« La jeune fille au chevreau », Jean-François Roseau

Livre roman

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
L’amour est-il l’excuse à tout, et surtout pour ne rien faire ? Jean-François Roseau s’empare de ce thème pour le projeter dans une époque aux contrastes terrifiants, sourdement excessive. Dans « La jeune fille au chevreau », aux éditions Bernard de Fallois, « le petit Pygmalion » est un adolescent de quinze ans, réservé, sensible à la beauté et fou de dessins. Sans une once d’agressivité ni de témérité, il entre de plein fouet dans les troubles de l’occupation allemande, qui révèle les extrêmes et muselle les tièdes. Inspiré d’un fait réel, l’auteur s’est approprié les douleurs de ces terribles années pour magnifier une histoire d’amour aussi commune que malsaine en un pur moment de lecture. À trente ans, celle qui fut la gracieuse jeune fille au chevreau aux courbes graciles parfaites – que l’artiste Marcel Courbier a réellement immortalisée dans une sculpture célèbre à l’époque – a gardé son immense pouvoir d’attraction. Ils sont nombreux ceux qui aspirent à l’approcher, les Français comme les Allemands. Le petit Pygmalion compte parmi ces transis de désir, même si la belle dame semble préférer dispenser ses charmes aux Occupants. Mais, à côtoyer assidûment la dame, le petit Pygmalion se compromet et marche d’un pas résolu à sa perte.

« La Clé », Anaïs Maquiné-Denecker

Temps de lecture : 3 minCHRONIQUE
Après un premier roman sur l’envers du décor du monde télévisuel (Pour quelques minutes de célébrité), la journaliste et productrice de télévision Anaïs Maquiné-Denecker s’essaye au polar domestique, maniant une plume aussi vive et piquante que les embruns. Avec « La Clé », roman paru aux Éditions des Falaises, l’auteure nous projette en Normandie, dans la station balnéaire de Deauville. Tenant par-devers elle cette « clé » qui ouvre la porte des révélations, elle parvient à ménager le suspense. Jusqu’au bout, on ne sait si Emma s’est suicidée ou si elle a été victime d’un meurtre. Les pistes sont multiples, toutes probables, les suspects sont légion. Il faudra l’entêtement de Julie, qui refuse de croire à la fugue de sa sœur, pour que se dessine enfin le début d’une réponse… inattendue et rondement menée. Grâce à des chapitres courts, chacun se focalisant sur l’action d’un des personnages, le lecteur engrange des informations dont Julie n’aura pas accès pour sa propre enquête. Malgré ce niveau d’information différent, le lecteur et l’héroïne parviennent de conserve jusqu’à l’imprévisible dénouement. Cette structure, la trame et la dimension psychologique bien maîtrisée contribuent à faire de ce premier polar une jolie réussite.

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