Caroline Loeb, une artiste au féminin pluriel

 

PORTRAIT PASSION

par Nathalie Gendreau

Caroline Loeb ne lâche rien. Depuis C’est la ouate, elle avance, traçant son sillon selon ses passions, ses coups de cœur, ses rencontres et ses idéaux auréolés d’indépendance et d’affirmation de soi. Cabossée par un air qui colle à la peau, redressée par la volonté d’exister, elle s’impose sans bruit, mais assurément, dans un univers tissé de mots, de profondeur et de grands airs… de liberté. Cette liberté passe en ce moment par une grande dame de la littérature, Françoise Sagan, dont elle incarnera la pensée lors de son monologue de théâtre, mis en scène par Alex Lutz, à partir du 11 juin prochain, au Théâtre du Marais. Retour sur une succession de petits miracles qui ont fait de Caroline Loeb une artiste au féminin pluriel.

 

Capture d’écran 2016-05-21 à 00.12.58Qu’on se le dise ! Caroline Loeb aime les beaux textes et les femmes de caractère qui les ont commis, et va jusqu’à les honorer en s’offrant ses propres spectacles. « Je suis heureuse de vivre ce luxe fou de me produire toute seule. C’est une forme de liberté assez rare ! » Périlleux, pourrait-on craindre ? Bah ! Les paroles de Françoise Sagan vibrent déjà à l’unisson de Caroline Loeb qui cite la pensée de l’écrivaine sur la sécurité. « Je ne recherche pas la sécurité, disait-elle, je ne sais même pas si je l’aime ou si je ne l’aime pas. » Il en va de même pour la sérénité.

Caroline Loeb est dans le feu de l’action et de la passion, pas question de ralentir ou de s’économiser. Elle est actuellement dans l’excitation des répétitions de son prochain spectacle, « Françoise par Sagan », soutenue par son metteur en scène préféré Alex Lutz, qui lui prodigue de précieux conseils sur la manière de transfigurer la grande Sagan, sans en faire une imitation qui ne pourrait être qu’imparfaite. « Pour moi, c’est une pensée frangine, dans laquelle je me reconnais, souligne-t-elle. C’est une pensée familière même si elle est différente de moi. »

Perruque blonde à la mèche impertinente, visage émacié éclairé par un jeu d’ombre et de lumière, Caroline se coule dans la gestuelle de Françoise, l’auteure de « Je ne renie rien » (éditions Stock), textes dont l’artiste a tiré des fragments pour écrire son spectacle. Dans un décor épuré, un bar stylé, une chaise, une « Françoise » réincarnée évoque les pensées de Sagan sur la fragilité de l’homme, l’importance du désir, le dédain pour l’argent, la passion pour le jeu… Et, en musique de fond, une bande-son de cinéma originale d’Agnès Olier.

À ce jeu d’équilibriste de faire revivre la quintessence des mots d’une grande dame de la littérature, Caroline Loeb n’en est pas à son coup d’essai. Il y a deux ans, elle a créé un spectacle musical sur l’auteure de « La Petite Fadette », « George Sand, ma vie, son œuvre », également mis en scène par Alex Lutz. « J’ai beaucoup d’admiration pour ces femmes qui ont assumé leurs contradictions, confie-t-elle. Elles étaient libres, à l’écoute de leurs désirs. Je suis mes désirs, mais je ne suis pas sûre que j’aurais eu le courage de George Sand. J’essaye d’en avoir. » Courage ou pas, c’est avec pudeur et humilité que l’artiste cherche à ressusciter la parole de ces femmes de caractère, imprimant dans le spectacle un peu de son propre parcours de femme qui revendique le droit à sa liberté et à celle de toutes les femmes. Mais pas question de se raconter ! « Dans une époque du moi-je exacerbé, j’estime qu’il y a plus d’élégance à parler de moi à travers quelqu’un d’autre, d’autant que cela permet de rentrer Mes Années80davantage dans l’intime de soi. »

