“Croire au merveilleux”, Christophe Ono-dit-Biot

 

Extrait

“Ma femme est morte. Sous l’eau. Mais avant de mourir elle est partie, nous laissant seuls, mon fils et moi. Je n’ai jamais su si elle comptait revenir de ce voyage qui aura été fatal, ou si elle avait fait une croix sur nous. C’était une artiste… Et on ne sait jamais, avec les artistes. Le prix de la création est lourd. Le problème, c’est que ce sont souvent les autres qui le paient.
Cette ignorance me ronge. Et j’erre, tel ce bon vieux Ulysse, à bord de mon corps dont la charpente gémit, et sans l’espoir de retrouver, au bout des mers, le lit d’olivier où m’attend Pénélope.
Pénélope m’a planté.
” (pages 18/19)

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

 

Après un décès, le merveilleux peut-il encore frapper à la porte ? C’est la question que pose l’écrivain et journaliste Christophe Ono-dit-Biot dans son roman Croire au merveilleux, où il file le thème de la mort soudaine et inexpliquée qu’il a abordé dans son précédent roman Plonger. Avec ce nouvel opus, il approfondit la souffrance de l’intolérable absence en parachevant notre connaissance intime du couple César/Paz et de leur fils. L’amour d’un père pour son enfant est-il assez fort pour vaincre le désir de mort ? L’écriture simple et dépouillée de l’auteur, sans risées ni lames de fond, accompagne avec une langueur poétique son double littéraire dans sa mortelle descente dans les abymes de la dépression. César appelle si fort la mort qu’il en réveille les dieux de l’Olympe qui dépêchent une mystérieuse messagère pour l’aider à entamer une lente remontée en apnée vers une renaissance.

César est trop malheureux pour survivre à la mort brutale de sa femme. Paz, une artiste très douée, s’est noyée dans une contrée lointaine, le laissant seul avec leur fils unique qui lui ressemble trop. Chaque regard porté sur cet enfant aux traits de Paz lui est insupportable. Alors il décide de se suicider, c’est mieux pour tout le monde, et surtout pour lui qui se noie dans le chagrin. Il choisit la voie médicamenteuse, des myorelaxants. Plus propre, moins violent. Alors que son cerveau commence à flotter, on frappe à sa porte. Il finit par se lever. Difficilement. C’est la nouvelle voisine, une étudiante en art, qui en connaît un rayon sur la littérature antique grecque et ses auteurs. La bibliothèque de César en compte de magnifiques spécimens. Aussi curieuse que délicieusement belle, Nana lui emprunte la Théogonie d’Hésiode. Peu à peu, de livre emprunté en livre rendu, la jeune fille revient, charme et retient le désespoir par la main. Une main gracile et entraînante. D’indésirable, Nana se fait indispensable. Elle ravive dans l’esprit de César ce feu assoupi qui ne tarde pas à se répandre dans son corps éteint. Mais le père de Nana, un riche armateur, le convoque chez lui, dans une mystérieuse île grecque : il veut lui parler sans délai !

Croire au merveilleux est le parcours initiatique d’un homme égaré qui saisira sa dernière chance de survivre. Pour y parvenir, il voyagera dans le temps, avec son passé lesté de souvenirs, et dans l’espace où il cherchera à les revivre pour comprendre. De Paris à Marina di Praia sur la côte amalfitaine, au site archéologique de Paestum, puis de la Grèce au Japon, César pourchasse l’ombre de Paz. Au bout de ce voyage, où se mêlent contes et mythologie grecque, il trouvera la réponse qu’il espère éperdument. En César, Christophe Ono-dit-Biot met à nue ses pensées les plus intimes et les partage avec le lecteur qui se retrouve, l’espace de quelques heures, élevé au statut de confident. Un confident compatissant. Ému. Fasciné par ce langage si ordinaire qui fraye avec le merveilleux. Le merveilleux des figures mythologiques et de leur pouvoir sur le destin des hommes, mais surtout le merveilleux de l’enfance à laquelle se raccrocher quand le malheur nous disloque de l’intérieur. Finalement, croire au merveilleux n’est-il pas l’une des voies consolatrices qui peut mener l’éploré jusqu’à cette “île des Cœurs battants” qui sommeillerait en soi ? Et que César va enfin découvrir !

Nathalie Gendreau

 

Editions Gallimard, février 2017, 240 pages, à 20 euros.

 

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