« L’énigme de la chambre 622 », Joël Dicker

Couverture de L'énigme de la chambre 622 de Joël Dicker Editions de Fallois

Temps de lecture : 4 minCHRONIQUE
Cinquième roman aux Éditions de Fallois, L’Énigme de la chambre 622 de Joël Dicker navigue entre polar et comédie, avec des rafales de burlesque. À l’image des précédents succès mondiaux, il engloutit tout ce qui est à sa portée : le temps, les pages, les impatiences, et les personnages qui tourbillonnent dans ce vortex imaginaire de la narration. Seule l’histoire s’ancre dans le présent du lecteur qui se nourrit de suspense, d’espionnage, d’amours contrariées et de secrets de famille. Étourdissant, sans conteste. Par la complexité des histoires qui chevauchent en parallèle, par l’intrigue à nombreux tiroirs, par les retours incessants dans le temps et les non moins nombreux personnages aux traits outranciers, peu convaincants. Cette valse du grand tout donne le tournis. Si ce n’était l’envie indéracinable de découvrir le nom de l’assassin de la chambre 622 – et en corollaire celui de la victime ! – et le mobile, l’avalanche de fausses pistes et de chausse-trappes nous ferait tomber des mains ce pavé de 600 pages. Mais voilà, l’envie de savoir est la plus forte. Alors, on se tient aux branches. Au pire, on revient en arrière… ou en avant, pour faire coïncider les dates et les faits et se remémorer la place de chacun dans l’échiquier narratif. Alors, avec une frénésie obstinée, on tourne les pages pour savoir qui a tué qui, dans la chambre 622 d’un palace suisse où réside un écrivain en villégiature pour quinze jours. « L’Écrivain », qui s’appelle Joël Dicker, mène l’enquête avec la charmante Scarlett, sa voisine de chambre aussi curieuse qu’entreprenante. D’ailleurs, la danse, n’est-ce pas elle qui la mène ?

« Miroir de nos peines », Pierre Lemaitre

Miroire de nos peines Pierre Lemaitre

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Avec son troisième opus fouillé et épique, Pierre Lemaitre achève son admirable chronique sociale couvrant la période des deux guerres mondiales. Entamée avec « Au revoir là-haut » (Prix Goncourt 2013) qui a mis en lumière les Gueules cassées avec l’incroyable arnaque aux monuments aux morts, cette chronique s’est complétée de Couleurs de l’incendie en 2018 qui abordait l’émancipation d’une bourgeoise dans la tourmente de la crise économique des années 30. Parachevant cette fresque romanesque, « Miroir de nos peines » offre une plongée palpitante dans la « drôle de guerre » qui a précédé la débâcle. Tel les feuilletonistes du XIXe siècle, l’auteur nous donne à revivre les grandes – et petites – heures de l’histoire par la lorgnette de personnages attachants par leurs bontés d’âme, mais aussi par leurs vices qui inclinent tout autant à la sympathie. Il nous donne à voir leur destinée chahutée par les événements et aussi à comprendre, à grands traits précis et circonstanciés, l’humiliation de la France qui a conduit à l’Exode. Secrets de famille et destins contrariés sont les deux moteurs de ce roman passionnant qui se déguste avec curiosité et gourmandise.

« La cuisine du 6e étage, du piano au réchaud ! », Nathalie George

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
À l’image de son format longiligne, « La cuisine du 6e étage, du piano au réchaud », de Nathalie George, paru dans la récente maison d’éditions Herodios, est un bel objet de lecture, tout en élégance et saveurs. Construit en trois actes, ce livre de cuisine s’inspire des recettes françaises et italiennes familiales et du parcours de vie de l’auteure qui l’a vue traverser le monde jusqu’au Japon, là où elle a suivi les débuts de Joël Robuchon à Tokyo. L’auteure n’est pas une cheffe étoilée ni une critique gastronomique, mais une directrice artistique dans les domaines de la maison, de la culture et des voyages. Toutefois, elle pourrait l’être tant la cuisine, la vraie, simple et savoureuse, faite aussi à partir de restes, est constitutif de sa vie, et – devrais-je dire – de celles de générations de femmes de sa famille avant elle. Comme Gilberte ou « Gigi », sa grand-mère auprès de laquelle elle a puisé tout le savoir, en l’observant et imitant ses gestes précis et amoureux. Dans la famille, la cuisine est un savoir-faire et un savoir-être qui se transmet comme le plus précieux talisman. Un héritage universel, mais si propre à chacun que Nathalie George l’élève en école de vie.

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