Film : « Le Roi de Cœur », l’atout maître de Philippe de Broca

ACTUALITÉ
Après un échec sévère à sa sortie en salle en 1966, Le Roi de Cœur rebat les cartes du destin un peu plus de cinquante ans après. Le mercredi 25 janvier 2017, ce film pacifiste de Philippe de Broca repart à la conquête du public avec une programmation dans vingt-deux salles en France, pendant un mois, dans sa version restaurée en 4k par le chef opérateur du film, Pierre Lhomme. Il sera disponible dès la veille en DVD HD et Blu-Ray, chez L’Atelier d’images, qui inclue des bonus inédits. Magnifiquement remasterisé, aidé en cela par le Centre national cinématographique, Le Roi de Cœur est donc fin prêt à diffuser son message de paix auprès d’un public qui l’avait boudé à l’époque, alors qu’il recelait la philosophie et toute la personnalité du cinéaste. Pour Alexandra de Broca, sa veuve et gestionnaire de ses droits, il était donc important d’en récupérer les droits qui appartenaient curieusement à la MGM. C’est après de longues et âpres discussions qu’elle a réussi à leur racheter ce film oublié dans les cartons. « C’est son testament, le livre qu’il n’a pas écrit », précise Alexandra de Broca, à la fois émue et heureuse, espérant que cette renaissance sera synonyme de reconnaissance.

« Lucrèce n’est pas une femme », Pascal Aquien

CHRONIQUE
« Lucrèce n’est pas une femme », de Pascal Aquien, paru à la jeune maison d’éditions les indés, est une biographie consacrée à un homme qui se sentait femme. Évoluant dans les cabarets comme artiste travesti, André se prénommait Lucrèce. Un prénom qu’il revêtait « naturellement » à la scène comme à la ville, et qu’il conserve encore précieusement aujourd’hui, alors âgé de 86 ans. Pour mettre en lumière cette vie de strass et de condition de transgenre assumée, aussi bien en tant qu’artiste qu’en tant que « femme manquée », l’auteur a opté pour un récit construit par mots clés qui découpent la vie de Lucrèce en pièces de puzzle, invitant ainsi le lecteur à la reconstituer. Ce glossaire alphabétique et thématique, à la manière du « dictionnaire amoureux », est un astucieux procédé… si le lecteur décide de picorer les mots-clés au gré de sa curiosité. En linéaire, la lecture perd en fluidité.

« Légende d’une vie », où la tyrannie du secret

THÉÂTRE & CO
La jeune compagnie Étincelle, fondée par Caroline Rainette en 2012 puise des textes forts dans l’œuvre d’auteurs incontournables. Stefan Zweig en est une magnifique illustration. Traduite et adaptée par Caroline Rainette, la pièce « Légende d’une vie » plonge le spectateur ravi dans la « sempiternelle » question du père et le besoin viscéral de le tuer symboliquement pour enfin respirer son propre air. Un thème puissant et une interprétation passionnée pour une pièce éligible aux Petits Molières 2017 qui se joue au Théo Théâtre jusqu’au 17 février.

« Le voleur de brosses à dents », Églantine Éméyé

CHRONIQUE
Tendresse et force émaillent le touchant récit d’Églantine Éméyé dans son livre « Le voleur de brosses à dents », qui est paru aux éditions J’ai lu. La journaliste et animatrice est aussi mère. Deux beaux garçons, dont le cadet, Samy, ne grandissait pas comme Marco, l’aîné. Une différence qui inquiétait la maman, mais que les médecins ne percevaient pas. Tout était normal, selon eux. Bien sûr, une maman, ça s’inquiète toujours ! Il leur a fallu son insistance et du temps pour détecter que Samy avait été victime d’un AVC alors qu’il n’était encore que bébé. Fait rarissime, mais possible. Ce récit est un témoignage vibrant d’une maman surmontant au jour le jour toutes les difficultés pour offrir un confort de vie acceptable à son fils devenu autiste, épileptique et polyhandicapé. Un témoignage qui ne laisse pas insensible.

