« A vrai dire », le sacre du mensonge
Temps de lecture : 3 minTHÉÂTRE & CO
Si vous viviez dans un monde 100 % sincère, sans une once de mensonge, et si tous vos propos étaient pris comme argent comptant, quelle serait votre réaction ? Manuel Gélin et Sylvain Meyniac vous proposent de découvrir au théâtre du Gymnase celle qu’ils ont imaginée avec la comédie « À vrai dire » qu’ils ont coécrite. Idée surprenante et inédite, mais qui plonge d’emblée dans des premières scènes surréalistes où les cinq personnages disent franco ce qu’ils pensent. Par l’absence de filtres, les dialogues sont crus, grinçants, mordants, assaisonnés, chaque personnage se renvoyant le flashball de la vérité avec détachement, sans inhibition ni autocensure. L’originalité de l’histoire enchante et fait une percée dans les esprits. Et si c’était possible ? se dit-on béat. La vie serait si facile ! Croyez-vous ? A priori, ce monde où la vérité a seule droit de cité et où la manipulation ne pourrait exister, ni les promesses sans lendemains, ni la crédulité abusée, serait le paradis, dont certains d’entre vous rêvent peut-être. Par une ingénieuse preuve par l’inverse, « À vrai dire » démontre combien il faut se méfier de la réalisation des souhaits. Un tel monde transparent pour tous ne serait-il pas bâillonné, privé d’un destin choisi et de matins neufs ? Le mensonge, dans certaines limites, ne rend-il pas, au contraire, libre, heureux, décomplexé ? Mieux : ne rend-il pas meilleur ?