« Une blouse serrée à la taille », Gérald Sibleyras

Temps de lecture : 3 minRÉSUMÉ
Des souvenirs, Emma en a à la pelle, de quoi remplir une remorque entière. Il y a bien sûr quelques souvenirs heureux, en famille, aux côtés de ses parents et de son frère, alors qu’elle observe avec son regard d’enfant la montée du nazisme auquel elle adhère avec cœur. Il y a aussi ces souvenirs que le temps ne peut alléger, que l’adulte garde au plus profond de soi, enfouis sous les ruines d’un passé. Emma évoque la déclaration de guerre, l’inquiétude pour ce frère engagé, les bombardements, la faim, puis la défaite et ses conséquences directes et concrètes avec l’entrée des Russes à Berlin. Leur mauvaise réputation les précédant, les mères cachaient leurs filles pour prévenir le viol qui se finissait souvent par un meurtre. L’occupation militaire puis la dictature communiste se sont ajoutées à celle du nazisme où il a bien fallu composer avec les nouvelles règles et les délateurs zélés. Une fois adulte, le tempérament impétueux d’Emma s’est mal accommodée à cette époque où la sécurité était menacée à la moindre observation contre le régime. Alors, il y a eu l’exil pour sauver sa peau, juste avant la fermeture des frontières, et ce sentiment de ne plus appartenir à un pays. Ni au pays d’adoption qui la verra toujours comme une Allemande ni au pays natal qui ne la reconnaissait plus comme un des siens. Broyée par l’histoire d’un pays vaincu, Emma gardera longtemps cette nostalgie d’un futur défiguré.

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