« Enfin vieille ! », la revanche du talent

THÉÂTRE & CO
Quelle jubilation et quelle générosité ! Le One Woman Show de Laura Elko, « Enfin vieille ! », raconte une histoire drôle et sensible sur l’itinéraire d’un destin contrarié par le temps qui se défile. L’écriture intelligente sur le jeunisme et la peur de toute une génération de se voir rattrapée par la suivante se nourrit d’une bonne dose d’autodérision. L’interprétation juste et intense des multiples personnages relève de l’exploit physique. L’humoriste ne se contente pas d’être désopilante à nous faire vieillir prématurément, elle use et abuse avec délice de ses différents talents qui sont autant de flèches qu’elle décoche avec un plaisir non feint. Elle alterne avec une aisance déconcertante aussi bien les airs d’opéra que la variété française. Bien évidemment, comme tout artiste qui se respecte, elle danse et sait jouer de plusieurs instruments, mais, art plus rare, elle nous livre un numéro de ventriloquie à couper le souffle !

« Quand les femmes parlent d’amour – Anthologie de la poésie féminine », Françoise Chandernagor

CHRONIQUE
« Quand les femmes parlent d’amour », de Françoise Chandernagor, est un superbe ouvrage paru aux éditions du Cherche Midi sur un thème inédit, et non moins hardi, qu’est la poésie féminine. Un genre féminin qui existe depuis des lustres, mais que la prépondérance masculine a conduit à occulter. Cette anthologie très fouillée est d’une richesse stupéfiante et ravit tant par le nombre de femmes poètes talentueuses que par la diversité des sujets traités. L’intérêt provoqué par la découverte d’une poésie féminine foisonnante est décuplé par le traitement de l’écrivain qui ne se contente pas d’égrener le nom de ces femmes poètes francophones de tous horizons sociaux au cours des siècles et ce que l’amour leur a inspiré.

Murielle Magellan, l’exploratrice des rêves

PORTRAIT PASSION
Au faîte du succès avec sa pièce « L’éveil du chameau », Murielle Magellan reste sous le feu des projecteurs avec la parution d’une nouvelle sur le thème de « Lolita » et l’adaptation pour la télévision de « Illettré », un roman de Cécile Ladjali. La romancière, scénariste, dramaturge et metteur en scène porte en elle encore beaucoup de projets en gestation. La petite fille aux origines juives d’Algérie, qui a grandi avec la valeur travail et qui ne s’est jamais découragée, a fait de son rêve d’enfant une réalité. Avec son nom d’emprunt qui évoque le voyage, Murielle Magellan se taille une voilure ambitieuse qu’aucun vent contraire ne semble pouvoir abattre. Mais quelle est donc cette brise qui la pousse vers la lumière ?

« Un petit jeu sans conséquence », les hasards du désamour

THÉÂTRE & CO
La belle lumière de la comédie de Jean Dell et de Gérald Sibleyras, « Un petit jeu sans conséquence », ne faiblit pas avec les années. La mise en scène d’Éric Laugérias (metteur en scène, mais aussi comédien, auteur, scénariste, homme de radio) prolonge le charme croustillant qui avait fait de ce texte savoureux un vrai succès en 2003. Le Molière de la meilleure pièce à sa création ne saurait le démentir ! Produite par la Compagnie des Hauts de Scène, la pièce « Un petit jeu sans conséquence » se renouvelle au théâtre Le Mélo d’Amélie, à Paris, avec de jeunes comédiens surprenants de sincérité et de vivacité.

Jacques Glowinski, le savant au cœur des hommes

PORTRAIT PASSION
Pragmatique et créateur. Deux traits de caractère qui, réunis dans un seul être, peuvent devenir de la dynamite à merveilles. Jacques Glowinski, un des pères fondateurs de la neuropharmacologie, neurobiologiste, administrateur du Collège de France et rénovateur de cette glorieuse institution, fait partie de cette race d’hommes au savoir étendu et à l’esprit aussi vif à imaginer qu’à concevoir. Le tout avec une bonhommie désarmante. Quel est le génie farceur qui a excité les neurones de ce chercheur au point de l’inciter à délaisser le microscope pour coiffer le casque d’un architecte et à imaginer des parallèles entre l’organisation du cerveau et l’architecture ? Le scientifique le dévoile dans un livre qui synthétise une longue carrière consacrée à la recherche et au collectif, « Le cerveau-architecte, le Collège de France dans le XXIe siècle », publié aux éditions Michel de Maule.

