“Pour le meilleur et pour le dire”, du verbe en plein cœur

THÉÂTRE & CO
À la Manufacture des Abbesses, à Paris, la comédie psychologique et sentimentale« Pour le meilleur et pour le dire » revient pour un mois de consultation supplémentaire, du 17 janvier au 17 février 2019. Une aubaine qu’il serait inconséquent de laisser passer tant l’écriture de David Basant et Mélanie Reumaux sonne juste et émeut, du rire à la joie finale du happy end. Pour une fois qu’une histoire d’amour se termine bien, il serait bien dommage de s’en priver ! La pièce déploie son fil narratif tendu au cordeau sur le malentendu, les non-dits, la difficulté de communiquer et les lapsus signifiants. Le sujet est fort simple, mais d’une actualité impérissable. C’est l’histoire d’un couple très amoureux et en crise. Audrey approchant de la quarantaine veut un bébé, Julien repousse ce désir aux calendes grecques sans lui en avouer les raisons. La peur de perdre celle qu’il aime par cet aveu le conduit à rompre par anticipation. Un non-sens que vont s’ingénier à réparer leur entourage et surtout leur analyste… qui se trouve être la même personne. Du bel ouvrage d’écriture intelligent et enjoué qui, par les mots dits, dédramatise les maux tus.

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“Le puzzle du chat”, Michael Freund

CHRONIQUE
Premier roman de l’enseignant-chercheur Michael Freund, « Le puzzle du chat » joue au chat et à la souris avec notre raisonnement. Comment une étudiante a-t-elle pu vouloir mourir après la réussite d’un examen ? C’est ce que Stani, professeur de logique à l’université d’Orléans, et le commissaire Bellot cherchent à élucider, chacun de son côté, dans un roman qui met en équation l’émoi amoureux en sursis, une énigme à double inconnue et un raid vengeur pour honorer la mémoire d’un père juif humilié. Le récit de Michael Freund s’installe lentement, la suspicion s’amorce très vite et l’intrigue prend une ampleur inattendue, se démultipliant jusqu’au dénouement en suspens. Deux histoires en parallèle qui, contre toute logique géométrique, finissent par se rencontrer grâce au dénominateur commun : le commissaire Bellot, un enquêteur opiniâtre jeté aux oubliettes des « has been » par ses supérieurs dans l’attente d’une mise à la retraite imposée.

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“Business Show”, le monde du travail au pilori du rire

THÉÂTRE & CO
Dans « Business Show », à la Comédie Bastille, Esteban démontre par l’exemple personnel le danger d’être soi-même au travail. Si l’hypocrisie ou la retenue prudente n’a pas été acquise au berceau, c’est l’assurance de déconvenues pouvant jeter le pauvre être biologiquement sincère, « trop sensible » ou « trop susceptible », dans la gueule des pervers narcissiques. Porté par un texte acide et ironique de Gaëlle Thomas et de lui-même, Esteban rembobine pour nous un bout de carrière passée en entreprise à courir après les promotions et à s’essouffler, freiné par des vents contrariants… jusqu’au fatidique, inéluctable, prévisible burn out. Loin d’être un effet de mode, ce mal du travail serait plutôt l’effet d’une acculturation professionnelle outrancière, au point de confondre l’avoir et l’être. Peut-être aurait-on trop tendance à penser que le premier serait la clé du bonheur du second, de ce paradoxal développement personnel au travail ?

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“Quand on parle de Lou”, Julie Gouazé

CHRONIQUE
« Quand on parle de Lou », de Julie Gouazé, est un roman qui navigue dans l’embouchure des émotions, cet endroit tumultueux où le déclin de l’amour pour l’un se confronte à l’amour naissant pour l’autre. Un cœur qui se ravive pour Lou sous le charme de Lucie. Des chapitres très courts, une écriture vive et chaloupée, un style presque télégraphique avec une rare musicalité. Ce roman économe d’effets et de manches aime jouer avec les mots et leur double sens. Lou y es-tu ? Oui, Lou y est et tient à y rester. Non pas dans sa tanière à protéger ses deux louveteaux – qu’elle couve quand même du regard –, mais dans cette nouvelle vie de femme épanouie, aimée et comprise par une autre femme. Elle va apprendre à connaître les sentiments homosexuels et le changement des regards portés sur elle et son couple. Quand la différence se fait flagrante, le quotidien devient un combat pour devenir pleinement ce que l’on vit. Un point de vue intéressant de femme sur les débuts au féminin, d’où se dégagent force et complicité.

