« Ces femmes qui ont réveillé la France », un hommage ludique qui ravive la gratitude

THÉÂTRE & CO 

Avis de PrestaPlume  ♥♥♥♥♥

Critique éclair

Au théâtre de la Gaîté Montparnasse, pour sa première fois sur les planches, l’homme politique Jean-Louis Debré joue « Ces femmes qui ont réveillé la France » avec sa compagne Valérie Bochenek, comédienne, mime et auteure (Le mime Michel Marceau). Ce bel ovni théâtral entre spectacle et master class, adapté du livre éponyme que le couple a coécrit en 2013, dresse le parcours d’une vingtaine de femmes qui ont fait évoluer les mentalités depuis la Révolution française. Le texte est ciselé, la narration intelligente. Le ton est décomplexé, drôle et passionné. La mise en scène d’Olivier Macé est dynamique, élégante et inventive. L’intermède musical de compositrices, interprété au piano par Valérie Rogozinski, qui clôt chaque portrait, s’invite comme une pause propice au recueillement. À travers les faits d’armes de ces pionnières (Marie Curie, Marguerite Yourcenar, Simone Veil…), c’est l’histoire des droits des femmes qui se reconstruit, au fil des batailles remémorées ; c’est une voix qui est restituée à une moitié de l’humanité ; c’est surtout un splendide et vibrant hommage rendu au courage de ces fortes personnalités sans qui la femme moderne ne serait (sans doute) pas ce qu’elle est aujourd’hui… sous nos latitudes.

Résumé

Entouré de bustes de Marianne, symbole de fécondité et d’avenir, Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek se font les porte-voix de celles qui ont réveillé la France de son patriarcat et de son autoritarisme condescendant. Si l’on sait que le combat fut rude et long, que beaucoup en payèrent le prix de leur réputation (George Sand ou Colette), de leur liberté (Louise Michel) et même de leur vie (Olympe de Gouges), on ignore le nom de beaucoup d’autres qui n’ont pas démérité par la constance de leur volonté d’avoir les mêmes droits que les hommes. C’est aussi l’histoire de ces oubliées ou méconnues que restitue le couple de comédiens. À travers leur jeu très incarné, ces femmes résolues reprennent vie, habitée d’une aura ressuscitée. Dès lors, impossible de nier ou d’ignorer leur audace opiniâtre qui ont offert aux générations futures ces précieux « précédents » pour tracer le sillon de leur émancipation encore plus profondément dans l’esprit des hommes. On se souviendra de la première bachelière Julie-Victoire Daubié en 1860 ; de la première avocate Jeanne Chauvin en 1901 ; de la première médecin Madeleine Brès en 1875 ; de la première femme propriétaire d’un quotidien (La Fronde), Marguerite Durand, en 1897 ; ou encore de la première femme ayant son permis de conduire, la duchesse d’Uzès, en 1898, qui est aussi la première à avoir eu un retrait de permis pour excès de vitesse (12 km/h) !

Pour approfondir

Cette galerie de portraits, ayant tous pour trait commun la force de persuasion par l’exemple, démontre que l’adage « à cœur vaillant rien d’impossible » n’a pas de sexe. Aujourd’hui, la chose est admise et connue. On en oublierait presque les âpres combats menés pour avoir le droit d’entrer dans certains milieux professionnels réservés aux hommes comme la magistrature. L’objection majeure de ces messieurs étant que la femme était incapable de tenir un raisonnement en raison de son émotivité. Même la justice charriait son lot de lois iniques qui, par exemple, frappaient plus durement les femmes adultères que les hommes. Que de chemins parcourus depuis ! Bien que l’égalité salariale ne soit pas parfaite et que les stéréotypes aient la vie dure, Marianne peut désormais sourire de bon cœur  : la République embrasse aujourd’hui tous ses enfants, désormais légitimes et égaux devant la loi et la société…

« Ces femmes qui ont réveillé la France » est un petit bijou façonné dans le matériau de l’intelligence de cœur et d’esprit. Par un traitement humaniste, pétri de chaleur et d’amour, ces femmes n’ont guère pris une ride, même si leur combat semble si lointain. Incarnant ces pionnières, Valérie Bochenek est saisissante de sincérité et de réalisme. Sa formation de mime apporte un je-ne-sais-quoi d’immortalité dans sa gestuelle. En revêtant les habits du comédien, Jean-Louis Debré n’en délaisse pas moins sa faconde politique et son charisme oratoire. Incluant ici ou là des références contemporaines, et même des imitations d’anciens présidents de la République, il emporte l’adhésion d’un public séduit tant par le contenu que par la forme. Le plaisir complice et contagieux de ce couple à la scène comme à la ville parvient à ranimer ces femmes et leurs combats. Ce sentiment de vitalité est renforcé par une mise en scène d’Olivier Macé dynamique et interactive, en convoquant la vidéo et des images d’archives, mais aussi des airs composés exclusivement par des musiciennes (Cécile Chaminade, Marguerite Monnot, Lili Boulanger, etc.). Un spectacle aussi brillant que distrayant qui rend humble et reconnaissant(e).

Nathalie Gendreau
©Stéphane Kerrad _ KBStudios


Distribution
Avec : Jean-Louis Debré, Valérie Bochenek

Créateurs
Auteurs :
Jean-Louis Debré, Valérie Bochenek

Metteur en scène :  Olivier Macé, assisté de Laurence Guillet
Collaboration artistique Valérie Bochenek
Piano : Valérie Rogozinski

Décor : Olivier Prost 
Création lumière : Joffrey Klès

Création Vidéo : Mathias Delfau  

Du mercredi au samedi à 19 h jusqu’au 31 décembre 2021.

Théâtre Gaîté Montparnasse, 26 rue de la Gaîté, Paris XIVe.

Durée : 1 h 20

1 réflexion au sujet de « « Ces femmes qui ont réveillé la France », un hommage ludique qui ravive la gratitude »

  1. Jean-Louis Debré à l’honneur dans une critique théâtrale, voilà une première surprise pour cet héritier d’un nom politique célèbre cité souvent à côté de celui du Général De Gaulle. J’avoue ne pas connaître le livre « Ces femmes qui ont réveillé la France » d’où la pièce est adaptée et là encore surprises au pluriel :

    – Une collaboration artistique aussi étroite entre un homme et sa compagne (co-écriture du livre et co-interprétation de la pièce) est à ma connaissance exceptionnelle et mérite d’être saluée.
    – Chapeau aussi pour le sujet de leur œuvre centré sur les femmes et la France. Le choix semble judicieux et actualisera le thème éternel de la femme qui est non seulement « l’avenir de l’homme » selon Aragon, mais qui parfois même le dépasse subtilement comme le suggérait Marivaux en 1730 dans « Le Jeu de l’Amour et du Hasard ».

    Mais oublions la poésie et la littérature pour vivre un bon moment de théâtre qui déjà a séduit Nathalie Gendreau. Tiens ? Encore une femme… de bons conseils.

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