« Pasolini Musica », la pensée sublimée

THÉÂTRE & CO
Force, caractère et volupté se dégagent du nouveau spectacle d’André Roche, de la Compagnie L’Arsenal d’Apparitions qui se produira dès janvier 2017 au Théâtre de Ménilmontant. Pier Paolo Pasolini, le plus sulfureux et prolixe des artistes en résistance, est mis en musique et en scène dans un spectacle autour de trois comédiens impliqués et sensibles. « Pasolini Musica » réunit un homme (Miguel-Ange Sarmiento) et trois femmes (les chanteuses Stéphanie Boré et Éva Kovic, et la violoniste et pianiste Solène Ménard), des artistes qui incarnent avec ardeur et talent la pensée de cette figure controversée de l’anticonformisme, qui a été tout à la fois romancier, poète, scénariste, pamphlétaire, auteur dramatique, réalisateur et acteur.

Évelyne Dress, sur les chemins de soi

PORTRAIT PASSION
Évelyne Dress est une femme blessée et néanmoins portée par un optimisme éloquent, débordant d’énergie et de passion. D’une naissance placée sous le signe du pittoresque à une carrière d’artiste prolifique, cette femme mal à l’aise avec ses origines juives poursuit une infatigable (en)quête sur ses ancêtres, accueillant les « synchronicités » comme autant de doigts pointés vers les chemins qui la ramènent à la porte de sa conscience. Les destinées maintes fois rejouées de ses cinq romans, dont le dernier « Les Chemins de Garwolin », sont des explorations qui l’incitent à descendre pas à pas cet escalier intérieur, en bas duquel elle aimerait trouver la clé du problème avec sa judéité. La question est : combien de romans faudra-t-il à Evelyne Dress pour arriver à la dernière marche ? Le lecteur égoïste qui aime les merveilleux voyages que l’auteure propose espérera secrètement qu’elle y parviendra… mais pas tout de suite !

« Bombay mon amour », Charlotte Valandrey

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« Bombay mon amour » est un roman d’amitié entre trois femmes qui fait voyager dans une Inde envoûtante. Une fois n’est pas coutume, la comédienne et auteure Charlotte Valandrey ne nous offre pas un récit autobiographique sur un fragment de sa vie, comme ce fut le cas pour ses précédents ouvrages. Pour ce récit-là, elle puise dans le genre de l’autobiographie des éléments du réel pour créer sa première fiction… Elle réussit par ce stratagème à brouiller les cartes et à captiver du début à la fin le lecteur qui ne cesse de s’interroger : mais quelle est donc la part du réel ?

« Et du ciel tombèrent 3 pommes », Narinai Abgaryan

CHRONIQUE
« Les vrais héros ont des physionomies simples, ce n’est que dans les films qu’ils jouent avec leurs muscles en sauvant le monde ». Cette pensée de l’auteure arménienne Narinai Abgaryan semble être le socle de ses deux romans traduits en français par les éditions Macha Publishing. Dans ce nouvel opus « Et du ciel tombèrent 3 pommes », comme « Dans mon cœur à jamais » paru en février 2016, l’auteure revisite, avec son style inimitable alliant simplicité et délicatesse, le symbole du village reculé et en dépeint les habitants qui s’incarnent avec force. Ce roman est une succession d’histoires personnelles de familles qui frappent par leur dépouillement et nous attachent à leur devenir. Même si tout est écrit d’avance, selon leur croyance, on se surprend à rêver pour eux un répit entre la guerre et les catastrophes climatiques qui s’unissent pour déchaîner le chaos.