessis, source inépuisable d’anecdotes sur les artistes. Celui-ci connaissant bien la femme de Claude Nougaro, Didier Gustin a pu aborder son univers avec confiance. Puis Hubert Drac a joint ses talents d’écriture aux leurs. Didier Gustin se réjouit de cette écriture à plusieurs mains : « Hubert Drac est un auteur fin qui aime la poésie. Je m’y suis engouffré avec plaisir, car les gens aiment la poésie. Je le vois dans leur regard. Comme l’imaginaire est beaucoup plus fort que le concret, au fil des représentations, nous cherchons de plus en plus les évocations pour le provoquer, comme le jeu d’ombre et de lumière. » Quant au son, Didier Gustin sait bien s’entourer. Chaque soir, il est accompagné du fidèle guitariste Laurent Roubach et le clavier Hugo Dessauges dont les arrangements, assure-t-il, contribuent largement au succès.

À l’univers festif et poétique du spectacle s’ajoute une originalité, une sorte de prouesse vocale délicate à réaliser, qui est la double imitation. Faire chanter du Nougaro par d’autres artistes à la manière du poète ! En véritable cascadeur de l’imitation, Didier Gustin ressuscite le chanteur toulousain au travers des mimiques, des gestuelles et des voix aussi différentes que celles de Depardieu, Luchini, Bern, Polnareff, Jonasz, Grand Corps malade, etc., et s’en sort avec un brio perpétué par ses trente ans d’expérience.

Les hommes politiques ne l’intéressent pas

Depuis ses débuts en 1987, avec son premier spectacle « Profession imitateur », Didier Gustin a creusé son sillon avec singularité. Il a fait de la poésie d’imitation sa marque de fabrique. « C’est un style qui n’est pas utilisé par les imitateurs, qui sont plus dans la caricature », observe-t-il. Du reste, les hommes politiques ne l’intéressent pas. « Ils m’ennuient ! s’exclame-t-il, regrettant des Marchais, des Krasucki, des Chirac, qui étaient des personnages hauts en couleur. Aujourd’hui, les politiques sont des énarques impersonnels, sans charisme. » Il voit cependant dans un Mélenchon ou un Lassalle une certaine poésie. Pour lui, tous les imitateurs à la radio sont sur le même schéma. « En fait, si j’avais fait de la politique, je me serais noyé dans le flot. »

Didier Gustin est aussi l’un des rares, sinon le seul imitateur, à avoir mené plusieurs carrières de front. On l’a vu imiter, chanter, jouer dans des films et des téléfilms, au théâtre, être animateur radio ou prêter sa voix pour du doublage, et bien sûr écrire ses spectacles. Puis on ne l’a presque plus vu ni entendu sur les ondes. Une traversée du désert de six ans, semble-t-il ? « Ce n’est pas une traversée du désert artistique mais médiatique, tient-il à rectifier avec philosophie. C’était peut-être justifié dans le sens où je n’apportais rien de neuf ni d’étonnant aux médias. Quand ça ne marche pas, il faut se poser des questions sur soi-même au lieu d’incriminer les autres. »

« Aujourd’hui, je me sens prêt et fort »

 Mais si Didier Gustin n’était plus visible des médias, il l’était du public en présentant dans les Zéniths « Âge tendre et tête de bois », puis partant en tournée avec les « Éternels du Rire ». C’est qu’il ne peut se passer du public ni de monter sur scène ! « Toutes ces années de désert m’ont été profitables, confie-t-il encore, sans regret ni amertume. Cela m’a permis de multiplier le travail, et ainsi d’aiguiser mes armes et de comprendre que, dans les grandes salles, il faut être prêt et fort. Aujourd’hui, je me sens prêt et fort, mais “Ah tu verras !” n’est pas un spectacle pour les zéniths, il devra évoluer visuellement pour cela. »

En revenant à ses premières amours avec ce spectacle de poésie d’imitation, Didier Gustin renoue avec la création et le succès. Après le théâtre de L’Archipel, à Paris, qui n’a pas désempli, l’artiste se produira en juillet au Off d’Avignon. Puis, on retrouvera « Ah tu verras ! » dès la rentrée, vraisemblablement trois jours à Paris et trois jours en province. « J’aimerais tourner avec ce spectacle au moins pendant trois ans, annonce Didier Gustin. J’aimerais faire le grandir, ajouter des musiciens, jouer dans des salles plus grandes… » Ah tu verras, tu verras, Didier, tout recommencera, tu verras, tu verras ; la passion c’est fait pour ça, tu verras, tu verras… »

Crédit photo – ® S. Matteoni


“Ah tu verras !” au Off d’Avignon

Auteur : Didier Gustin, Jacques Pessis et Hubert Drac

Mise en scène : Hubert Drac

Avec Didier Gustin

Musiciens : le guitariste Laurent Roubach et le clavier Hugo Dessauges.

Arrangements :  Hugo Dessauges

Du 6 au 30 juillet à 17 heures, au Théâtre des Vents, 63 rue Guillaume Puy, à Avignon.


 



 

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