“Moi, papa ?”, ou la magie de la paternité

 

THÉÂTRE & CO 

 

Avis de PrestaPlume ♥♥♥♥

 

S’il n’y a pas d’école pour apprendre à être papa, le one-man-show d’Arthur Jugnot est un bel avant-goût humoristique sur cette étape de la vie de couple conjuguée à trois. « Moi, papa ? », au théâtre du Splendid, raconte la transformation d’un jeune adulte libre et bien dans ses baskets d’ado boboïfié en un père responsable et accro à son fils. Mais combien d’épreuves et d’actes d’amour faut-il pour y parvenir ? Arthur Jugnot porte l’enseigne du vécu, tous feux de détresse allumés, derrière chaque trait d’humour et mimique, qui n’est pas sans rappeler l’inspiration du père. À la fin du spectacle, il remercie son fils de quatre ans et demi qui lui a permis d’être un père et un artiste comblé. Pour son premier seul-en-scène, Arthur Jugnot est vraiment à l’aise. Il rayonne, éructe et s’attendrit avec autant d’intensité et de charme. Sa personnalité volcanique au grand cœur fait de ce show une réussite que magnifie l’ingéniosité de la mise en scène de Sébastien Azzopardi et de la scénographie de Juliette Azzopardi.

La parité est le mot d’ordre

Devenir papa est un voyage au bout de l’extrême, comme l’artiste le qualifie. C’est surtout un voyage autour de soi-même, à sonder ses capacités d’amour et ses résistances, pour mieux accueillir un être aussi inoffensif que destructeur. Mais c’est une destruction d’un passé révolu pour tricoter un présent au coin du feu, à chaque jour suffisant sa peine. Quand sa femme évoque l’idée de devenir parent, Arthur panique, regimbe, contre-argumente. L’artiste revisite les relations amoureuses au seuil de franchir le pas fatidique, brocardant les manipulations des femmes et les lâchetés des hommes. Pourtant, la nouvelle génération de père est plus impliquée. La parité est le mot d’ordre dans le couple pour fonder une famille. Si la théorie fait consensus, la pratique est moins évidente. Arthur Jugnot nous le démontre.

Peu à peu, le couple s’installe en jachère charnelle

Comment se préparer à l’arrivée d’un enfant ? Les futurs parents hésitent en tout, chaque décision semble une nouvelle montagne à gravir. Comment gérer les pressions familiales et les lubies gustatives de sa dulcinée ? Quel prénom choisir ? Quelle poussette acheter ? Quel obstétricien préférer ? Accouchement péridural ou naturel ? Comment accompagner les souffrances de la parturiente sans se prendre un revers ? Comment change-t-on les couches sans être arrosé ? Comment gérer les biberons de nuit et le manque de sommeil ? Peu à peu, le couple s’installe en jachère charnelle, obnubilé par le bien-être du bébé. Fatalement, le mari et la femme se disputent, se chicanent, se murent dans le silence. La fin du couple s’amorcerait-elle ? Mais de quelle fin parle-t-on au juste ?

D’emblée, Arthur Jugnot instaure une complicité avec le public

« Moi, papa ? » interroge cette belle aventure de devenir parent avec tellement de justesse qu’elle raisonne en chacun de nous. D’emblée, Arthur Jugnot instaure une complicité avec le public par l’universalité du sujet qui parle autant aux hommes qu’aux femmes. Souvent, les femmes artistes ont transcendé, par la création, ce passage délicat de l’idée d’avoir un enfant jusqu’à son arrivée dans la famille. Une nouvelle génération d’hommes s’y essaye, transformant leur ignorance ou méconnaissance en bonne volonté qui suscite admiration et tendresse. Le propos détonant de vérité et le jeu des émotions servi avec énergie participent de la réussite du spectacle, qui est renforcée par l’originalité d’une scénographie d’une grande poésie et d’une inventivité magique. Ces effets scéniques font qu’Arthur, bien que seul en scène, vit et vibre entouré de sa femme virtuelle et de ses proches, mais surtout de cet enfant dont il porte encore les bénéfiques stigmates de l’amour paternel.

Nathalie Gendreau

©Vidéo Nathalie Gendreau – Théâtre du Splendid – Le 26 janvier 2017



« Moi, papa ? »


 
Distribution

Avec : Arthur Jugnot.

 

Créateurs

Auteur : Bjarni Haukur Thorsson

Adaptation : Dominique Deschamps


Mise en scène : Sébastien Azzopardi

Scénographie : Juliette Azzopardi, avec Pauline Gallot

Lumières : Thomas Rouxel

Musiques : Romain Trouillet

Vidéos : Mathias Delfau

 

Photos : Emilie Brouchon

 

Temal productions et Compagnie Sébastien Azzopardi

 

Du mercredi au samedi à 21h et une représentation supplémentaire le samedi à 16h30, jusqu’au 31 mars 2018.

Au théâtre du Splendid, 48 rue du Faubourg Saint-Martin, Paris 75010.

Durée : 1h20.

 

 

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