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Dernière critique sur “Norman, mon fils”

“Dès les premières lignes une vague d’émotion nous emporte. La puissance des sentiments de ce père prêt à tout nous submerge. Pourtant, il n’est pas ici question d’empathie, ou d’émotions faciles.
Avec beaucoup de pudeur, Nathalie Gendreau fait de l’histoire de Jimmy et de Norman Edmunds, une belle histoire. Elle dépasse le documentaire et la simple retranscription pour atteindre l’essentiel.
Grâce à un choix narratif très subtil, elle donne la parole à Norman. Ces parenthèses humanisent un message profond et donne la voix à ceux qui ne l’ont pas.”
Blog “Arts Mouvants”

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“J’ai des doutes”, Devos selon saint Morel

THÉÂTRE & CO
Faisant son entrée sous les orgues célestes et roulements de tonnerre, François Morel apparaît sur la scène du Théâtre du Rond-Point dans la sainte pelisse du Dieu tout-puissant. Dieu gronde et rugit : il exige la convocation de Raymond Devos pour animer le Paradis qui s’ennuie à en perdre son latin. Si l’on ne convoque pas l’inoubliable Devos, même pour un colloque ou un soliloque, à quel saint pourrait-on bien se vouer ? Fort heureusement, sur cette terre orpheline du maître inégalé des jeux de mots, la relève est là. Rompu aux arts faiseurs de bonheur (comédien, écrivain, chroniqueur, chanteur, danseur et musicien), François Morel est mû d’une telle ardeur admirative qu’il transcende le souvenir d’un être rare ayant fait de la folie sa raison d’être. Dans « J’ai des doutes », son récital de mots et de notes, le talentueux humoriste invite Devos et son œuvre. Il l’emprunte et la lui restitue sanctifiée grâce à un jeu inouï de sensibilité et de densité, à la composition musicale réjouissante du pianiste Antoine Sahler et interprétée en alternance avec Romain Lemire. Sans compter l’étrange apparition d’une marionnette muette évoquant par son silence espiègle la part de l’enfant en chacun de nous qui nous porte jusqu’à notre mort. La vie, la mort et entre les deux l’irrésistible absurdité, ainsi pensait Monsieur Devos.

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“La vie à l’envers”, pour redresser les torts

THÉÂTRE & CO
Au théâtre de Dix-heures, Jo Brami propose un one-man-show ambitieux : revenir de l’au-delà pour rebrousser le chemin de sa vie, en toute connaissance de cause. Ainsi pourrait-on éviter les erreurs, les blessures, les facilités et jouir du temps présent avec ceux que l’on aime. Idée tentante, n’est-il pas ? L’humoriste Jo Brami relève le défi et rejoue à l’envers cette vie qui passe trop vite dans l’ignorance du lendemain certes, mais aussi du présent. L’esprit vagabondant souvent à son aise, sans retenue ni laisse. Ce soir-là, à la faveur d’un début entrecoupé d’interpellations d’un spectateur excité du bocal, Jo Brami donne sa pleine mesure d’improvisateur, gérant par l’humour et la fermeté une situation risquant de dégénérer. Une fois l’exclusion de l’élément perturbateur, le show a pu se poursuivre sans heurts ni arrêts intempestifs. Cette mésaventure – qui prête à rire après coup – aura eu l’avantage de déclencher un vent d’empathie pour cet humoriste qui n’en finissait pas de mourir pour rejoindre le Paradis, ce même Paradis où il proposera à Dieu de refaire le chemin à l’envers.

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“Le roman vrai de la Manipulation”, Vladimir Fédorovski

CHRONIQUE
« Le Roman vrai de la Manipulation » est le dernier-né de Vladimir Fédorovski. Il vient s’inscrire dans la lignée de la collection « Roman de », dont les remarqués « Le Roman de Saint-Pétersbourg » et « Le Roman de Raspoutine ». Pour l’ancien diplomate d’origine russe, qui a aiguisé ses qualités d’observateur au contact des plus grands manipulateurs de son temps, ce livre n’est pas juste un ouvrage sur la manipulation à travers des personnages historiques. Il est le « miroir de la situation actuelle ». Pour l’auteur, on vivrait aujourd’hui la période la plus dangereuse pour l’histoire de l’Humanité. Pourtant, la manipulation n’a-t-elle pas toujours existé, depuis que le pouvoir a fait de l’homme un esclave !? En fait, l’art de la manipulation aurait muté dans une nouvelle forme : « Auparavant, les gens mentaient et ne croyaient pas à leur mensonge, explique-t-il. Il y avait une distinction entre la politique et la propagande. De nos jours, comme les gouvernants sont en majorité néophytes et souvent incompétents, ils mentent et croient à leurs mensonges, qu’il s’agisse de la Russie ou de l’Occident ! »

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“Gainsbourg forever”, un biopic tendre et passionné