Pourtant, un spectacle construit sur sa vie ne serait pas inintéressant : comment passe-t-on de C’est la ouate à du Sagan ? Le grand écart frise l’écartèlement ! Ah ça, c’est une autre histoire, longue, douloureuse, instructive qui a vu la transmutation d’un succès phénoménal en chemin de croix aliénant. « Il y a un avant et un après C’est la ouate, confie la chanteuse et parolière. C’est mon av. J.-C./apr. J.-C. à moi. » Le succès fulgurant du titre était inattendu. Une chanson écrite par Caroline en sortie de boîte, sur un air et quelques mots griffonnés par son ami Pierre Grillet, venait balayer l’échec de son premier album Piranana (Ze Records). Avec un tel tube, la notoriété était attestée, mais l’étiquette ratifiée. Une étiquette difficile à décoller avec l’impossibilité de faire quoi que ce soit d’autre. « À force, on n’est plus identifié que par rapport au tube. On devient le tube ! » À l’époque, Caroline Loeb s’amusait de la situation en se caricaturant elle-même avec un humour aussi décapant que désarmant. « Je disais que j’étais devenue un trou avec du vinyle autour, et que j’allais chercher ma pochette pour aller me coucher. »

Il a fallu toute la force de caractère de cette femme et une introspection approfondie pour se relever d’un tel succès. Pour Caroline Loeb, il n’a jamais été question d’abandonner, d’aller se terrer dans un trou, même entouré de vinyle. D’ailleurs, elle n’a jamais voulu faire autre chose qu’artiste. « Enfant déjà, je me shootais à l’opéra, se souvient-elle, les yeux lumineux. J’avais des extases et des flashs incroyables sur l’opéra, la littérature, la peinture. J’ai appris l’italien en lisant les livrets de Verdi ou de Puccini. »

Caroline ne pouvait y échapper. Dans la famille Loeb, l’art est une passion qui se transmet de génération en génération. Fille d’une écrivaine et éditrice, et petite-fille d’un peintre et poète russe et d’un grand marchand de tableaux, Caroline avait un accès facile à sa dope artistique. Nourrie au biberon du beau, elle n’a eu de cesse de le rechercher, et n’a pas hésité à le provoquer quand il tardait. Ses atouts étaient de taille. De la volonté, de la curiosité, de l’enthousiasme et de la confiance en son énergie. Quant aux outils de création, ils sont apparus au fur et à mesure des besoins. L’écriture, d’abord, qui l’amène à la chanson. Mais l’épisode C’est la ouate l’enferme dans une case. L’artiste éprise de liberté ne rêve que de s’enfuir. Elle entrebâille la porte en étant animatrice de radio et TV pendant quelques années. La grande évasion se présente en la personne du metteur en scène Michel Hermon qui voulait se faire chanteur dans un spectacle consacré à Édith Piaf. L’amie Caroline vient le soutenir lors des répétitions, et sent d’emblée comment le guider. Elle se prend alors de passion pour la mise en scène, où elle excelle en dirigeant de nombreux artistes. Elle revient à l’écriture en publiant chez Flammarion « Has been », fin 2006. Puis met en scène et joue Les monologues du Vagin, elle crée des spectacles, tourne pour le cinéma, réalise même un court-métrage « Vous désirez ? ». Elle intègre la troupe « Star 80 » en 2012 et, cette année, elle tourne avec « Top 50 ». Mais ce n’est pas tout ! Fin 2015, un livre encore, « Mes années 80 de A à Z », dans lequel elle évoque ces folles années d’effervescence artistique (voir encadré ci-contre).

L’énergie chez cette artiste ne fait pas que couver, elle bouillonne et explose en idées qu’elle porte à bout de bras pour les concrétiser, avec un effectif réduit autour d’elle. En ce moment, il y a Alex Lutz pour la mise en scène, une rencontre fabuleuse pour l’artiste, et Sophie Barjac qui vient la coacher le temps des répétitions. Pour le reste, Caroline Loeb a tendance à vouloir faire le plus possible par elle-même. « Le temps d’expliquer ce que je veux, je peux faire dix mille choses ! », s’exclame-t-elle, en riant. Y a pas à dire, cette femme-là, elle est plurielle !

Propos recueillis par Nathalie Gendreau.

Pour en savoir plus sur l’actualité de Caroline Loeb, suivre le lien.

Crédit photos Richard Schroeder.

 

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