« Ça déménage ! », entre mesure et démesure…

Temps de lecture : 3 min

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥

 

Depuis le 3 février dernier, Ça déménage à la Folie Théâtre, à Paris, plutôt deux fois qu’une ! Quatre jeunes comédiens (Alexandra Feignez/Jessica, Karine Malleret/Juliette, Guillaume Marien/Pedro et Antoine Rabault/Ludo), bien rodés au jeu de l’improvisation, se déchaînent sur les planches pour cette reprise, incarnant avec véhémence et un soupçon de démesure le texte de Ludovic Gutierrez. Au mot près ? Que nenni, ce serait trop simple. Un baiser volé, subrepticement, et avec un rien de malice, laisse supposer que ce quatuor survolté s’amuse à corser une mise en scène (orchestré par l’auteur) renversante en intensité physique et vocale.

Deux éternels étudiants en mal d’étude, inséparables dans leur vie de bamboche, sont sur le point de rompre d’un trait définitif une colocation de plusieurs années. Pedro envisage de s’installer chez sa copine Juliette qui habite Neuilly. L’affront est insupportable pour Ludo qui va faire payer à cette « bourge » son outrecuidance. Lui enlever son pote est une faute impardonnable. Il organise une fête la veille du déménagement pour le faire capoter. Pour le départ de Pedro, il invite sans l’avertir ses quatre « ex » et une strip-teaseuse, et d’autres potes tout aussi irresponsables qu’eux. Bien sûr, alcool et substances illicites sont de la partie, ainsi que d’autres surprises que Pedro va devoir justifier le lendemain à sa chère Dulcinée. À son arrivée dans l’appartement, fin prête pour le déménagement, celle-ci découvre l’étendue des dégâts. Furieuse d’avoir été écartée, mais aussi jalouse compulsive à l’idée que l’une des « ex » ait pu coucher avec son Pedro, elle monte sur ses grands chevaux et sort l’artillerie lourde. Lors d’une joute verbale qui rivalise d’insultes et de vacheries immatures, les trois antagonistes s’affrontent sans pitié, jusqu’à l’arrivée d’une quatrième luronne, Jessica, une parfaite inconnue altermondialiste qui se mêle du déménagement. Un déménagement qui prend des allures de bérézina, à la grande satisfaction du pote abandonné.

Pour servir au diapason le texte, les quatre personnages sont à dessein des caricatures, on l’aura compris. Il y a le sémillant Ludo, qui cache derrière la verdeur de ses méchantes attaques, une profonde blessure, un sentiment de trahison. Il y a le pleutre Pedro, déchiré entre son pote et sa copine, qui n’ose s’affirmer dans son couple et cet amour qui lui semble inespéré. Il y a Juliette, la « bourge » excitée, rationnelle, dirigiste et vindicative, poussant haut le verbe pour se faire respecter de Ludo et se faire obéir de Pedro, mais sans résultat. Et il y a cette pétillante Jessica, altermondialiste et écolo ingénue, qui ne connaît personne mais s’incruste partout, et qui à l’insu de son plein gré devient une sorte de paratonnerre qui canalise toutes les rancœurs et les non-dits.

Le texte et la mise en scène de Ludovic Guterriez jouent donc la partition de l’excès, de la débauche de vannes et du débordement des caractères. Seulement, entre notes pincées et envolées lyriques, le ton est haut perché si souvent qu’il amoindrit la portée comique de la situation. Opportunément, vers le milieu de la pièce, le personnage anecdotique de Jessica devient central en imposant sa rêveuse démesure, qui les conduiront tous à former deux camps, les hommes d’un côté et de l’autre les femmes, pour un duel des idées sur le féminisme. Cette pièce qui se joue jusqu’alors ventre à terre se voit ainsi gratifiée d’une dimension supérieure, où les trois autres personnages en conflit sont expurgés de ce trop-plein démonstratif et gratuit. Avec ce grain de sobriété, le comique se déploie avec bonheur, claque et explose à la puissance quatre jusqu’aux pas de danse endiablés de ces jeunes gens qui ont réussi à dépasser la crise des sentiments et à s’assagir… jusqu’au prochain déménagement ! Un coup de chapeau pour l’énergie soutenue et contagieuse des quatre comédiens.



« Ça déménage », de Ludovic Gutierrez.
Mise en scène de Ludovic Gutierrez.
Avec Alexandra Feignez (Jessica), Karine Malleret (Juliette), Guillaume Marien (Pedro), Clément Olivieri (Ludo) ou Antoine Rabault (Ludo).
Tous les vendredis et samedis à 20 heures et les dimanches à 18,30 heures, jusqu’au 16 avril 2017.
À La Folie Théâtre, 6 rue de la Folie-Méricourt, 75011 Paris

Durée : 1 h15

 

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