“Dans mon cœur à jamais”, Narinai Abgaryan

 

Résumé

Un roman envoûtant et lyrique d’une auteure de talent qui peint son enfance en Arménie, où les parfums, les bruits, les couleurs et tous les minutieux détails s’entremêlent pour créer une atmosphère singulière et captivante. L’histoire d’une famille qui va être aspirée par les évènements tragiques de la fin des années 1980. “Tu es à l’aube de ta vie, dit papa. Derrière tes épaules, se tiennent tes innombrables ancêtres qui ont rejoint le néant depuis longtemps pour certains d’entre eux. Derrière l’épaule gauche, il y a tes ancêtres maternels. Et derrière l’épaule droite, tes ancêtres paternels. Ils sont tes ailes, dit papa. Ils sont ta force. Garde-les à jamais derrière toi, et personne ne pourra te faire de mal. Et tant que tu auras conscience de cela, tu seras invulnérable”.

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

Ne peut être beau que ce qui est grave”, selon Anton Tchékhov. Avec “Dans mon cœur à jamais”, de Narinai Abgaryan, on flirte avec cet écrivain russe dont l’influence narrative sourd tout au long des portraits intimes des membres d’une famille arménienne de Berd, ville natale de l’auteure. Une saga où chacun attache davantage le lecteur à son histoire, menée tambour battant par une narratrice-fillette, qui donne à voir, sentir et ressentir les malheurs d’un peuple qui vit dans le dénuement le plus absolu, mais pleinement chaque instant, arrachant à ce quotidien morne et douloureux qui traverse les siècles cette joie d’être ensemble, unis, généreux et aimants.

Dans mon cœur à jamais”, les ancêtres sont consacrés. Ils sont à la fois le socle sur lequel s’appuyer, la mémoire qui se transmet et une persévérance obstinée de perpétuer la vie malgré les pogroms, l’asservissement et les déportations. L’obstination, un trait de caractère arménien acquis à force de violence et d’horreur, qui a été transmis dans les gènes par l’instinct de conservation propre à tout être vivant.

À travers ces portraits lyriques, la culture arménienne se dévoile page après page, en toute pudeur, en toute simplicité, avec ces petits riens de la vie de tous les jours et les événements majeurs qui rythment une vie d’homme et de femme. Et l’on apprend comment “les noces, les funérailles, les recettes de cuisine, les motifs des tapis, les rites d’offrande sont les mêmes qu’il y a mille ans”, sans que le pouvoir soviétique ni les invasions turques n’y aient pu changer quoi que ce soit.

Ce livre gourmand sent bon les plats de nos grand-mères. Narinai Abgaryan se souvient de “l’odeur du four à bois, des cornouilles sèches et du miel de fleurs” que dégageaient les jupes de ses aïeules lorsqu’elle y plongeait la tête pour être consolée de ses peines ou pour se rassurer de ses peurs… jusqu’à ce que celles-ci en soient exorcisées par une sorcière.

La tension qui se construit paisiblement, avec cette succession de portraits qui esquissent des destins hors normes, tient lieu d’intrigue. À pas feutrés, elle amène par la main le lecteur, encore bercé par l’amour familial puissant, vers des événements dramatiques de la fin des années 80, préparant des futurs malmenés, jalonnés de séparations brutales, déchirantes et souvent définitives. Un livre à déguster délicatement, comme un plat aux saveurs raffinées, concocté avec amour, en appréciant chaque bouchée, chaque vie qui palpite et s’exprime. Un livre grave et de toute beauté.

 

Éditions Macha Publishing, février 2016, 280 pages, 18,90€

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