THÉÂTRE & CO
Les volutes bleutées d’un Havane tourbillonnent au-dessus de la scène du théâtre de Trévise, à Paris. C’est un grand monument de la chanson française qui prend peu à peu possession du lieu ; il peut bien prendre son temps, puisque son personnage le précède dans nos souvenirs toujours aussi vivaces de l’homme à la gitane. Dans le cadre du festival « Les Musical’In », Myriam Grélard présente « Gainsbourg Forever – Gueule d’amour », un spectacle dédié au populaire Gainsbarre, qu’elle a écrit et joué au Festival OFF d’Avignon en 2017 et 2018. Il fallait beaucoup de tendresse et d’admiration pour imaginer ce biopic théâtral passionné en hommage à ce cher et talentueux disparu depuis déjà 27 ans. Soutenue par une scénographie suggestive, la comédienne campe Liliane, la jumelle de Serge… qui s’appelait alors Lucien, apprend-on. Entre confidences familiales et remémoration d’une carrière aussi fulgurante que sulfureuse, Liliane la narratrice se glisse dans le corps et la voix d’autres femmes qui ont toutes aimé cette « Gueule d’amour », aussi timide et complexé que culotté et provocateur. Une combinaison détonante qui l’a rendu irrésistible avant de devenir inoubliable.

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“Ainsi vont les jours”, Georges Memmi

CHRONIQUE
Pour son nouveau roman « Ainsi vont les jours », Georges Memmi s’intéresse au huis clos introspectif d’un patient – le narrateur – qui se voit « dépossédé de lui », puisque privé de sa liberté de mouvement dans une chambre de l’hôpital des Bosquets, à la suite d’une très mauvaise chute. Quand il reprend conscience, il est confronté à la douleur violente et à l’immobilisation sans horizons, si ce n’est celui qui tantôt le nargue par la fenêtre, tantôt l’appelle aux fantasmes. Cet écrivain en chômage technique a deux solutions : ou il s’abandonne aux diktats de l’hôpital, subissant l’inconfort d’être manipulé sans ménagement ou un regard de compassion, et acceptant d’en prendre son parti jusqu’à la convalescence. Ou il prend en main son mental pour faire l’hôpital buissonnier et convoquer passé, présent et futur afin de réécrire son histoire personnelle. Et, en arbitre de ce nouveau terrain de jeu fantasmé, un autre « moi » qui devient « l’autre » prêt à siffler sans concession tout débordement.

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“Dommages”, du vaudeville extatique

THÉÂTRE & CO
L’union fait la force, dit l’adage. Dans le cas d’espèce, l’union crée la folie. Non pas la folie douce, joliment ourlée d’un zeste d’extravagance, mais ce genre de folie délirante, contagieuse… qui démultiplie l’énergie déjantée et emporte toutes les résistances sur son passage. C’est un tsunami d’interprétations qui submerge l’Apollo Théâtre avec « Dommages », une pièce de théâtre à tiroirs qui donne le tournis. Cette loufoquerie hautement sympathique, mise en scène par Michel Frenna, réunit Céline Groussard, Julie Villiers et Élodie Poux. Ce vaudeville moderne, dépoussiéré du mari volage auquel on épargne une présence superfétatoire, propose à ces trois trublions au féminin d’incarner des comédiennes à l’ego surdimensionné. Dans un rythme infernal, les dommages ne se font pas attendre…

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« Cache-cash mortel », Hubert Letiers

CHRONIQUE
Avec son deuxième roman « Cache-Cash Mortel », Hubert Letiers lâche le filet de son inspiration dans les eaux fangeuses du blanchiment d’argent issu du trafic de drogue, un trafic qu’il imagine institutionnalisé par la sphère politique au plus haut de l’État pour colmater le trou de la Sécurité sociale. Ambitieux scénario pas si élucubrant qu’il n’y paraît, quand on connaît les démangeaisons de certains politiques à vouloir légaliser le cannabis. L’idée est intéressante et a l’avantage de faire s’interroger sur cette miraculeuse manne qui viendrait renflouer le navire France qui croule sous des dettes abyssales. Dans ce nouvel opus, l’auteur de « Meurtre en haut lieu » poursuit son autopsie des comportements déviants des gouvernants, de ceux qui les conseillent, des différents services de police et du renseignement qui agissent dans l’intérêt de l’État. Il nous offre un roman de haute tenue, solide, convaincant et éclairant. Le tout tendu au cordeau par une écriture irréprochablement littéraire. Peut-être un peu trop pour le confort de lecture d’un polar aux ramifications de personnages étendues.

