« La jeune fille au chevreau », Jean-François Roseau
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L’amour est-il l’excuse à tout, et surtout pour ne rien faire ? Jean-François Roseau s’empare de ce thème pour le projeter dans une époque aux contrastes terrifiants, sourdement excessive. Dans « La jeune fille au chevreau », aux éditions Bernard de Fallois, « le petit Pygmalion » est un adolescent de quinze ans, réservé, sensible à la beauté et fou de dessins. Sans une once d’agressivité ni de témérité, il entre de plein fouet dans les troubles de l’occupation allemande, qui révèle les extrêmes et muselle les tièdes. Inspiré d’un fait réel, l’auteur s’est approprié les douleurs de ces terribles années pour magnifier une histoire d’amour aussi commune que malsaine en un pur moment de lecture. À trente ans, celle qui fut la gracieuse jeune fille au chevreau aux courbes graciles parfaites – que l’artiste Marcel Courbier a réellement immortalisée dans une sculpture célèbre à l’époque – a gardé son immense pouvoir d’attraction. Ils sont nombreux ceux qui aspirent à l’approcher, les Français comme les Allemands. Le petit Pygmalion compte parmi ces transis de désir, même si la belle dame semble préférer dispenser ses charmes aux Occupants. Mais, à côtoyer assidûment la dame, le petit Pygmalion se compromet et marche d’un pas résolu à sa perte.