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“Camille contre Claudel”, de l’art et des larmes

THÉÂTRE & CO
Après un succès confirmé aux éditions 2016, 2017 et 2018 du Festival OFF d’Avignon, « Camille contre Claudel » est enfin joué à Paris, au théâtre du Roi René. Selon Hélène Zidi, l’auteure et la metteuse en scène de cette biographie théâtrale brillante et originale, Camille Claudel ferait peur. Serait-ce en raison de ses troubles du comportement qui ont viré à la paranoïa ? Quoi qu’il en soit, il flotte autour de l’image de cette sculptrice hors norme un malaise palpable, qui semble perdurer aujourd’hui… Mais pour des raisons différentes. À l’époque, l’artiste catalysait autour d’elle les plus vives calomnies, car elle osait s’affranchir de toutes les conventions (religieuses, sociales et familiales) et clamer sa liberté d’être d’une artiste femme, de créer et de vivre de ses œuvres. Vue depuis ce nouveau siècle, Camille Claudel s’ébroue d’un passé qui l’a claquemurée pendant trente ans à l’asile de Montfavet (Vaucluse), jusqu’à son décès, le 19 octobre 1943. Dans « Camille contre Claudel », avec sa fille Lola, Hélène Zidi lui restitue une vie, une œuvre, une passion à travers un texte littéraire de haute tenue et très documenté. L’hommage est d’une force troublante, à la hauteur du modèle.

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“L’Affaire des Heurlières”, Joël Pénicaud

CHRONIQUE
« L’affaire des Heurlières », de Joël Pénicaud, est un roman de terroir qui plonge ses racines paysannes dans les secrets d’une famille du Maine angevin. Cette saga familiale qui touche deux générations met en lumière la filiation, le poids des silences et les bouleversements d’une confession aux dernières heures de la vie. Grâce à un traitement digne d’un bon polar, le lecteur s’immerge d’emblée dans le quotidien des Heurlières, cette ferme éponyme du bourg du bout du monde, proche de La Flèche. Et est projeté au centre de l’intrigue romanesque et criminelle en accompagnant Clémence et Julien, un jeune couple adultère qui s’aime et veut s’enfuir, loin de l’enfer que lui fait vivre la « vieille », Thérèse Langlois. Nous sommes en 1919 et Fernand Langlois, le violent mari de Clémence, qui a fini par revenir des tranchées, n’entend pas se laisser déposséder de son bien le plus précieux : sa belle épouse. Soutenue par une mère revêche, connue dans le village pour méchante et grippe-sous, Fernand assure une surveillance de chaque instant pour surprendre les fautifs… jusqu’au jour où le malheur vient frapper à la porte des Heurlières et bouleverser le cours de l’histoire.

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“Goodbye Wall Street”, du rire en barre

THÉÂTRE & CO
Au Théâtre du Petit Gymnase, le Studio Marie Bell retentit d’éclats d’une vie de trader passée à jongler avec l’argent des autres avec habileté et réussite. « Goodbye Wall Street » est un fringant one-man-show théâtralisé, dopé au bonheur de Fouad Reeves d’être à sa place, sur les planches. De son passé de trader sous pression, le comédien a conservé l’énergie électrique, poussé au paroxysme mais sans jamais disjoncter… complètement, qu’il polarise au profit du show. Et quel show, du grand art ! Pour relater son parcours depuis ses rêves d’enfance jusqu’aux salles de marchés à Paris et New York, il incarne à deux cents à l’heure quatorze personnages dans leurs travers caricaturés à l’outrance éloquente. Si les traits sont grossis à la loupe déformante, ils sont servis par des mots qui ne sont jamais grossiers. Ceux-ci sont plutôt aiguisés à la meule de l’intelligence pour toucher juste et bistournés de leur sens pour créer jeux de mots et situations déjantées. La performance d’artiste complet et l’intensité du texte sont amplifiées grâce à la juste folie d’une mise en scène millimétrée de Dominique Coubes.

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“Pas d’amour sans amour”, Évelyne Dress

CHRONIQUE
Avec « Pas d’amour sans amour », Evelyne Dress voulait entrer dans le vif du sujet de l’amour. Elle regrettait de n’avoir pas tout dit sur cette « génération qui a lutté pour son indépendance sexuelle, sociale et intellectuelle ». C’est chose faite et bien faite ! La frustration qu’elle éprouvait depuis le film éponyme – qu’elle a écrit et réalisé en 1993 – s’est évanouie par l’enchantement de cette comédie de mœurs drôle, à l’écriture enlevée et malicieusement coquine. La femme des années 90 s’émancipe une nouvelle fois sous sa plume énergique et sans compromis. L’auteur n’a pas l’habitude des mots plats, sans saveur ni relief. Elle le prouve encore avec ce cinquième ouvrage qui s’amuse à déjouer les périls de l’amour kleenex, trop expéditif pour accueillir la tendresse et l’attachement. Est-ce si difficile de trouver un homme… « normal » ? Attachez vos ceintures, ce roman secoue les préjugés !

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